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«On m’a traitée d’incapable»

18 mai 2018 | Edition N°2249

Les salariés d’un restaurant d’entreprise géré par le Groupe Eldora dénoncent l’attitude de leur chef. Tombés en arrêt maladie, ils ont fini par être licenciés.

«On m’a traitée d’incapable et de profiteuse.» Après vingt-cinq ans d’une vie professionnelle sans nuage, le quotidien de Josiane* a soudainement basculé, en juillet dernier. L’arrivée d’un nouveau chef au sein du   restaurant du personnel de l’entreprise Dentsply Sirona, à Ballaigues, géré par le Groupe Eldora, a bouleversé l’équipe de cinq personnes qui était en place depuis des années. Le personnel raconte avoir subi les affres du nouveau supérieur, jusqu’à en tomber malade.

Après un premier arrêt maladie, Josiane est retournée bosser à la fin du mois de février. «J’ai travaillé durant trois semaines dans des conditions correctes, puis j’ai été licenciée», raconte-t-elle. Avant elle, trois autres collègues avaient déjà perdu leur emploi. Aujourd’hui, Josiane se sent dans une impasse. Toujours sous contrat avec Eldora, elle est en arrêt maladie et ne peut ni travailler ni chercher un job. Mais ce n’est pas là son seul problème: «Mes employeurs veulent absolument que je fasse mes deux derniers mois. J’ai proposé de prendre toutes mes vacances d’un coup, ils auraient juste eu deux semaines à m’offrir, après vingt-cinq ans de boîte… Mais ils ne veulent pas.»

Quatre des cinq employés du restaurant du personnel de Dentsply Sirona ont été licenciés par le Groupe Eldora. © Pierre Blanchard

Quatre des cinq employés du restaurant du personnel de Dentsply Sirona ont été licenciés par le Groupe Eldora.

Selon Yves Defferrard, secrétaire régional chez Unia, les employés «se plaignaient de ces problèmes depuis un certain laps de temps». Il explique qu’à l’attitude pesante du chef se seraient ajoutés des «objectifs irréalisables». Et la direction n’aurait pas réagi face aux doléances des salariés. «Toutes les tentatives de dialogue ont échoué», assure Yves Defferrard, ce que confirme Josiane: «Je n’ai jamais eu de réponse, ni à mes téléphones ni à mes courriers. Ils ont fait l’autruche.» Unia, qui suit le dossier de près, a donc pris la décision de dénoncer publiquement cette situation, hier. La prochaine étape devrait se jouer devant les tribunaux. «L’employeur a la responsabilité de veiller à l’intégrité physique et psychique de ses employés», martèle Yves Defferrard.

De son côté, le Groupe Eldora a fait savoir qu’il «conteste formellement les allégations du syndicat Unia et ne souhaite pas se prononcer sur ce dossier, dont le traitement est assuré professionnellement et confidentiellement par son service des ressources humaines, dans le strict respect des dispositions de la Convention collective nationale du travail.»

Après des mois de souffrance, Josiane se sent brisée. «Je ne me sens pas du tout sûre de moi. Des fois, à force de l’entendre, on en arrive à se demander si on est vraiment capable ou non…»

*nom connu de la rédaction

Caroline Gebhard