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L’Yverdonnois qui a fui l’Erythrée

7 février 2014

En Suisse depuis 7 ans, Loway a connu l’enfer de la guerre, dans l’un des pays les plus isolés et méconnus du monde. Un calvaire qu’il a décidé de quitter, au péril de sa vie.

L’espoir de Loway est de revoir un jour ses parents et ses amis restés au pays. Selon lui, la sympathie de ses habitants contraste avec la cruauté du dictateur Issayas Afewoki.

L’espoir de Loway est de revoir un jour ses parents et ses amis restés au pays. Selon lui, la sympathie de ses habitants contraste avec la cruauté du dictateur Issayas Afewoki.

«La balle est rentrée par le bas de mon dos et est ressortie par le ventre, en laissant un trou de plusieurs centimètres», montre Loway en soulevant son sweat-shirt. De ses trois années de guerre, lorsqu’entre 1998 et 2000, l’Érythrée revendiquait à son voisin éthiopien quelques portions de territoire, l’homme de 37 ans en garde des séquelles physiques, mais surtout psychologiques.

«J’ai été blessé deux fois par balle et pendant des années mes nuits ont été hantées par les cauchemars. Aujourd’hui, je me sens mieux, mais lorsqu’un film violent passe à la télévision, les souvenirs réapparaissent», avoue-t-il.

Un quotidien de violence

Des souvenirs dont la violence semble inconcevable pour le commun des Occidentaux, mais qui représente le quotidien de n’importe quel jeune homme vivant en Erythrée. «Dans mon pays, le service militaire est obligatoire, explique Loway. A l’âge de 16-18 ans, les jeunes sont emmenés au service militaire, dans le désert, et reviennent au bout d’une année ou six mois pour travailler pour une durée indéterminée pour le gouvernement, comme soldats, dans la construction, ou comme journalistes par exemple. Tout le monde a le même salaire : environ 10-15 francs par mois. Et celui qui travaille mal ou s’ oppose aux idées du dictateur se fait emprisonner ou disparaît. Dans ces conditions, il n’y a pas de futur, pas de liberté, pas de perspective d’avenir. Ce qui reste, ce sont la peur et le stress.»

L’exil comme seule issue

Tenu d’une main de fer par Issayas Afeworki, héros de l’indépendance de 1993, devenu tyran sanguinaire, l’ Érythrée suffoque dans un système politique et militaire où le marteau du parti unique, nommé fallacieusement Front popuaire pour la démocratie et la justice (FPDJ), s’abat sur toute voix dissidente. Celui que l’on nomme parfois le Staline d’Asmara (capitale de l’ Érythrée), ne pardonne aucun écart de conduite et sa police militaire se charge de faire respecter sa loi.

Au palmarès de son gouvernement, la dispute avec la Corée du Nord de la dernière place mondiale en matière de liberté de presse. Nombre d’Érythréens croupissent donc dans les prisons délabrées du pays, torturés et mutilés, pour des raisons qu’eux-mêmes ignorent, souvent sans avoir été jugés.

La seule issue est donc l’exil. Un choix suivi par des milliers de compatriotes, chaque année.

Mais là encore, le parcours est semé d’embûches. «Si la police militaire t’attrape en train de préparer un voyage, tu finis en prison et les gardes-frontières ont l’obligation de tirer sur ceux qui passent la frontière», reprend Loway. Vient ensuite le calvaire du voyage à travers le Sahara puis la mer Méditerrannée. «Avec ma fille de 8 mois et ma femme, nous sommes restés deux jours sans boire et manger dans le désert soudanais lorsque notre voiture est tombée en panne. Deux des 25 passagers sont morts de soif. Au Soudan, j’ai ensuite travaillé deux ans à Khartoum avant de rejoindre la Libye. Un mois plus tard nous prenions le bateau pour l’île de Lampedusa, et le 12 janvier 2007, nous traversions la frontière suisse, de nuit et dans la neige !»

D’autres n’ont pas eu cette chance. Un ami de Loway, habitant également Yverdon-les- Bains, a vu son bateau chavirer pendant la nuit, au large des côtes italiennes. Après plusieurs semaines de coma, il en ressortira comme l’un des trois survivants de la centaine de passagers du navire.

Pour soutenir la campagne «Stop National Service Slavery in Eritrea»: www.stopslaveryineritrea.com

Benjamin Fernandez