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Retour au pays d’un disciple de Bacchus

5 décembre 2014

André Leuenberger est revenu sur ses terres, à Concise, où il travaille pour Martial Du Pasquier, tout en développant sa propre gamme de vins, qu’il présentera dès ce soir.

André Leuenberger est de retour au pays. © Michel Duperrex

André Leuenberger est de retour au pays.

A l’instar d’Obélix, et de sa fameuse mésaventure avec la potion magique, André Leuenberger est tombé dans la viticulture quand il était petit. C’était aux vendanges. A Corcelles- près-Concise, lorsque, enfant, il a été déstabilisé par le poids de sa hotte au moment de la vider et s’est retrouvé dans le bac à raisin, la tête la première. Cet épisode cocasse, pour lequel il fait encore l’objet des railleries de la fille du vigneron, parodie délicieusement l’amour fusionnel que l’homme porte à son terroir.

«J’allais souvent chez mon oncle agriculteur. J’ai toujours été attiré par les métiers de la terre», déclare le producteur des vins du Pontet, en référence à la rue de Concise où se trouve la maison familiale dont il exploite le garage pour la vinification. Passionné, mais pragmatique, André Leuenberger a effectué un apprentissage d’automaticien aux Ateliers CFF d’Yverdon-les-Bains, pour terminer une formation, un conseil de ses parents.

Deuxième apprentissage

Sans emploi, il évite la case chômage en travaillant comme chef d’équipe lors des vendanges, au Domaine du Terraillex. Il y donne satisfaction et son mandat est prolongé jusqu’à Noël. Après une parenthèse (un remplacement de l’employé communal et de petits boulots pour les vignerons), ce producteur de Concise l’engage comme apprenti, alors que l’école de Marcelin distille les connaissances théoriques dans l’univers viticole.

Son expérience se termine fin 2006, préfigurant une épopée russe. Vers Sotchi, au service d’un vigneron du Vully souhaitant développer un projet dans une région au climat privilégié, mais parfois capricieux. «Je suis d’abord parti trois semaines en mars, pour tailler la vigne qui avait souffert du gel», explique André Leuenberger. Le courant passe bien, et lui donne envie de poursuivre l’aventure au pays des tsars au lieu de fouler le vignoble neuchâtelois. «Je devais commencer à travailler à Cortaillod début mai. Un arrangement a été trouvé», précise le Nord-Vaudois.

Un challenge de taille

André Leuenberger produit son «grand vin de garage» au domicile de ses parents. Une gamme de six crus à découvrir dès demain dans son carnotzet, à Concise, à la Grand’Rue 8. © Michel Duperrex

André Leuenberger produit son «grand vin de garage» au domicile de ses parents. Une gamme de six crus à découvrir dès demain dans son carnotzet, à Concise, à la Grand’Rue 8.

A vingt-cinq, il voulait un défi. Il sera servi, et, plutôt copieusement, en matière de responsabilités. Il s’occupe de la vinification de quantités de raisins pouvant dépasser les 150 tonnes par année, forme les équipes, et compte quinze à trente personnes, voire plus, pendant les vendanges, sous ses ordres, pour une surface de vigne atteignant 50 hectares. A l’aise dans les langues, il lui faut quelques mois pour se débrouiller en russe. Il ressent le besoin de changer d’air après quatre saisons viticoles. Destination l’Abkhazie, une république caucasienne de Géorgie à dessein séparatiste où son employeur russe envisage d’exploiter 1500 hectares de plantes de Bacchus. «Cette région a été laissée à l’abandon à la fin de l’époque soviétique. A mon arrivée, c’était la cambrouse», déclare André Leuenberger.

Les conditions sont difficiles. Les collaborateurs arrivent, par exemple, avec un mois de retard. Le travail ne cesse jamais.

L’habitant de Concise revient ensuite sur ses terres pour mettre la bague au doigt de son amour de Russie. «A mon retour en Abkhazie, ils m’ont dit qu’ils n’avaient plus besoin de moi», déclare le vigneron. La Suisse, où le couple envisageait d’élèver ses enfants, s’impose donc avant l’heure.

Retour aux sources

André Leuenberger trouve de l’embauche chez lui, auprès de Martial Du Pasquier, pour lequel il continue à travailler aujourd’hui à 100%, développant, en parallèle, sa propre activité. «Je loue 3000 m2 de vin depuis 2006», explique l’homme âgé aujourd’hui de 32 ans. Les cuves et tonneaux garnissent le garage de ses parents, transformé en lieu de vinification. «J’ai commencé la production en 2012, avec, le chasselas, l’oeil de perdrix et l’assemblage, trois cépages d’entrée de gamme», indique l’habitant de Concise.

Un trio de nouveaux crus, à savoir un garanoir, une sélection pinot noir et une sélection rouge étoffent l’offre qu’il propose de découvrir dès aujourd’hui, lors de dégustations dans son carnotzet, situé à la Grand’Rue 8. «Je loue ce local depuis juillet à des fins de stockage. L’idée m’est venue d’en transformer le fond en carnotzet. J’ai vendu près de 5000 bouteilles l’an passé et il me fallait un point de vente », précise André Leuenberger, ce vigneron globe-trotteur aujourd’hui papa d’une petite fille d’une année, qui espère, plus tard, gagner son indépendance viticole.

 

Dégustations

Les vins d’André Leuenberger sont à découvrir ce soir, ainsi que les vendredis 12, 19 et 26 décembre de 16h à 20h, dans son nouveau carnotzet situé à Concise, à la Grand’Rue 8. Le vigneron nord-vaudois donne aussi rendezvous aux curieux demain et les samedis 6, 13, 20 et 27 décembre, de 10h à 14h.

Ludovic Pillonel