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Les Neuchâtelois viennent fumer en paix

31 juillet 2009

L’interdiction de fumer dans les lieux publics neuchâtelois pousse certains clients à consommer leur café et leur cigarette dans le Nord vaudois, où la fumée reste permise jusqu’au 1er septembre. L’hiver constituera l’étape fatidique pour tous les restaurateurs.

Les restaurateurs attendent l’hiver pour savoir si les clients déserteront leur établissement ou pas.

Les restaurateurs attendent l’hiver pour savoir si les clients déserteront leur établissement ou pas.

Depuis le 1er avril, Jean-Pierre ne franchit plus le seuil du bar du Zap à Saint-Aubin (NE). Jugeant l’interdiction de fumer dans les lieux publics inacceptable, le retraité fume sa clope sur le pas de la porte de l’établissement ou s’évade à Provence ou à Concise «lorsqu’il fait mauvais».

Le fédéralisme aurait-il créé un tourisme de la nicotine? Pour la tenancière du Zap, situé à quelques kilmères à peine de la frontière vaudoise, difficile à dire. Depuis l’entrée en vigueur de la loi, «il a fait beau et chaud», note ainsi Marceline Bréa. Les habitants se laissent donc attirer par les eaux fraîches du lac, tout proche. La crise refroidit aussi leurs ardeurs. «Il faudra voir cet hiver.» A Bevaix (NE), c’est le même refrain. Selon certains tenanciers, les jeunes n’hésitent pas à partir fumer et boire leur bière chez leurs voisins nord-vaudois, «car la clope peut coûter cher, rappelle une sommelière. Soit 80 francs pour le contrevenant et 120 francs pour le tenancier». Certains restaurateurs affirment avoir perdu des clients, alors que d’autres auraient gagné une nouvelle clientèle. Pour la plupart, les fumeurs semblent toutefois s’être bien habitués à la nouvelle loi, après quelques agacements et quelques chaises ou tables cassées lors de premières remises à l’ordre. Certains se disent même satisfaits de l’interdiction: «Pour nos employés, c’est une autre vie, commente ainsi Marceline. Pour nous aussi.»

De l’autre côté de la frontière, le tourisme de la clope ne passe pas inaperçu, sans toutefois être remarquable partout et pour tous. Ainsi, à l’Hôtel du Lac et Gare à Concise, si Stéphane Fanchini pensait en effet accueillir davantage de Neuchâtelois, l’augmentation de cette clientèle n’est pas significative. Gérante du restaurant Les Rochats, à Provence, Sylvia Cand confirme par contre recevoir bien plus de clients heureux de ne pas devoir choisir entre la cigarette et leur café. Un petit «plus» passager pour la restauratrice, qui explique avoir enregistré «une baisse de fréquentation les après-midi, à cause du 0,5 pour mille. L’entrée en vigueur de la loi vaudoise le 1er septembre prochain va changer définitivement le monde de la restauration. Certaines personnes préfèrent déjà organiser un repas chez eux ou chez des amis pour pouvoir boire un verre sans se soucier de devoir prendre le volant. Je regrette donc que cette loi concerne indifféremment tous les établissements. Cette interdiction va faire mal à certains bistrots, aux restaurants de montagne. Un patron devrait pouvoir gérer son commerce comme il veut». Les Rochats aménagera un couvert pour les accros. «Mais pas de fumoir, précise la gérante. Je ne veux pas stigmatiser les fumeurs.» A Concise, Stéphane Fanchini ne créera pas de local spécial non plus: «Pour ne pas inciter les gens à fumer. La date du 1er septembre ne m’empêche pas de dormir. Cette interdiction fonctionne très bien ailleurs. Nous verrons ça cet hiver. Je crains davantage la grippe A.»

Hélène Isoz