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Nous, gens du Nord

7 novembre 2019 | Edition N°2619

On dit de l’humilité qu’elle est une qualité, une vertu, voire, pour certains, carrément une des clefs du Salut. Elle est peut-être tout cela. Malheureusement, chez nous, habitants du Nord vaudois, cette disposition d’esprit tout à fait honorable nous conduit aussi à sous-estimer la grandeur de notre héritage, de nos spécialités culinaires, de notre géographie. Il fait bon vivre chez nous et souvent nous oublions que cela ne va pas forcément de soi.

Parce que l’on aime nous chicaner sur notre brouillard, par ailleurs souvent un peu fantasmé, nous peinons à rétorquer qu’il n’y a pas des milliers de districts où l’on peut profiter de plages aussi belles qu’aux Caraïbes, mais aussi de paysages de montagne – ou de campagne – à couper le souffle. Parce qu’on les bombarde de publicités pour des sandwichs informes et sans âme, on a trop tendance à oublier que nos enfants auront sans doute bien plus de plaisir à découvrir les saveurs d’un bon papet, spécialité locale par excellence. Parce que nous avons le tort de nous détourner de notre propre histoire, on accepte comme une fatalité que des passionnés doivent se battre corps et âme pour sauvegarder un joyau menacé du côté des mosaïques d’Orbe. Trop souvent, nous manquons de fierté d’être de notre région, alors que nous sommes assis sur un trésor. Notre tempérament naturel est à la fois notre part de noblesse et ce qui nous empêche d’en prendre conscience.

Le mot humilité dérive du latin humus, qui signifie la terre. Gardons, mieux, cultivons ce trait de caractère bien de chez nous mais restons aussi fidèles à notre terre. Mettre en valeur l’identité paisible, et ouverte, de notre bout de pays est la tâche que je me fixe à la tête de La Région.
Je veux que ce titre soit le carrefour de vos joies, de vos passions, mais aussi de vos colères et de vos engagements. Enfant de Vallorbe, je n’entends pas faire un journal tiède. Notre région est trop belle, trop variée, pour que nous fassions dans la demi-mesure au moment d’en raconter le quotidien. Je vous promets de la passion, des excès peut-être, mais une fidélité de tous les instants à ce coin de pays qui m’a vu naître.

On peut vouloir le développement du Nord vaudois en ayant des vues parfaitement opposées, par exemple au niveau politique. Impartial, le rôle de notre titre est de chercher ce qui nous rassemble, par-delà les différences de sensibilité. Débattons, opposons-nous entre personnes de bonne volonté, mais gardons ceci à l’esprit: notre humilité ne doit pas nous empêcher de penser, tout à fait sérieusement, que nous vivons dans la plus belle région du monde.

Raphaël Pomey