Logo

Pierre-Etienne Fournier, nouveau Saint-Bernard de la «Nati»

22 décembre 2016 | Edition N°1898

Football – Le Valaisan, ancien médecin d’Yverdon Sport, soigne désormais les internationaux suisses. Portrait d’un homme à l’approche humaniste, discret à souhait et amoureux du ballon rond.

L’ancien médecin-chef du Centre thermal, aujourd’hui établi en Valais, a repris les rênes du staff médical de la sélection nationale de football. ©Simon Gabioud

L’ancien médecin-chef du Centre thermal, aujourd’hui établi en Valais, a repris les rênes du staff médical de la sélection nationale de football.

Stade de Ferencváros, Budapest, Hongrie. Vendredi 7 octobre dernier. Debout devant le banc helvétique, se tenant par les épaules, staff et joueurs entonnent l’hymne national. Parmi eux, Léo Lacroix, ancien défenseur du FC Sion, qui fête sa première sélection. A quelques pas, un autre homme, non moins ému, vit aussi son baptême du feu. Médecin de l’équipe nationale, Pierre-Etienne Fournier, ancien de la maison d’Yverdon Sport et actuel chef de service à la Clinique romande de réadaptation, fait le grand saut avec les internationaux suisses.

«C’était un moment extraordinaire, rempli d’émotion, narre le médecin de 57 ans. D’autant plus que nous avons gagné au bout du suspense (ndlr : la Suisse s’est imposée à la 89e grâce à une réussite de Valentin Stocker).» Il faut dire que l’ancien habitant du Nord vaudois ne débarquait pas totalement en terre inconnue dans le staff de l’équipe nationale. Lui qui a déjà accompagné les sélections juniors, avant de soigner les joueurs de l’équipe de Suisse M21. Une solide expérience qui a joué en sa faveur au moment de sa nomination pour succéder à Hans-Ulrich Backes. De là à y voir une forme de reconnaissance ou de consécration pour son inébranlable engagement, il n’y a qu’un pas, qu’une foulée. «Le travail, c’est avant tout les joueurs qui le font, sourit l’intéressé. Disons que c’est toujours sympa de retrouver des Rodriguez, Lang et autre Seferovic, des gars que je connais et que je soigne depuis qu’ils ont 15 ans.»

Au fil des ans -au fil des blessures et des désillusions aussi-, une relation de confiance s’est installée entre les joueurs et le staff médical. Une longévité qui permet de mieux appréhender les besoins de chacun. «Une équipe de football, c’est un peu un microcosme de la société, illustre-t-il. Il y a ceux qui consultent souvent, les inquiets, que je dois rassurer. Et puis il y a les autres, ceux qui banalisent volontiers telle ou telle blessure.»

Attachant, Pierre-Etienne Fournier l’est assurément. Discret à souhait, il est de ces médecins qui prônent encore une approche humaniste. Un de ces réparateurs de corps au grand coeur, qui carburent à la confiance qui se tisse avec le patient, qui font de l’échange et du contact humain une pierre angulaire de leur métier. Des raisons qui l’ont poussé à devenir médecin plutôt qu’ingénieur agronome, une lubie de jeunesse : «L’envie d’aider, si faire se peut, a pris le dessus. C’est véritablement l’aspect social de la profession qui m’a séduit.» Et le sport dans tout ça ? «Je suis un véritable passionné, reprend ce fervent pratiquant de ski-alpinisme. A mon sens, on peut difficilement se revendiquer médecin du sport si on n’en pratique pas soi-même. Il faut être sur la même longueur d’onde que son patient, parler le même langage.»

Le football, justement, il connaît, Pierre-Etienne Fournier. Lui, l’ancien junior du FC Saint-Maurice. «Je ne peux pas me targuer d’avoir une longue carrière derrière moi, rigole celui qui a foulé les pelouses le temps de quelques saisons. Je n’étais pas très talentueux. Ça n’empêche pas que je voue un véritable culte à ce sport.» Une passion qui, en parallèle de ses années auprès des sélections juniors, l’a aussi mené à s’engager dans la commission médicale de la Fédération.

Il l’aime, le football. Et il le lui rend bien. Le médecin lui consacre une grosse vingtaine de jours d’activité par année, quitte à prendre sur ses vacances. «Que le joueur souffre d’un petit bobo, d’une grippe ou d’une douleur musculaire, mon job est de poser un diagnostic. Mais n’allez pas croire que je suis seul, prévient- il. Comme sur le terrain, le staff médical travaille en équipe. Les physiothérapeutes s’occupent de la rééducation, du système locomoteur. C’est surtout eux et les joueurs qui font le travail, finalement.»

Ne vous fiez pas aux apparences. Pierre-Etienne Fournier n’est pas un doux poète qui chantonne la naïveté, blouse blanche ballante et stéthoscope autour du cou. «Il y a beaucoup de pression de la part des joueurs, du staff, des entraîneurs et de la presse, souligne le médecin. Si, à l’entraînement, un joueur sort du terrain en boitillant, tu n’as pas le temps de rejoindre l’hôtel que tu reçois déjà une alerte push sur ton téléphone.» Sans parler des clubs, propriétaires des joueurs, qui ont des attentes énormes : «Il y a de gros enjeux. Il faut prendre le minimum de risques pour les sportifs, quitte à faire des examens supplémentaires pour protéger leur santé.»

Des joueurs, il en a côtoyé. Beaucoup. En équipe nationale, bien sûr, mais il en a également vu défiler bon nombre sur le banc d’Yverdon Sport, lui qui a revêtu la blouse de médecin de l’équipe durant quinze ans. «C’était la belle époque, lorsqu’on était en Ligue nationale», se souvient celui qui officiait au Centre thermal. «Avec Paul-André Cornu (ndlr : le président de l’époque), on a mis un an à s’apprivoiser, puis on a collaboré de façon efficace. Je garde des bons souvenirs de cette expérience. Même si, parfois, il fallait trouver la motivation d’aller au match en décembre, alors que j’aurais préféré être sur les pistes de ski.» De son passage au Stade Municipal, il n’en garde pas que des bribes de souvenirs. Des contacts, également. Qu’il lui arrive même de retrouver dans le staff de l’équipe nationale : «Vincent Cavin, qui jouait à YS, est aujourd’hui l’analyste vidéo de la Nati.»

Après quinze années passées dans la Cité thermale, poussé par le besoin de nouveaux défis professionnels, il a quitté le Centre thermal et le Nord vaudois pour la Clinique romande de réadaptation, dans son Valais natal. En posant son regard sur les cimes enneigées des montagnes environnantes, sous sa moustache grisonnante, un sourire se dessine : «Il faut dire qu’en hiver, le soleil, ça change du brouillard.»

Carte d’identité

1959 Il naît le 15 août à Sion.

1987 Naissance d’Aude, sa première fille. Bérengère et Noémie compléteront la famille.

1994 Il s’installe au Centre thermal comme médecin-chef. La même année, il rejoint le staff d’Yverdon Sport en tant que médecin de l’équipe.

1996 Il est engagé comme médecin de sélection M15 de l’équipe nationale.

2009 Il s’installe à Nendaz et s’engage à la Clinique romande de réadaptation, à Sion.

2016 Il est nommé au poste de médecin de l’équipe A.

Enregistrer

Simon Gabioud