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La Maison d’Ailleurs du côté obscur de la force

7 décembre 2017 | Edition N°2140

Yverdon-les-Bains – Avec sa nouvelle exposition intitulée «Je suis ton père», le musée de la science-fiction, de l’utopie et des voyages extraordinaires explore l’univers de «Star Wars» à travers le regard de treize artistes contemporains.

 

La série «Dark Lens», de l’artiste français Cédric Delsaux (lire encadré), est habitée par les héros de la saga «Star Wars» et connaît un succès mondial depuis 2004. ©Carole Alkabes / Michel Duperrex

La série «Dark Lens», de l’artiste français Cédric Delsaux (lire encadré), est habitée par les héros de la saga «Star Wars» et connaît un succès mondial depuis 2004.

«Je suis ton père»: lorsque Marc Atallah, directeur de la Maison d’Ailleurs d’Yverdon-les-Bains, annonçait le titre de sa future exposition aux visiteurs, ces derniers savaient immédiatement quel serait le sujet de celle-ci. Cependant, le musée de la science-fiction, de l’utopie et des voyages extraordinaires se distancie de la saga «Star Wars» grâce au regard original de treize artistes contemporains internationaux qui interprètent l’univers galactique de George Lucas.

«Les fictions contemporaines partagent certaines caractéristiques avec les mythes de la Grèce antique, puisqu’elles donnent du sens à nos actions, à nos jugements et à notre place au sein de la société», explique le directeur. Star Wars en est un parfait exemple, puisque chacun peut se réapproprier cet univers, inscrit dans l’imaginaire collectif.»

 

Archétypes grecques

 

©Carole Alkabes / Michel DuperrexAu rez-de-chaussée, l’exposition s’articule sur des photographies numériques de l’artiste parisien Travis Durden. En partenariat avec le Musée du Louvre, celui-ci a réinterprété les mythes grecs à sa manière. Le visiteur se trouve alors plongé dans un univers artistique qui mélange à la fois culture contemporaine et culture de la Renaissance. Maître Yoda, être dépourvu de désir, incarne ainsi L’Amour, la princesse Leia se mue en une véritable nymphe, tandis que la résurrection de Dark Vador évoque l’image biblique du Christ.

 

Gay attitude

 

Quant à The Sucklord, artiste pop new-yorkais, il s’inspire de la franchise «Star Wars» et détourne de manière ironique des jouets-figurines.

Issu de la scène artistique homosexuelle, cette personnalité médiatique illustre, avec son oeuvre «Gay Empire Attack», des Stormtroopers de l’empire galactique dans une version totalement psychédélique.

 

Design yverdonnois

 

©Carole Alkabes / Michel DuperrexCrée en 2014 par deux jeunes designers, Edrris Gaaloul et Cyrille Verdon, le collectif Superlife reprend des icônes de la saga pour les détourner en canapé, abat-jour et miroir futuriste. Pour l’exposition «Je suis ton Père», les Yverdonnois ont conçu une collection capsule, avec des objets fonctionnels.

Au final, tout l’intérêt de cette exposition réside dans le fait qu’elle fait référence à «Star Wars» sans que la saga soit mentionnée en tant que telle. Les seuls qui risquent peut-être d’être déçus sont les fans orthodoxes de l’univers de George Lucas. Mais, le temps d’une exposition, ils pourront faire abstraction des œuvres cinématographiques et plonger dans un univers qui oscille entre mythologies et galaxies.

Vernissage de l’exposition «Je suis ton père», ce samedi, dès 17h. Programme complet sur : www.ailleurs.ch. A voir jusqu’au 14 octobre 2018.

 

Démesure Urbanisme fantastique

 

Parmi les artistes de l’exposition «Je suis ton père», Cédric Delsaux tient une place à part, puisqu’il travaille depuis treize ans sur l’univers de Georges Lucas. Avec sa série «Dark Lens», il est le seul artiste français à avoir été adoubé par le réalisateur américain. Et pourtant, l’artiste français ne se considère pas comme un fan absolu au sens propre du terme. «J’utilise l’univers de Star Wars comme matière première pour réaliser mes propres fantasmes», confie le photographe.

Avec ses images numériques sur le développement urbanistique d’Abu Dhabi, Cédric Delsaux offre une vision inquiétante, déraisonnable et fascinante de notre société. «On vit en pleine science-fiction, c’est une menace sourde et étrange, affirme-t-il. Je ne souhaite pas imposer une image manichéenne du monde. Il y a à la fois un pendant clair et obscur dans mon travail.» Avec «The Reserves», Cédric Delsaux donne un statut vivant aux droïdes de combat en les séquestrant dans des containers, sorte de négrier contemporain. A la fois hystérique et désarçonnant.

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Valérie Beauverd