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Quand travail de précision rime avec formation

14 novembre 2019 | Edition N°2624

Grandson - Alors que Le Repuis, qui vient en aide aux jeunes ayant des difficultés d’apprentissage, inaugurait hier son tout nouveau campus, La Région a rencontré deux jeunes bénéficiaires du site.

Lorsqu’on entre sur le site flambant neuf de la fondation Le Repuis, à Grandson, il ne fait aucun doute que le terme de campus n’est pas exagéré. Le lieu fourmille de jeunes en formation, sac sur le dos. Ils aspirent à devenir maçon, fleuriste, ou encore cuisinier.

Ou à travailler dans la carrosserie, comme Adam Ramos Dos Santos et Alexandre Cardoso. À l’image de tous ceux qui bénéficient de l’aide du Repuis, les deux carrossiers ont eu des problèmes d’apprentissage durant leur parcours, ce qui les a poussés hors d’un cursus de formation traditionnel. Le but de la Fondation est justement de permettre à ces personnes d’apprendre un métier dans un contexte qui prend en compte leurs difficultés.

Adam Ramos Dos Santos, 16 ans, l’admet volontiers: durant sa scolarité, entre Lausanne et Rolle, il a fait «le guignol». Conséquence: il doit essayer de rattraper son retard pour espérer obtenir une attestation fédérale de formation comme carrossier-peintre, soit une sorte de CFC axé sur les aspects pratiques d’une formation. «Être assis sur une chaise, ce n’est pas fait pour moi, ajoute l’adolescent. Ici, je bouge et je fais un vrai travail.»

La théorie, ce n’est pas non plus le fort d’Alexandre Cardoso. L’apprenti tôlier de 21 ans, originaire du Valais, a dû renoncer à sa formation de mécanicien auto. «Quand j’ai raté mes examens théoriques, mon employeur m’a viré, se souvient celui qui est atteint de troubles de l’attention. Je me suis retrouvé à l’AI et on m’a dirigé vers Le Repuis.» Aujourd’hui, les deux jeunes logés par la fondation n’ont qu’un objectif: obtenir leur diplôme. Alors que le carrossier-peintre souhaiterait continuer dans cette voie, le tôlier s’inscrira directement à l’école de Police, une fois son CFC en poche, le job de ses rêves depuis tout petit.

La plupart des automobilistes le savent: à la moindre égratignure, la douloureuse peut dépasser le millier de francs. Les jeunes carrossiers ressentent-ils un stress lorsqu’ils s’occupent d’un véhicule? «Non, assure Adam Ramos Dos Santos. Lorsque je pense avoir fait une erreur, j’appelle ma maîtresse socioprofessionnelle. Soit on corrige la faute, soit je recommence.»

Alexandre Cardoso, qui a travaillé pendant une année dans un garage privé, note une grande différence. «Ici, le rythme est beaucoup plus calme, explique-t-il. On a plus de temps pour apprendre et plus d’encadrement. On est moins focalisés sur la production.» Le travail des jeunes n’en est pas moins concret pour autant. «Nous avons des clients, indique Philippe Ambühl, directeur du Repuis. Ils savent qu’en nous confiant leur véhicule, les réparations prendront un peu plus de temps. Mais le résultat est excellent et les carrossiers en herbe sont parfois plus appliqués que dans un garage traditionnel. D’ailleurs, ceux qui ont plus de 18 ans touchent une indemnité journalière, financée par l’AI.» Alexandre Cardoso, par exemple, touche un peu plus de 3000 francs par mois.

Depuis cet été, le quotidien des carrossiers du Repuis a été bousculé, un atelier tout neuf ayant été construit au sein du campus. Adam Ramos Dos Santos avait effectué un stage dans l’ancien lieu de travail, situé à Yverdon-les-Bains. «Le nouveau est deux fois plus grand», estime-t-il, heureux de bénéficier de nouveaux locaux. Un avis que ne partage pas Alexandre Cardoso, qui regrette l’ancien atelier. «C’est vrai que le bâtiment actuel est plus grand, concède le tôlier. Mais à l’atelier, on était juste entre carrossiers. Et on était plus libres quand on voulait prendre une pause!» Fidèle à la fondation qu’il dirige, Philippe Ambühl encadre aussi les déclarations du tôlier et ajoute en souriant: «Disons qu’aujourd’hui tout est plus organisé.»

Massimo Greco