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«Plus qu’une course, c’est une aventure»
© Racephotos Sport photography

«Plus qu’une course, c’est une aventure»

22 octobre 2021

En préparation pour son défi de venir à bout du Marathon des Sables 2022 au Maroc, Julien Cuérel s’est fait la main sur le Half Marathon des Sables de Fuerteventura. Le Baulméran, que La Région suit en plusieurs volets depuis le début de l’aventure, en a tiré d’excellents enseignements.

En se lançant le challenge de courir le Marathon des Sables 2022, et ses 250 km à parcourir en une semaine, Julien Cuérel s’est attaqué à un mythe de la course à pied. Devant le défi, le syndic de Baulmes a eu la lucidité d’immédiatement bien s’entourer afin de préparer son aventure. Le coureur presque néophyte de 48 ans vient de franchir un nouveau cap dans son cheminement, en allant au bout des 120 km du Half Marathon des Sables de Fuerteventura.

 

Julien Cuérel, comment s’est déroulée votre première course de distance dans le sable?

Honnêtement, encore mieux que ce que j’imaginais. Tout a vraiment bien joué, par rapport à beaucoup d’autres participants rencontrés. Durant l’été, j’ai bien eu le temps de me préparer. Résultat, le physique était bon et, surtout, mes pieds étaient bien préparés. Car le but de ce semi-marathon des sables était justement de voir où j’en étais en conditions réelles et, parallèlement, de tester ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas sur le plan du matériel emporté, de la nourriture et du physique.

 

Et alors, quels principaux enseignements en avez-vous tiré?

Le seul gros problème que j’ai rencontré, c’est le dos. J’ai eu des douleurs aux épaules. Le deuxième jour, je ne pouvais plus bouger les bras à cause du sac. Pour le reste, je n’ai pas eu de coup de mou et en deux jours, j’avais récupéré.

 

Quelles sont les solutions pour votre dos?

Je m’étais bien sûr entraîné à courir avec le sac, mais je n’avais pas eu de douleurs. Je vais devoir me muscler derrière les épaules pour mieux supporter le sac et, comme lors de la dernière étape à Fuerteventura, je ne vais plus utiliser les bâtons. Le mouvement des bras a contribué aux douleurs ressenties.

 

Comment c’était, sur place?

C’est toute une aventure. Tu te retrouves seul avec toi-même, parfois par 40 degrés, avec un vent extrêmement fort 24 heures sur 24. L’idée n’est pas de chercher un chrono, mais d’aller au bout. J’ai d’ailleurs été extrêmement prudent au début, vu que je partais dans l’inconnu, et je me suis parfaitement bien senti jusqu’au final. Ce qui m’a marqué, c’est que les coureurs qui te dépassent, lorsqu’ils voient que tu souffres, s’arrêtent et font un bout avec toi pour te soutenir, discutent quelques minutes. Lorsque ça a été mon tour de croiser d’autres participants qui étaient dans le dur, j’ai rendu la pareille. Je me suis vite rendu compte que tout le reste est bien plus important que la course.

 

Le volcan en éruption sur l’île de La Palma, certes assez éloignée, a-t-il dérangé l’édition?

Pas du tout, non. Je sais seulement que Fuerteventura accueille des habitants qui n’ont plus de maison.

 

On a le sentiment, à vous entendre, que vous étiez très bien préparé.

Complètement, oui. J’avais pu tester mes chaussures durant l’été sur la plage en Espagne, ce qui m’a fait changer de paire. C’était parfait: je n’ai eu que quelques cloques, alors que d’autres avaient les pieds en sang. J’ai aussi rencontré au préalable un ancien participant du Marathon des Sables, qui m’a conseillé de particulièrement bien préparer ma nourriture dans des sachets, pour chaque repas, de tout calculer. Des conseils que j’ai suivis à la lettre, et qui se sont avérés payants. Solliciter Joël Maillefer comme entraîneur et la minutie dans la préparation du sac ont rendu tout cela possible. Je sais bien que ce sera plus dur au Maroc. A Fuerteventura, le facteur le plus stressant aura finalement été le vent fort, qui ne s’est jamais arrêté.

 

Le Marathon des Sables arrive dans cinq mois. Serez-vous prêt?

Oui, je suis hyper confiant. Il fera plus chaud qu’aux Canaries, mais cinq étapes seront à peu près identiques à ce que j’ai connu. Celle que je crains plus, c’est la grosse étape où on met une vingtaine d’heures.

 

Comment avez-vous réagi en apprenant qu’il y avait eu un décès (en raison d’un arrêt cardiaque) parmi les coureurs du Marathon des Sables 2021, disputé il y a quelques jours?

Forcément, ça fait un peu peur, mais ça ne m’a pas fait réfléchir sur ma participation en 2022. Je suis motivé, et je suis sûr que j’y arriverai bien préparé. J’ai aussi réalisé tous les contrôles médicaux nécessaires. Cette édition a été particulière au Maroc, puisque plus de la moitié des participants ont abandonné, entre autres à cause d’un virus dont ont été victimes plusieurs coureurs. La nouvelle a plus fait peur à mon entourage.

 

Comment vous habituer aux chaleurs qui vous attendent en mars prochain?

Cet hiver, je vais me rendre au Kenya, entre autres pour courir, mais aussi pour soutenir une association. En outre, je m’entraînerai dans une salle spéciale, au Mont, qui permet de simuler les conditions que je trouverai dans le désert marocain. Je n’ai pas souffert de la chaleur aux Canaries, et je pense que d’avoir pu m’entraîner durant l’été en Catalogne y a contribué.

 

Envisagez-vous d’alléger votre sac à dos pour le Maroc?

Non, je n’enlèverai rien. Je vais juste m’acheter un t-shirt avec des poches intégrées, un peu comme les cyclistes, afin de mieux répartir le poids. Je veux, par exemple, absolument conserver le chargeur solaire que j’avais pris, qui me permet de prendre des photos: on est passés dans des zones sans accès, dans le lit de rivières, sur des dunes, au bord de falaises presque inaccessibles… A certains endroits, presque tout le monde s’arrête pour admirer le paysage ou prendre un cliché (voir photo ci-dessous, par exemple). C’est là que tu comprends que, plus qu’une course, c’est une aventure.

 

Manuel Gremion