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Lucas Baume et le paradoxe du freestyle

11 décembre 2014

Snowboard – L’évolution de la discipline lui donne, dans le même temps, un coup de frein cet hiver. Le rider combier n’aura pas beaucoup de compétitions durant lesquelles exhiber ses talents. Explications.

Il y en a même qui disent qu’ils ont vu Lucas Baume voler. © Philipp Ruggli

Il y en a même qui disent qu’ils ont vu Lucas Baume voler.

Dans l’air du temps, le snowboard freestyle a gagné sa place dans l’olympisme, avec le halfpipe, depuis 1998 et les Jeux de Nagano. L’hiver dernier, à Sotchi, le slopestyle y faisait son entrée. Une nouvelle donne qui engendre une évolution aussi rapide que, parfois, chaotique.

Les temps changent et, alors que le snowboard souffre de la concurrence du ski, le milieu évolue -ou dérive-, perdant un peu de l’essence du freestyle, le fun avant tout, au profit des aspects plus froids et rigides de la compétition pure et dure. «Certaines voix s’élèvent, car notre discipline ressemble de plus en plus à du saut acrobatique. Il y a pas mal de politique en ce moment, dans le snowboard. Il est difficile de savoir précisément comment cela va évoluer», lance Lucas Baume.

Le dilemme

Le rider de 19 ans, membre du cadre national B, est lui-même confronté quotidiennement au dilemme propre au phénomène. «Je dois trouver du temps pour faire des films et des photos, et ainsi satisfaire les sponsors, ainsi que faire des compétitions, pour Swiss-Ski», évoque le Combier.

En slopestyle, la spécialité du rider du Brassus, il n’est plus rare de voir dix snowboarders enchaîner, les uns après les autres, les mêmes figures avec les mêmes grabs. «On perd un peu l’aspect du style», regrette Lucas Baume.

Les parcours, aussi, souffrent de certains stéréotypes. «En variant un peu les obstacles, cela permettrait de favoriser la créativité dans les runs. Il y aurait autant d’approches et de lignes différentes que de concurrents. Cela pourrait rendre les compétitions moins monotones, estime Lucas Baume. Mais bon, moi, je n’ai rien à dire là-dedans.»

Un hiver après les Jeux, les choses sont en mouvement. Le TTR, ou World Snowboard Tour (un circuit parallèle aux manches de Coupe du monde de la FIS), a opéré plusieurs changements de dernière minute et dans la précipitation. Si bien que plusieurs rendez-vous prévus cette saison sont tombés à l’eau. Organisateurs et riders devraient y voir plus clair l’hiver suivant.

Objectif Mondiaux

Lucas Baume sur le C-rail de Laax, le style au coeur de ses préoccupations. © Philipp Ruggli

Lucas Baume sur le C-rail de Laax, le style au coeur de ses préoccupations.

Dans le même temps, la délégation suisse n’a plus droit qu’à trois participants au départ des rares manches de Coupe du monde. Autant dire que les compétitions pourraient se faire rares pour Lucas Baume, qui n’est pas du tout certain de faire partie des heureux élus. «On ne sait pas encore qui sera sélectionné. On est plusieurs à avoir des niveaux assez proches », dit-il. Et s’il ne devait pas être du voyage? «Ça serait un peu frustrant, oui. Mais ce n’est pas un mal d’avoir une année avec beaucoup de temps pour s’entraîner, sans le stress de la compétition, glisse-t-il. Cela permet de gagner en constance et d’apprendre de nouvelles figures.»

Basés à Laax jusqu’à la fin de l’année, les Helvètes attendent la neige, tout en pensant aux échéances à venir. Il y aura ainsi, normalement, quatre sésames pour les Mondiaux qui se disputeront en Autriche. Lucas Baume est à la lutte pour le quatrième ticket, estime- t-il. C’est le grand objectif de la saison du Nord-Vaudois, en dernière année de sportétudes à Davos. «Sur la neige, j’ai retrouvé le feeling comme en fin de saison passée, je me sens bien», affirme-t-il, décidé à en découdre pour gagner sa place. Car le freestyle, c’est aussi la compétition.

Manuel Gremion