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Précision millimétrique pour 30 tonnes

8 avril 2019 | Edition N°2473

Entre vendredi 22 heures et dimanche minuit, les poutrelles CFF destinées au prochain pont de l’axe principal d’agglomération ont été posées.

La poutre en acier pèse 30 tonnes et mesure 25 mètres. Et pourtant, la machine qui l’amène gentiment en place la pose avec une précision et une douceur dignes d’un artiste.

En cette frigorifique matinée, samedi, il est 8 heures et déjà une quarantaine de curieux se sont succédé pour découvrir les travaux très spéciaux qui justifient de bloquer une des deux voies du trafic CFF sur le site du futur axe principal d’agglomération. Ces habitants, qui côtoient le chantier depuis des mois, sont ravis de pouvoir discuter avec les chefs en tout genre, venus exprès leur offrir café et croissants, comme pour s’excuser des désagréments qu’ils savent leur infliger malgré eux. «Vous êtes quand même bien braves, leur lance Sandro Rosselet, chef du Service des travaux de la Ville. Avec une infinie patience, il répète et ré-explique la nature des travaux et, si besoin, invite chacun à suivre le déroulement des différentes étapes expliqué sur de grands panneaux installés sur le site.

Une fourmilière qui s’anime

À proximité des voies, il y a les casques orange et les casques blancs. Les premiers travaillent, les seconds veillent à la sécurité de tous. Car régulièrement, des sonneries retentissent avertissant tout le monde de l’arrivée d’un train. Celui-ci file à 80 km/heure sur l’unique voie qu’il lui reste. Les spécialistes sont occupés sur la seconde voie, à poser une poutrelle de 25 mètres de long qui supportera les rails lorsque le tunnel au-dessous aura été creusé. Elle doit s’ajuster au millimètre entre les rails restés en place sur chaque côté du futur pont. Avant de laisser travailler les soudeurs, les géomètres s’assurent que les niveaux sont bons. Les ouvriers chargés de ce travail sont tous des employés des CFF. Ils sont une vingtaine. D’autres affichent le logo noir de leur entreprise sur la poitrine. Ils sont une dizaine et travaillent en dehors des voies, creusant puis stabilisant les bords de la fosse qui accueillera les renforts pour le pont. Des centaines de mètres cubes de terre sont évacués et stockés, dans l’attente d’être réutilisés sur place ou ailleurs.

Sur le chantier, chacun a sa place. Aussi a-t-on l’impression que les trois quarts des ouvriers ne travaillent pas. Mais en fait, tous ont une fonction bien précise et n’interviennent que le moment venu. Il y a ceux qui soudent, ceux qui boulonnent, ceux qui scient l’acier, ceux qui creusent, ceux qui mesurent… C’est une véritable fourmilière qui s’anime, un ballet lent mais régulier qui se joue face à l’estrade qui a été montée exprès pour que le public puisse assister à ce spectacle d’orfèvre.

Une fois cette étape terminée, il faudra recommencer exactement le même travail du côté Jura du chantier. Cela a été fait dans la nuit de samedi à dimanche. Car à minuit, tout devait être en ordre, de manière à ce que la circulation des trains puisse reprendre normalement.

«J’ignore pourquoi, mais nous avons une heure et demie de retard sur le planning», s’inquiète Sandro Rosselet. Quoi qu’il en soit, une chose demeure: les 32 millions que coûte ce tronçon semblent justifiés au vu des exploits que doivent réaliser ces spécialistes.

Dominique Suter