Logo

Les souffrances des mères en prison

16 février 2015

Orbe – La projection du documentaire «Loin des yeux» et la table ronde qui a suivi ont mis un coup de projecteur, hier au cinéma Urba, sur une problématique peu médiatisée de l’univers carcéral, à savoir le maintien du lien parent-enfant.

De g. à dr.: Britta Rindelaub, réalisatrice du documentaire; Viviane Schekter, directrice de l’association REPR, Relais parents enfants; Daniel Lambelet, professeur à la Haute école de travail social et de la santé; Alain Broccard, directeur de la prison de la Croisée; Joelle Klopfenstein, assistante sociale aux Etablissements de la plaine de l’Orbe (EPO). © Michel Duperrex

De g. à dr.: Britta Rindelaub, réalisatrice du documentaire; Viviane Schekter, directrice de l’association REPR, Relais parents enfants; Daniel Lambelet, professeur à la Haute école de travail social et de la santé; Alain Broccard, directeur de la prison de la Croisée; Joelle Klopfenstein, assistante sociale aux Etablissements de la plaine de l’Orbe (EPO).

«Loin des yeux», un documentaire réalisé par Britta Rindelaub, accompagne des détenues à la Prison de la Tuilière, à Lonay. Cet établissement, ouvert depuis 1992, héberge dans ses murs un peu plus de 30 femmes, privées de libertés pour une période allant de quelques mois à plusieurs années. Plus de la moitié d’entre elles ont un ou plusieurs enfants. C’est notamment le cas de quatre mères de famille dont les états d’âme sont restitués par les caméras.

Une immersion émouvante dans un quotidien où la prière, la prise de médicaments et les discussions avec d’autres camarades tiennent lieu d’échappatoires, dans l’attente des coups de téléphones et des visites de l’entourage. Des moments fugaces tant attendus où les mots pèsent très lourd. «Ma fille m’a appelée tata. ça m’a fait très mal», avoue ainsi Karima.

Certains témoignages font froid dans le dos, à l’image de celui de Kashka, dont le compagnon est mort dans ses bras après une bagarre au couteau, alors qu’une immense détresse se lit dans le regard de Mirsada lorsqu’elle apprend son expulsion après presque dix-huit ans passés en Suisse. Pour Fatiha, les murs de la prison semblent faire office, en quelque sorte, de rempart pour se reconstruire, à l’abri des mauvaises fréquentations.

Encadrement critiqué

Lors de la table ronde organisée au terme de la projection, plusieurs spectateurs ont manifesté leur perplexité devant «la pauvreté de l’accompagnement» apporté aux femmes incarcérées. «Elles semblent avoir plus de soutien dans leur relation avec les autres détenues et n’obtiennent que des réponses floues de la part des collaborateurs», a relevé une membre de l’assistance. La réalisatrice a, pour sa part, signalé que, durant le laps de temps consacré au tournage de son documentaire, soit une année, l’équipe sociale était passée de quatre à deux représentants. «J’ai à plusieurs reprises vu des détenues courir derrière une assistante sociale pour la supplier d’obtenir un rendez-vous», a souligné Britta Rindelaub.

Vaud dans les bons élèves

Joelle Klopfenstein, qui occupe cette fonction aux Etablissements de la plaine de l’Orbe (EPO), a, quant à elle, signalé que l’établissement pénitentiaire urbigène compte six assistants sociaux pour 310 détenus. Tous les acteurs du système carcéral présents s’accordent néanmoins pour dire que le Canton de Vaud est un bon élève en matière de maintien du lien parent-enfant en prison.

La directrice de l’Association REPR Viviane Schekter a évoqué la stigmatisation dont souffrent les enfants de détenus. «Il n’y a pas de statistique sur ces derniers. Je trouve que c’est révélateur du manque d’investissement à leur égard», a-t-elle commenté. La structure à but non lucratif cherche justement, par le biais de diverses actions, à atténuer l’impact négatif du passage en milieu carcéral sur les familles.

Un sentiment de honte

Etre en prison est très souvent une grande source de honte pour les parents. Dans le documentaire, Karima refuse, par exemple, de révéler à sa fille qu’elle s’y trouve.

Destitués de leur rôle de mère ou de père, les détenus sont parfois dans une situation de détresse quand ils doivent l’endosser à nouveau lors des visites. «Certains ont peur de ne pas savoir quoi raconter. Il faut les aider à être parents en détention», a souligné Viviane Schekter, lors de cet événement révélateur d’une facette méconnue du monde carcéral.

 

Prisons d’Orbe sensibles au lien familial

Egalement convié à la table ronde, Alain Broccard, le directeur de la prison de la Croisée, a relevé que l’établissement urbigène, qui regoupe 322 personnes, principalement en détention avant jugement, avait plusieurs projets en vue pour favoriser le maintien du lien parent-enfant. La mise en place d’ateliers créatifs en fait partie. Cette démarche déjà en place aux Etablissements pénitentiaires de la plaine de l’Orbe consiste à réaliser des visites groupées d’enfants de détenus, à l’occasion desquelles diverses activités (jeux, goûter) sont organisées. Du côté des EPO, Joelle Klopfenstein a tenu à souligner l’existence de deux parloirs familiaux.

Ludovic Pillonel