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L’indépendant qui joue en équipe

15 novembre 2019 | Edition N°2625

À la tête de sa propre entreprise, Matthew Perlman a rejoint le HC Yverdon à l’intersaison, alors qu’il envisageait de ranger ses patins.

Bien que marquant, le premier contact de Matthew Perlman avec la glace ne le prédestinait pas franchement à se retrouver, un jour, défenseur au HC Yverdon: «Mon beau-père m’a emmené à la patinoire. Une fois les patins aux pieds, je me suis cassé la figure et ouvert le menton, se remémore-t-il. Mais je crois que c’est une expérience que j’ai plutôt apprécié, et j’ai commencé le hockey dans la foulée, vers l’âge de 7-8 ans.»

C’est à Fribourg qu’il a touché ses premiers pucks, ville où il a atterri quelques années plus tôt, après avoir vécu aux Philippines et aux États-Unis, les pays d’origine de ses parents. «Les débuts ont été difficiles, je n’ai pas croché tout de suite», admet-il. Le déclic s’est produit au début de l’adolescence, quand il est parti s’entraîner à Marly, où il connaissait déjà la majorité de l’équipe.

Lors de la saison 2013-2014, il a rejoint Villars, après être passé par Bulle et Sarine – club avec lequel il évolue encore de temps à autre. «J’aurais aimé voir ce que c’est que d’évoluer au deuxième échelon national, mais je n’avais pas le niveau. Pour cela, il aurait fallu fournir davantage de travail en étant plus jeune. Mais je n’ai pas de regrets», précise celui qui a envisagé d’aller jouer en Russie, avant que la longueur des démarches à effectuer en raison de son passeport américain ne l’en dissuade.

Puis, l’été dernier, quand le club vaudois a décidé de se retirer de 1re ligue, par manque de joueurs, Matthew Perlman a envisagé de mettre un terme à sa carrière de hockeyeur, ou tout du moins de se tourner vers une ligue inférieure. Cependant, le jour de l’annonce officielle du retrait de Villars, le Fribourgeois a été contacté par Université Neuchâtel et Yverdon. «Juris Zandovskis, que je connaissais, m’a appelé et m’a juste dit, viens à Yverdon.» Matthew Perlman a alors rencontré l’entraîneur du HCY, Jiri Rambousek, qui a achevé de le convaincre. «Le club acceptait mieux mes conditions, liées à mon travail, que Neuchâtel.»

Un désir de liberté

Déterminé «depuis toujours» à pouvoir disposer de son temps comme il l’entend, le courtier en assurance a lancé sa propre entreprise, il y a deux ans. «J’ai un CFC de taulier en carrosserie, mais les gens m’ont souvent dit, vas travailler à la radio ou dans les assurances, parce que je l’ai tout le temps ouverte», se marre-t-il.

Épris de liberté, il s’était, auparavant, occupé de la commercialisation, au niveau suisse, de bracelets contenant de la tourmaline, pierre appréciée de certains pour ses vertus purifiantes et énergétiques. «J’étais lié à une boîte américaine, mais je travaillais en tant qu’indépendant. Du coup, je devais acheter mon propre matériel et tenir un stand dans les centres commerciaux, les foires et lors d’évènements sportifs.» Les choses ne se sont cependant pas passées aussi bien qu’espéré, et l’affaire de Matthew Perlman a fini par faire faillite. «J’ai traversé une période difficile et, avec le recul, je procéderais différemment si c’était à refaire. Mais je n’ai aucun regret par rapport à l’expérience que j’ai vécue, cela m’a mené là où je suis aujourd’hui. Il faut bien commencer quelque part, et j’adore le risque.»

S’il a toujours été attiré par l’indépendance dans sa vie professionnelle – «je sors mon propre salaire depuis que j’ai 21 ans» –, le défenseur de 30 ans n’éprouve cependant aucune difficulté à se plier aux contraintes d’un sport d’équipe. «Mais, à côté, je fais aussi du golf. J’ai été initié par mon père, qui était un grand fan. Cela m’apprend à accepter que les choses ne se passent pas toujours comme je le veux.»

Des préjugés qui ne se sont pas vérifiés

En rejoignant les rangs du HCY, Matthew Perlman a découvert le club de la Cité thermale sous un nouveau jour. «J’avais le souvenir que, quand je jouais contre eux, les Yverdonnois étaient un peu des rageurs qui s’engueulaient tout le temps, rigole-t-il. Mais ce n’est pas du tout le cas! Les joueurs sont super et l’accueil a été très bon. De plus, tout le monde fait preuve de compréhension envers ceux qui ont un travail qui implique parfois de manquer l’entraînement. Cela facilite les choses, et c’est agréable de ne pas avoir des personnes qui critiquent par derrière.» Le Fribourgeois admet toutefois avoir connu un début de saison difficile: «Comme je n’avais pas prévu de continuer le hockey, je n’étais pas prêt physiquement. J’ai dû travailler hors glace et j’ai aussi modifié mon alimentation. J’espère réaliser rapidement de meilleures performances.»

 

Yverdon reçoit Adelboden

Matthew Perlman admet volontiers être «un peu tête en l’air». Alors qu’il évoluait sous les couleurs de Villars, l’un de ses coéquipiers lui avait annoncé, à la veille d’un match, qu’ils joueraient contre Monthey. Le défenseur s’est donc rendu sur place, le lendemain. Ne voyant personne, il s’est renseigné et a découvert que Villars affrontait bel et bien Monthey, mais à domicile! «Je suis malgré tout arrivé à l’heure», précise-t-il. Une mésaventure qu’il vaudrait mieux éviter de réitérer demain, puisque le HCY accueille Adelboden, à 18h30.

Muriel Ambühl