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L’hôtellerie frappée de plein fouet par le coronavirus

12 mars 2020 | Edition N°2703

La situation sur le front des métiers de bouche est dramatique. GastroVaud a interpellé le Conseil d’état mardi.

«C’est une catastrophe!» Gilles Meystre, président de l’association vaudoise des cafetiers, restaurateurs et hoteliers. et député PLR appelle les autorités au secours. «GastroVaud croule sous les appels à l’aide. Et il n’y a pas que les hôteliers qui souffrent, les métiers de bouche aussi: traiteurs, bouchers, boulangers… Je n’ai pas souvenir d’avoir vécu pareille situation.» Nadia Mettraux, directrice de l’Association pour le développement du Nord vaudois (ADNV), est au premier plan pour voir les impacts de cette épidémie sur l’économie locale. «Effectivement, le nombre d’annulations est important. Il y a même des groupes de huit à dix personnes qui ont renoncé à leur réunion. J’ai constaté que même dans les restaurants, à midi, la clientèle se fait plus rare qu’habituellement. Nous sommes attentifs à cette problématique. Les autorités vont mettre en place une procédure simplifiée pour les demandes de chômage partiel et j’espère que les entreprises n’hésiteront pas à y faire appel. Cette situation est inédite et malheureusement, je crois que nous n’avons pas encore atteint le pic de l’épidémie. L’impact économique est dramatique. Aujourd’hui, le chaos est mondial, on tourne tous au ralenti. J’espère que les entreprises pourront accéder à des fonds spéciaux de manière à pouvoir rentrer dans leurs comptes. Mais il est vrai que d’un autre côté, il était nécessaire de prendre des mesures pour protéger la population.»

Chaque matin voit son lot d’annulation

En interdisant les réunions de plus de 1000 personnes, la Confédération a ouvert la boîte de Pandore. Car depuis, les annulations de réunions, assemblées et autres séminaires se succèdent. Même les petits clubs locaux n’osent plus tenir une assemblée. «Il ne se passe pas un jour sans que je ne reçoive des avis d’annulation», déplore Jean-Claude Vagnières, patron de l’Hôtel La Prairie dans la Cité thermale. à tel point que, pour la première fois de sa vie, il a rempli le formulaire de demandes d’indemnisation pour Réduction de l’horaire de travail (RHT), anciennement appelé indemnités pour chômage partiel. «Depuis fin février, ça n’arrête pas. C’est très compliqué, car l’ensemble du personnel est quand même sur place. Nous ne savons jamais si oui ou non une réservation sera honorée. Comment gérer les commandes, le personnel? Nos fournisseurs aussi souffrent. Nous n’avons pas d’assurance annulation. Quand on a un petit établissement, on ne peut pas renvoyer les gens à la maison! La marge de manœuvre est très limitée,» assure l’hôtelier.

Pierre-André Michoud, propriétaire de l’Hôtel du Théâtre à Yverdon-les-Bains, souffre des mêmes affres: «Notre clientèle d’affaires décommande à tour de bras. Nous avons 60 à 70% d’annulations. Comme nous sommes installés sur trois bâtiments, nous en avons fermé un totalement, cela permet d’économiser un peu sur les charges. On profite de faire les à-fonds, et j’ai demandé au personnel de récupérer ses heures supplémentaires. Mais comme notre clientèle est internationale, France, Allemagne, Japon, Asie, Italie…, le problème pourrait empirer. Je n’ai jamais vu ça de toute ma carrière».

Au Grand Hôtel des Rasses, Patrice Bez, également directeur d’Aquatis à Lausanne et président des hôteliers d’Yverdon-Broye-Vallée de Joux, fermera son établissement dimanche. «Nous prenons traditionnellement les deux dernières semaines de mars de vacances. Outre la pire saison hivernale depuis cinq ans en raison du manque de neige, le coronavirus nous a mis le coup de grâce. En deux semaines, nous avons perdu la moitié du chiffre d’affaires. Je pense que je vais devoir faire appel au chômage partiel si la situation ne s’améliore pas. Je ne sais pas quand le gros de la tempête sera passé, mais nous allons devoir trouver des solutions pour relancer l’offre et inciter la clientèle suisse à venir chez nous. Nous travaillons avec les instances du tourisme pour voir ce que nous pourrions mettre en place en matière de promotion». à La Marive, hier, les annulations de spectacles et manifestations prévues en mars représentaient quelque 2500 personnes. Selon le délai de résiliation et le motif, ces décisions peuvent faire l’objet de montants dus, ceux-ci pouvant aller jusqu’à 100% de la facture. Certains spectacles ont été reportés de quelques mois ou remis à 2021, d’autres ont été annulés.

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Le SECO a allégé le droit au chômage partiel

Selon Andreane Jordan Meier, cheffe du Service de la promotion et de l’innovation au Département vaudois de l’économie, «le Canton attend une réponse de Guy Parmelin, chef du Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche, sur ce qui pourrait être mis en place pour venir en aide à la place économique vaudoise.» De son côté, le Secrétariat d’état à l’économie (SECO) a modifié hier les conditions d’octroi des RHT (Réduction des horaires de travail); le délai de carence est passé de dix jours à trois. Cependant, la question des indemnisations de perte de travail requiert de distinguer si celle-ci est à mettre sur le compte de mesures des autorités, par exemple par une décision de blocage d’un accès en ville, ou sur le recul de la demande en raison de craintes de contaminations. Il doit exister un rapport de causalité entre la perte de travail et l’apparition du virus.

Dominique Suter