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Les employés des EHNV jouent aux chasseurs de têtes

27 mai 2020 | Edition N°2736

Recrutement - Une première personne a pu être engagée aux hôpitaux du Nord vaudois grâce à une application sollicitant le réseau des collaborateurs.

Il s’appelle Piotr Goszczynski, il est physiothérapeute et se décrirait comme un homme plutôt attaché aux traditions. Pourtant, c’est grâce à la recommandation d’un proche sur l’application mobile Linkeys, suivie de l’envoi de son CV sur cette plateforme, que ce collaborateur en poste depuis une semaine a pu se faire son nid au sein des Établissements Hospitaliers du Nord Vaudois (EHNV).

À l’origine de ce recrutement novateur, un projet de digitalisation des différents services liés aux ressources humaines au sein des EHNV. Ce dernier s’inscrit dans un plan stratégique visant notamment à éliminer progressivement l’usage du papier, explique le directeur des Ressources Humaines Xavier Schueler. Autre raison de cet intérêt pour des méthodes peu orthodoxes, la volonté de multiplier les canaux de diffusion afin de trouver des candidats pour certains métiers «pénuriques» comme celui de physiothérapeute.

Emplois en danger?

A contrario, des emplois seront-ils mis en danger au sein de l’administration à la suite de ce recours croissant à des technologies externes? «Pas du tout, rassure Xavier Schueler. Actuellement, nous avons encore beaucoup d’activités manuelles, comme copier-coller des données, qui se déroulent au sein du département et nous souhaitons utiliser les compétences des collaborateurs pour des activités à plus haute valeur ajoutée.»

La nomination de Piotr Goszczynski, première du genre, fait suite à l’annonce de la collaboration des EHNV et de Linkeys, au mois d’octobre dernier. L’ensemble du personnel avait alors été invité à télécharger l’application pour faire bénéficier l’employeur de son réseau. Au total, 21 postes y ont déjà été mis au concours, avec une moyenne de 25 partages pour chacun d’entre eux. Mais la nomination du physiothérapeute représente le seul processus à être allé jusqu’à son terme à partir d’une recommandation via l’application. Celle-ci a valu une jolie prime à son auteur, des sommes jusqu’à 2000 francs pouvant être versées dans le cadre de l’utilisation de l’application.

L’employeur n’étant normalement pas amené à connaître l’identité du «Linker» (la personne recommandant une connaissance), le risque de mesure de rétorsion si un engagement devait mal se passer est décrit comme minime .

«On a une communauté qui approche des 20’000 personnes et qui est aussi diverse que les offres qu’on va publier, souligne Christian Freymond, patron et fondateur de Linkeys. On a des  postes de cadre, des postes dans le bâtiment, dans le tertiaire…» Lui-même issu du monde des ressources humaines, il rappelle qu’un traitement des dossiers habituel suit le travail d’intermédiaire effectué par sa plateforme.

Reste, pour les hypersensibles, à accepter le tutoiement façon Ikea de l’application. «C’est un point sur lequel nous avons beaucoup réfléchi et qui pourrait encore évoluer. Notre volonté était de dédramatiser le processus de recrutement», conclut Christian Freymond.


Des pertes importantes

Dans un registre moins clinquant, les EHNV n’échappent pas au marasme financier révélé la semaine dernière par la RTS, qui estime les pertes liées à la pandémie entre 1,7 et 2,9 milliards de francs pour les hôpitaux suisses. «Le manque à gagner est estimé à 20 millions, précise Loïc Favre, responsable Communication. Toute l’activité élective a été stoppée durant plusieurs semaines. Par ailleurs nous avons dû acheter du matériel supplémentaire, mettre en place de nouvelles structures spécifiques, effectuer des déplacements de services, des collaborateurs spécialisés ont effectué des heures supplémentaires, etc. Aujourd’hui, les activités électives ont repris. Mais le manque à gagner ne pourra pas être compensé par cette reprise d’activité, qui revient progressivement.»

Le Canton a informé les EHNV de sa contribution aux dépenses liées à la crise, mais aucun montant n’a été articulé à ce jour, précise le communicant.

Raphaël Pomey