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Les plaisirs obscurs de la spéléologie à la vallée de Joux

27 octobre 2017 | Edition N°2111

Le Chenit – Le Bureau des Guides Jura Evasion, spécialiste des activités en plein air, propose de déguster une fondue sous terre. La Région Nord vaudois a tenté l’expérience. Récit.

Dans les méandres des galeries souterraines, on tombe parfois sur des caves de grande taille.

Dans les méandres des galeries souterraines, on tombe parfois sur des caves de grande taille. ©Flallier

Vous dire que l’on ne ressent que de l’excitation à l’idée de descendre dans les entrailles de la terre serait mentir. En partie, en tout cas. Il faut bien l’avouer, une fois assis au bord d’un gouffre dont le diamètre ne dépasse pas un mètre, au moment de descendre une échelle de fortune et de plonger dans l’obscurité, l’appréhension se fait une place de choix au côté des autres sentiments qui se bousculent dans la tête.

Une fois les sept mètres et les quelques dizaines d’échelons avalés, nous voilà plongés dans l’obscurité. Seuls les faisceaux lumineux des lampes frontales suffisent à éclairer, un peu, la grotte. Les volumes apparaissent même spacieux, la voûte de calcaire s’élevant, par endroit, à une dizaine de mètres. Partout, des galeries apparaissent et forment de formidables méandres. «Il y a près de 400 mètres de développement dans cette grotte. C’est un endroit idéal pour une initiation aux joies de la spéléologie», glisse notre guide, le directeur de Jura Evasions, Christian Giraud. Nous voilà rassurés.

L’entrée de la galerie, entièrement naturelle, est le résultat de l’érosion. ©Flallier

L’entrée de la galerie, entièrement naturelle, est le résultat de l’érosion.

Au fil des mètres, l’anxiété laisse place, cette fois, à l’excitation, voire même à l’émoi devant un tel spectacle. Faune et flore cavernicoles, spécificités géologiques et topographiques : notre progression dans les entrailles du Jura est agrémentée d’explications détaillées de notre guide du jour. Vient, enfin, la première difficulté de la soirée : un passage -très- étroit, à franchir en rampant dans la glaise, débouchant sur un cavité lilliputienne. «J’appelle cet exercice le ventre de la petite chatte, rigole le Combier de 54 ans. Ça me permet de voir le nombre de personnes qui s’y faufilent.»

 

Salle à manger de fortune

 

Après l’effort, le petit groupe s’est réconforté autour d’une bonne fondue. ©Flallier

Après l’effort, le petit groupe s’est réconforté autour d’une bonne fondue.

Après ce «tour de chauffe», la dernière difficulté de la soirée se dresse devant les participants les plus aventureux. Ou plutôt sous leurs pieds. Une galerie exiguë, dans laquelle le corps épouse le fond, débouchant, après quelques minutes à se faufiler entre les roches, sur une cavité qui nous servira de salle à manger. Claustrophobes s’abstenir. Notre guide s’improvise alors cuisinier et, dans un espace de fortune, nous concocte une fondue. «Avec évidemment du fromage de la région, du Séchey, précisément», sourit Christian Giraud. Une fois notre repas dégusté et nos corps réchauffés, vint le moment de remonter à la surface, au grand air. Un dernier effort avant que la voûte calcaire de la grotte ne fasse place à un ciel étoilé, vierge de tout nuage. Magique.

Retrouvez la vidéo sur le déroulement de la soirée sur www.laregion.ch/region-tv/

 

Une activité à partager entre collègues ou amis

 

Pratiquée toute l’année, la «fondue X’trême» est réservée aux personnes curieuses et un brin aventurières désireuses de partager un moment convivial entre amis ou entre collègues. «Pour des questions d’organisation et de sécurité, je ne m’aventure qu’avec des petits groupes», explique Christian Giraud. Pour une sortie de 5h -initiation à la spéléologie et subsistances comprises-, comptez 580 francs pour un groupe de quatre personnes.

 

«La Vallée recèle de trésors insoupçonnés»

 

«Ce n’est pas un jeu, il y a des règles à respecter.» Christian Giraud, guide

Sauvage et bucolique, la vallée de Joux est réputée pour ses forêts anciennes, ses pâturages ancestraux et ses murs de pierres sèches. Mais les beautés sont également nombreuses à se trouver sous terre. «Les crêtes du Jura, et en particulier à la Vallée, recèlent de trésors insoupçonnés, situé juste sous nos pieds», glisse, sourire aux lèvres, Christian Giraud, 54 ans, directeur du Bureau des guides, Jura Evasions.

Mais ne vous y méprenez pas. Si les gouffres, nombreux, sont très faciles d’accès pour qui connaît un tant soit peu la topographie de la région, le danger est omniprésent. «La spéléologie est une activité qui peut être pratiquée pour toutes sortes de raisons, que ce soit assouvir sa soif de connaissances topographiques, pour satisfaire l’aventurier qui sommeille en chacun de nous ou pour en apprendre plus sur la faune et la flore cavernicoles, poursuit le Combier. Mais ce n’est pas un jeu, il y a un certain nombre de règles à respecter.» Parmi elles, ne jamais s’aventurer dans les méandres des galeries souterraines sans un solide bagage de connaissances, techniques et topographiques, et une certaine expérience en la matière.

«Pas plus tard qu’il y a deux semaines, j’ai ressorti une famille d’un gouffre. Elle s’y était aventurée, mais était incapable de remonter à la surface. Elle a eu de la chance. Les conséquences auraient pu être tragiques. Le mieux est d’être accompagné», conclut le guide de montagne.

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Simon Gabioud