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Onze jeunes portés par un nouveau label

6 novembre 2018 | Edition N°2368

Jérémie Duciel, producteur professionnel, a aménagé un label local dans un petit studio de musique de la ville. Il compte ainsi promouvoir les artistes du cru.

L’un utilise sa plume pour mettre à plat ses sentiments enfouis, l’autre sa voix pour dire tout haut ce que les gens pensent tout bas. Tous ont l’envie de travailler, de s’améliorer et, surtout, de partager leur univers musical. Et c’est autour de cet élément central qu’est né le label Y Music. «L’idée me trottait dans la tête depuis environ un an et demi, je voulais aider les jeunes qui ont du talent à avoir plus de visibilité», confie Jérémie Duciel, travailleur social de proximité au Service jeunesse et cohésion sociale d’Yverdon-les-Bains. Après un an passé à entraîner et à conseiller les chanteurs, à fonder une association, à établir des statuts et des contrats à faire signer aux artistes, il a enfin pu sortir le label  Y Music de sa tanière, samedi. Le producteur professionnel a organisé, en partenariat avec le Conseil des jeunes d’Yverdon-les-Bains, une soirée à L’Amalgame pour présenter les onze jeunes «les plus prometteurs» de la région, parmi la centaine de passionnés qui ont enregistré un total d’environ 250 sons dans le studio.

Parmi ces stars en herbe figurait Nathalie Eteme, 24 ans, la seule femme sélectionnée par le label. Si elle avait déjà chanté devant un public cet été, jouer devant un parterre de clubbers était bien différent de sa participation à la Fête de la musique. «Depuis ma première scène, je n’avais qu’une envie: c’était de remonter. J’adore ça parce que cela me permet de sortir toute mon énergie et pas uniquement dans la voix, mais aussi dans les gestes, parce qu’il faut bouger et jouer comme si c’était du théâtre», témoigne-t-elle. Avant d’ajouter: «J’avais quand même une grande crainte pour le concert.»

Un premier pas dans la musique

Comme elle, les protégés du label ont pu se confronter à leur premier public et présenter leur musique urbaine. «C’est le fruit d’un an de travail», assure Jérémie Duciel.

Mais ce concert ne marque que le début de l’aventure pour les onze artistes. «Le but est de les coacher en studio et sur scène, puis de faire leur promotion. D’ailleurs, dès le mois de mars, on sera équipés pour réaliser des clips vidéo, explique le producteur professionnel qui est persuadé qu’il y a un véritable marché pour les Nord-Vaudois. Il y a des talents fabuleux qui méritent d’être mis en avant et je vois aussi que les jeunes consomment facilement les sons de leurs collègues.» En échange, le label imagine récupérer les droits d’auteur, bien que cela ne rapporte plus grand-chose aujourd’hui, selon le musicien. Mais pour l’instant, les termes exacts des contrats n’ont pas encore été fixés.

Si Jérémie Duciel a décidé de se donner à fond dans ce projet de studio, c’est non seulement parce qu’il a le soutien de la Commune d’Yverdon-les-Bains, mais surtout parce qu’il voulait rétablir un brin d’égalité. «Je suis aussi musicien et je sais qu’enregistrer un morceau, ça coûte cher. Et je trouve dommage que la musique soit réservée à une élite, car c’est ce qui m’a permis de me construire et d’apprendre à mener à bien des projets, raconte-t-il. Parfois, il faut rétablir les chances, car c’est souvent ceux qui ont le plus besoin de faire de la musique qui n’en ont pas les moyens.» Et d’ajouter: «Il y a eu plein de moments où on voit l’artiste se libérer au studio, parce qu’il a cassé une résistance, parce qu’il est allé plus loin. C’est ce moment-là qui est magique car cela leur apporte de la fierté en tant qu’artiste, mais aussi dans leur vie de tous les jours.»

Avec Y Music, le batteur et claviériste souhaite ainsi démocratiser cet art. Pour cela, il offre le premier son à tout le monde, il facture ensuite, «à prix d’ami», c’est-à-dire 20 francs par session d’1h30 pour les jeunes de moins de 25 ans et qui vivent dans la région Yverdon-les-Bains, et 50 francs pour les autres. «En deux séances avec moi, on peut déjà avoir une maquette diffusable sur les ondes parce que je mixe en même temps. Après, on peut aussi enregistrer la partie instrumentale sur-mesure, assure Jérémie Duciel. Par rapport à ce qu’on voit en France, je pense qu’on est clairement à la hauteur.»

Christelle Maillard