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L’indépendance au cœur de l’histoire d’un centre collecteur

7 décembre 2018 | Edition N°2391

Le centre collecteur célèbre son jubilé cette année. Pendant cinquante ans, la coopérative a toujours cherché à maintenir son autonomie, malgré les bouleversements dans l’agriculture ces dernières décennies.

Elle perce le ciel nuageux au-dessus du Nozon. La grande tour du Centre collecteur de Croy (CC-Croy) est un élément visuel indissociable du village. Voilà cinquante ans qu’elle trône à la place de la Gare, témoignant de son importance historique, et autant d’années que la société coopérative qui gère le centre affronte les difficultés.

Pour cerner l’histoire du CC-Croy, il faut pourtant remonter plus loin, à la fin du XIXe siècle. Au bord du Nozon, un vieux moulin tombant en désuétude est racheté par le Syndicat agricole des grands moulins de Croy, nouvellement créé. L’entité rase le moulin et en construit un flambant neuf. En 1924, le syndicat achète un terrain à proximité de la gare. La famille Cavat, au centre de cette organisation, joue une véritable partie de Monopoly et place ses pions petit à petit.

Ainsi, en 1968, une coopérative du centre collecteur est fondée. «C’est une société distincte, mais ce sont toujours les mêmes zouzous» lance, taquin, le gérant du CC-Croy, Claude Chollet. Le syndicat lui octroie un droit de superficie afin de construire le symbolique silo de la gare. En effet, la deuxième moitié du XXe siècle voit l’explosion du rendement agricole et il devient indispensable d’investir, notamment pour créer de l’espace de stockage. C’est la naissance de la coopérative qui perdure aujourd’hui, et qui a fusionné avec le syndicat en 1971.

Libéralisation du marché

Jusqu’à aujourd’hui, la société n’a cessé de croître, en augmentant ses capacités de stockage coup sur coup en 1984, 2000 et 2005, jusqu’à arriver à une capacité de 6000 tonnes actuellement. Avec ses sept collaborateurs et son conseil de treize membres, elle jouit d’un dynamisme certain.

Mais ce n’est pas pour autant que les temps modernes sont faciles pour CC-Croy. D’un côté, l’abandon du monopole fédéral sur la gestion du blé divise par deux le prix de la céréale. «On s’est débrouillés, témoigne Claude Chollet. On doit toujours s’adapter.» Une libéralisation du marché qui inquiète aussi le président Christian Grandjean. «Pour maintenir les prix, on dénature 25 000 à 50 000 tonnes de blé en les donnant à manger à des cochons, pour importer des céréales de moins bonne qualité, avec des résidus de glyphosate.»

Les deux hommes affirment aussi qu’il est compliqué pour le centre, «l’une des plus vieilles entreprises du canton», de rivaliser avec le «quasi-monopole de Landi-Fenaco». Christian Grandjean l’affirme, «on subit des pressions pour intégrer ce holding, avec une sous-enchère des prix chez nos clients. On se demande ce que fait la Commission de la concurrence!»

Une question
de philosophie

Néanmoins, tout n’est pas noir pour les sociétaires. En effet, dans un contexte économique difficile, le modèle coopératif a des avantages. «Nous bénéficions de crédits institutionnels. Nous avons invité le conseiller d’Etat Philippe Leuba à notre jubilé, non pas pour débattre de la politique agricole, mais pour le remercier», glisse le gérant. Le président précise d’ailleurs que le groupe connaît une certaine croissance. «Les agriculteurs cherchent à faire affaire avec des entreprises qui ont notre état d’esprit, la même philosophie, celle de la liberté de commercer.»

Ainsi, si les deux hommes soutiennent que «c’est parfois un peu tendu», ils affirment avoir «toujours bien vécu, mais l’exercice est périlleux. Heureusement, dans des petites structures comme la nôtre, le personnel s’investit davantage. Il y a de la solidarité et de la fidélité».

Guillaume Guenat