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L’Exécutif remis à l’ordre par les villageois

20 mars 2019 | Edition N°2460

Cheyres – Un comité citoyen de 150 personnes a remis, lundi, une pétition au Conseil communal pour manifester son opposition au projet de décharge prévu aux Granges-de-Cheyres.

A l’avant de la salle de gymnastique de Cheyres, 25 conseillers généraux discutent avec les sept membres de l’Exécutif de la commune. Les points qui figurent à l’ordre du jour sont présentés, commentés, expliqués, puis votés, les uns après les autres. La séance suit calmement son cours. Mais derrière les rangs de l’organe délibérant, environ 150 personnes trépignent d’impatience à l’idée d’arriver au moment tant attendu «des divers». Car si une délégation a fait le déplacement pour assister à la séance du Conseil général, ce lundi soir, c’est pour parler de la potentielle implantation d’une décharge de matériaux d’excavation sur un terrain agricole au-dessus du village, aux Granges-de-Cheyres plus précisément.

Grâce à leur mobilisation et à leurs pancartes, les citoyens ont réussi, sans dire un mot, à passer un message clair aux autorités: ils s’opposent fermement au projet mené par le groupe Orllati. Et pour manifester l’ampleur de leur mécontentement, ils ont remis à l’Exécutif une pétition signée par 1756 personnes. Celles-ci dénoncent le fait que Cheyres devrait encaisser une redevance d’un million de francs, alors que ce sont les habitants de La Vounaise, de Granges-de-Cheyres et de Murist, principalement, qui subiront les nuisances du trafic routier lié à cette décharge durant quinze ans.

Le poids des mots

à l’instar de la population, les conseillers généraux ont, eux aussi, pris position. «Comment peut-on envisager de travailler seuls dans notre coin? Nous ne pouvons pas ignorer nos voisins et ne pas tenir compte des 1756 signatures déposées. Il est indécent d’encaisser les profits et de laisser les nuisances aux autres», a scandé Philippe Pillonel, avant d’être acclamé par le fond de la salle.

De plus, un vote consultatif – qui avait pour objectif que chaque conseiller général affiche ouvertement sa position sur le sujet – a montré que la majorité de l’organe délibérant n’était pas favorable au projet. Un vote symbolique, toutefois, puisque, dans le canton de Fribourg, seul l’Exécutif est compétent pour prendre des décisions en matière d’aménagement du territoire. Or en 2016, à Cheyres, le Conseil communal (ndlr: la Municipalité) a choisi de soutenir le projet de décharge (lire ci-dessous). «On peut trouver cela normal ou pas», a confié le syndic Pierre-Yves Dietlin, qui s’attend à recevoir de nombreuses oppositions émanant de particuliers et d’autres communes dès que le projet sera mis à l’enquête publique.

Bien que la procédure ait été respectée, le syndic reconnaît que les autorités n’ont peut-être pas pris la bonne décision: «Il faut savoir faire son mea culpa. Lorsque Cheyres a pris sa décision, elle n’a pas mesuré à sa juste valeur l’impact du transport routier sur Murist et La Vounaise. » Et d’admettre, à l’adresse des opposants: «Votre démarche citoyenne nous a fait prendre conscience de notre erreur d’appréciation. Nous vous avons entendus et nous avons déjà réagi en demandant à être reçus par le conseiller d’Etat  fribourgeois Jean-François Steiert.»

Christelle Maillard