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Pour continuer à grandir, Bryan Pozzi a besoin d’un binôme

9 mai 2019 | Edition N°2494

L’Yverdonnois a été choisi pour arbitrer la finale suisse d’uni hockey petit terrain des play-off féminins, en avril dernier. Un accomplissement qui pourrait en amener d’autres.

Il est 13h30 ce jour-là. Bryan Pozzi patiente sereinement sur un quai de la gare d’Yverdon-les-Bains. Son train ne doit plus tarder. D’ici quelques heures, le jeune homme est censé se retrouver au sifflet de l’acte I de la finale des play-off de 1re ligue féminine, la meilleure catégorie nationale lorsqu’il est question de petit terrain. Jusqu’ici, assurément le plus grand rendez-vous de sa carrière d’arbitre. C’est alors que son natel vibre. «J’étais de piquet au boulot ce week-end-là, explique cet administrateur en télécommunication. D’habitude, le téléphone de perm’ ne sonne jamais. Ça arrive peut-être trois fois par année, et encore…»

Oui mais voilà, le problème est sérieux et a bien l’intention de contrarier les plans de l’Yverdonnois. «Ça devait être une journée parfaite, rien n’était censé arriver. J’ai eu la peur de ma vie. Heureusement, j’avais emporté mon ordinateur avec moi. J’ai passé toute une partie du trajet là-dessus mais, finalement, ça a été réglé.» Et Bryan Pozzi n’a pas à se trouver un remplaçant, ce qui aurait constitué un immense crève-cœur.

Belles prestations et grosse blessure

Mieux que ça, la rencontre se déroule parfaitement, et l’homme en noir est choisi pour diriger l’acte II. Là encore, un franc succès. Sur le terrain, le sort est rapidement scellé et Oekingen ne fait qu’une bouchée d’Albis. «Tout s’est bien passé. Les observateurs présents étaient super contents de ma performance et les deux équipes m’ont chaleureusement remercié pour l’arbitrage», commente celui qui s’est vu remettre une médaille pour l’occasion. Seule ombre au tableau, la grave blessure de la capitaine des vainqueurs. «Elle s’est déchiré les ligaments croisés d’un genou. J’ai réagi de la seule manière possible: en arrêtant le jeu et en attendant qu’elle soit évacuée du terrain. Mais j’étais franchement mal pour elle. Il restait quoi, deux minutes avant la fin du match. La finale était largement jouée, la fête approchait…»

Reste que ce n’est pas un malheureux évènement qui va freiner les ardeurs de cet ancien unihockeyeur reconverti. «J’ai joué pendant une dizaine d’années, avant de passer à l’arbitrage lorsque j’ai eu 16 ans. Mes deux premières années à siffler des juniors ne m’ont pas forcément convaincu. Mais j’ai persévéré, j’ai gravi les échelons un à un en y trouvant à chaque fois un peu plus de plaisir.»

Depuis quatre saisons, le Nord-Vaudois de 25 ans fait partie du cadre national petit terrain, qui regroupe les trente meilleurs arbitres de la catégorie. Mais à terme, Bryan Pozzi voit plus grand. «L’idée, c’est de me lancer sur grand terrain», assure-t-il. Seule contrainte majeure: l’obligation de faire la paire avec un binôme.

À la recherche d’un passionné

«L’arbitrage sur petit et grand terrain est très différent. Dans le premier cas, on est seul et on doit se montrer assez strict. En général, le moindre contact est sifflé, pour éviter qu’un joueur ne se retrouve propulsé hors des limites. En grand terrain, on est deux et on  laisse beaucoup plus jouer. D’ailleurs, il y a rarement beaucoup de pénalités dans un match.» Quoi qu’il en soit, s’il veut continuer son ascension, celui qui n’est autre que le fils de Jean-Pierre Pozzi, ex-président de l’UC Yverdon, devra trouver sa moitié sportive.

«Dans l’idéal, il faudrait que ce soit un Romand, ou alors un Alémanique qui parle français, sourit-il. C’est important de bien s’entendre, d’être complémentaires. Mais trouver quelqu’un d’ambitieux, qui a envie d’arbitrer au plus haut niveau et qui est prêt à dévouer ses week-ends à ça, ce n’est pas évident.» Pour Bryan Pozzi, monter est la seule issue possible. Jusqu’à, pourquoi pas, se retrouver aux commandes d’un grand match européen.

 

 

«Je n’aurais pas pu siffler sur un terrain de football»

Bryan Pozzi ne le cache pas: s’il a délaissé sa carrière de joueur à 18 ans pour en embrasser une d’arbitre, c’est aussi qu’il s’agissait d’un moyen détourné de toucher à ce qui se fait de mieux dans la discipline sans jouer. «Ce que j’aime par-dessus tout, c’est de vivre les émotions du haut niveau. Être arbitre, ça me permet d’être en plein là-dedans. C’est important de rester dans son rôle, de garder une ligne, mais je m’émerveille souvent de certains gestes. Il m’arrive même de le faire savoir au joueur en question, je n’ai pas de problème avec ça.»

S’il se sent bien dans le milieu, c’est aussi une conséquence du fair-play qui y règne. «Avec l’expérience et en montant dans les ligues, j’ai appris à devenir un peu plus cool, à ne pas siffler tout et n’importe quoi. Ça aide aussi à se faire accepter, il faut le dire. Mais cette marge de manœuvre-là, j’ai l’impression qu’elle n’existe pas du tout dans certains sports. Il m’arrive d’aller regarder des amis jouer au foot, j’hallucine à chaque fois que je vois comment sont traités les arbitres. Quoi qu’ils sifflent, leurs décisions sont contestées. C’est difficile d’avoir de l’autorité dans ces conditions. Ce qui est certain, c’est que je n’aurais pas pu siffler sur un terrain de football.»

 

Chez les arbitres, pas «d’exception romande»

Si la Suisse romande est gentiment en train de faire son trou dans le paysage de l’unihockey helvétique, grâce notamment aux précurseurs que sont les filles de l’UC Yverdon (LNB) ou les joueurs de Fribourg (LNB), elle reste très en retard par rapport à la Suisse alémanique. Un clivage nettement moins présent au niveau de l’arbitrage. «Au sein du cadre national petit terrain, on était six Romands sur un total de trente personnes la saison dernière. L’an prochain, on devrait même passer à dix, soit un tiers du groupe. On est très bien représentés», apprécie Bryan Pozzi.

Reste que, à partir d’un certain niveau, la grande majorité des rencontres se déroulent outre-Sarine. «Il faut être prêt à se déplacer, c’est vrai. En 1re ligue petit terrain, il n’y a que Vevey chez les hommes et Jongny chez les femmes. Sinon, tout se passe loin de la Suisse romande. On est défrayés, mais ce n’est franchement pas grand-chose. Sans passion, on ne tient pas longtemps.»

Et sinon, difficile pour un «Welsch» de se faire accepter? «Pas vraiment, non. Je me souviens avoir eu un peu de peine à mes débuts, en partie à cause de mon niveau d’allemand. Mais on se retrouve souvent à gérer les mêmes équipes, les mêmes joueurs. Ils nous connaissent, on les connaît. Donc ça se passe en général très bien.»

Florian Vaney