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L’homme qui donne des couleurs à La Favorite

24 avril 2019 | Edition N°2483

Cycliste infatigable et illustrateur, Yvan Gindroz dessine les maillots de la randonnée cyclotouriste yverdonnoise entre deux sorties sur son vélo.

Du noir au blanc, en passant par le vert, le bleu, le rose, le orange et tant d’autres teintes, le peloton de La Favorite est repérable loin à la ronde. Derrière cet arc-en-ciel de couleurs, un homme. Yvan Gindroz imagine les maillots de la randonnée cyclotouriste yverdonnoise depuis une dizaine d’années.

«J’ai participé une douzaine de fois à La Favorite, raconte ce pédaleur invétéré de 58 ans. Comme je voulais y prendre part, j’ai hésité plusieurs années à rejoindre son comité. Ce d’autant plus que j’étais déjà impliqué dans celui de l’école de cirque Arc-en-Ciel.» L’Yverdonnois a fini par céder et se consacre désormais à la bonne tenue de l’épreuve. «Je me sentais redevable, dans le sens où, quand j’étais jeune, j’ai été coureur et j’ai profité du travail accompli par de nombreuses personnes pour nous permettre de rouler.» C’est pourquoi Yvan Gindroz a accepté de bon cœur de rejoindre le comité de copains de La Favorite, il y a une année et demie, en charge de tout ce qui concerne le visuel, des affiches aux photos.

A chaque édition, les participants à la manifestation découvrent les couleurs de leur nouvelle tenue. «Une fois, après que Peter Sagan avait enchaîné les succès, on m’avait glissé qu’on pourrait imaginer un maillot du style du sien, relève Yvan Gindroz. J’écoute volontiers les idées des autres et j’ai presque toujours fait plaisir à quelqu’un.» A lui-même aussi, puisqu’en 2018, à son arrivée dans l’organisation de la cyclo, il a demandé à ses camarades à avoir carte blanche. «J’ai alors réalisé un équipement bleu ciel, accordé à mon propre vélo et casque.» Ou comment avoir la classe sur les routes.

Pour les curieux, celui de la cuvée 2019 sera noir, blanc et rouge rosé. Avec, pour la première fois, le profil du parcours dessiné sur le dos. «Le but est que les gens soient fiers de le porter.»

Jamais moins de 90 km

S’il en est un qui enfile très régulièrement son tricot de La Favorite, c’est bien lui. Véritable mordu de l’effort, le quinquagénaire pédale sur quelque 10 000 km par an durant la belle saison. A quoi s’ajoutent 1800 km sur piste, à Granges, où il se rend deux fois par semaine en hiver. Pour le plaisir et sans se vanter: «D’autres, comme Samuel Wyss, en font bien plus que moi», tempère Yvan Gindroz.

Ses amis le surnomment parfois «GPS», lui qui connaît sur le bout des doigts toutes les routes des environs et bien au-delà. Il faut dire qu’il ne parcourt jamais moins de 90 km à chaque sortie. Souvent, c’est plutôt 200 km, même si ses copains l’ont abandonné depuis une soixantaine de bornes. C’est qu’il aime être en plein air. «La région est belle, et je suis en pleine forme, j’ai un bon vélo et je ne me fatigue pas dessus. Je vis une seconde jeunesse, c’est magique, s’émerveille le fou du guidon. Un matin, j’ai fait le tour des trois lacs. A Morat, j’étais à 31 km/h de moyenne. Je me suis dit que si à Bienne je me situais encore à 30, je monterais le Chasseral.» Ce qui n’a pas manqué. «Mon défaut, c’est de toujours me dire, tiens, je pourrais vite encore passer par là… J’ai de la chance de compter sur une épouse qui m’accepte avec ma passion.»

Deux en un

Un virus qu’il a attrapé petit, alors même que ses parents ne voulaient pas trop qu’il roule, car ils trouvaient cela dangereux. Il a d’abord eu un vélo pliable, qu’il n’aimait pas, mais avec lequel il filait dans la nature faire une trentaine de kilomètres. A 12 ans, depuis son domicile d’alors à Pully, il était parti tout seul jusqu’à Montreux. «Je voulais aller jusqu’au château de Chillon, mais il était tard et j’avais finalement rebroussé chemin», se souvient-il. Il a reçu son premier vélo de course, offert par sa grand-maman à Noël, à 15 ans. Le début de huit ans de compétition, avant de devoir abandonner pour son emploi de mécanicien. «Mais je souhaitais dessiner depuis tout petit, alors, à la première opportunité, je suis devenu illustrateur.» Et aujourd’hui, à La Favorite, il conjugue ses deux passions. La grande vie.

 

 

«La Diabolique», ça aurait pu être encore pire!

Les participants à La Favorite ont pu découvrir toute une série de nouveaux parcours l’année dernière. Des boucles dont Augustin Sanjuan est le responsable et concepteur. Néanmoins, en grand arpenteur et connaisseur des routes des environs, Yvan Gindroz – qui roule d’ailleurs régulièrement avec son camarade au comité; «on se comprend bien lui et moi» – a bien évidemment son mot à dire lors de la réalisation des tracés.

C’est d’ailleurs lui qui a proposé de partir en direction de Provence (pour 108 km, dont 2200 m de dénivelé avec des montées à La Chaux, par la Côte-aux-Fées, et à la Grandsonnaz, entre autres). Le circuit a été emprunté pour la première fois par La Favorite l’an dernier. Jamais un itinéraire aussi exigeant n’avait été élaboré. «C’était un pari. Lors d’une séance de comité, le président Raymond Briand a demandé si on se lançait. Il n’y a pas eu un mot. Alors il a tranché: on le fait! Et on n’a pas regretté», raconte Yvan Gindroz, tandis que le challenge a rencontré un vif succès auprès des participants les plus entraînés de la randonnée cyclotouriste yverdonnoise.

Les organisateurs ont décidé de baptiser le parcours «La Diabolique», en raison de sa difficulté. «Et pourtant, on a sucré le col de l’Aiguillon du programme que je suis habituellement quand j’emprunte ces routes», révèle celui à qui le fait d’avoir les mollets qui brûlent ne fait vraiment pas peur.

Manuel Gremion