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Les tourbières combières renaissent

23 mai 2016 | Edition N°1747

Vallée de Joux  D’importants travaux de renaturation, entrepris l’an passé, ont permis de redonner à deux sites d’importance nationale leur dynamique d’origine.

Des petits tapis de sphaignes, dont l’accumulation en couches successives compose les tourbières, plaident en faveur de la réussite de l’opération de renaturation. © Michel Duperrex

Des petits tapis de sphaignes, dont l’accumulation en couches successives compose les tourbières, plaident en faveur de la réussite de l’opération de renaturation.

La Sagne du Campe, sur la Commune du Chenit, offre un paysage atypique, plus digne du nord de l’Europe que du nord du canton. En plus de nous transporter vers d’autres latitudes, ce milieu naturel de 3,5 hectares propose un véritable retour dans le passé, comme l’a souligné la conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro, lors d’une visite du site organisée vendredi dernier.

«Je vous invite à revenir 10 000 ans en arrière, car cet endroit est un souvenir de la dernière glaciation», a-t-elle déclaré, campée sur l’un des treize barrages mis en place pour faire monter le niveau d’eau, un processus indispensable à la renaissance de ce haut marais d’importance nationale exploité jusque dans les années 50.

Longtemps dédaignées, car dotées d’une végétation négligée par le bétail et d’arbres «rachitiques», les tourbières sont, en effet, devenues, durant la période allant de la Première à la Seconde Guerre mondiale, une source de combustible recherchée lorsque le charbon venait à manquer. La tourbe est, de surcroît, un substrat très apprécié en horticulture, en raison de sa capacité à stocker l’eau, à la manière d’une éponge.

Le biologiste Alain Maibach montre, sous les yeux de sa collègue Sandrine Jutzeler, un échantillon de tourbe à Jacqueline de Quattro. © Michel Duperrex

Le biologiste Alain Maibach montre, sous les yeux de sa collègue Sandrine Jutzeler, un échantillon de tourbe à Jacqueline de Quattro.

Compte tenu de la faible portance du sol, la voie aérienne a été choisie pour transporter les madriers de bois -1346 au total- enfouis dans les barrages, ainsi que les 230 mètres cubes de copeaux de bois et de sciure -les deux techniques utilisées pour combler les anciens fossés de drainage. L’hélicoptère a aussi acheminé, à destination du chauffage à distance du Chenit, les arbres abattus par le service forestier dans le cadre de cette opération.

Ces travaux de renaturation, réalisés entre juillet et octobre de l’année dernière sous la conduite de la Direction générale de l’environnement, ont coûté, au total, 310 000 francs, une somme qui prend en compte l’intervention menée sur le second site, à la Sagne du Séchey, sur la commune du Lieu. Le 65% du financement a été octroyé par la Confédération.

La promenade proposée vendredi a permis de constater les premiers retours sur investissement. Le biologiste Alain Maibach, qui a, avec Sandrine Jutzeler, accompagné la remise en état du site, a, ainsi, déniché un petit tapis de sphaignes -un genre de mousse- que constituent les tourbières. Plus loin, sa collègue a fait remarquer le retour de l’eau dans un endroit précédemment asséché, colonisé par les épicéas et les bouleaux.

Les zones marécageuses (hauts et bas marais confondus) sont protégées dans la Constitution fédérale depuis 1987. Elles servent de refuge à un quart des espèces de plantes menacées et constituent 0,5% du territoire suisse. Cette surface représente 96 hectares dans le canton de Vaud, notamment à la vallée de Joux, mais aussi à La Vraconnaz, du côté de Sainte-Croix.

Ludovic Pillonel