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Riche expérience au Canada

11 mai 2017 | Edition N°1994

Yverdon-les-Bains – Deux membres du SDIS régional du Nord vaudois sont partis suivre une formation de six jours près de Montréal, ce qui leur a permis de comparer leurs techniques avec celles des Canadiens et de leurs en piquer quelques-unes au passage.

Le premier-lieutenant Stéphane Jaccard. ©SDIS du Nord vaudois

Le premier-lieutenant Stéphane Jaccard.

Le capitaine Stéfan Dutoit et le premier- lieutenant Stéphane Jaccard, tous deux membres du Service de défense incendie et secours régional du Nord vaudois (SDIS), ont reçu une mission particulière : se rendre à Saint- Sauveur -ville située à environ 60 km de Montréal- pour mettre le feu à une villa une douzaine de fois ! Plutôt sympa ? Oui, sauf qu’après, ils ont également dû éteindre les flammes. «C’était une expérience extraordinaire !», lance Stéphane Jaccard, rentré lundi de son périple. «Nous avons vraiment eu de la chance de pouvoir participer à cet événement », complète Stéfan Dutoit.

Cette chance, les deux hommes la doivent à leur commandant, Eric Stauffer. Grâce aux contacts de celui-ci, ils ont appris l’existence de l’un des plus grands exercices de mise à feu du Canada, organisé par une entreprise privée, pour les pompiers locaux et étrangers. Eric Stauffer leur a ainsi permis d’effectuer, et financé, un voyage outre-mer, une première pour la caserne.

Le but était de suivre une formation de six jours, baptisée Taktik 2017, sur les règles de sécurité relatives à un exercice de mise à feu de bâtiments. Ils étaient d’ailleurs les deux seuls Suisses à y participer.

 

Programme de haut niveau

 

Et ils n’ont pas chômé. Debout à 5h du matin, ils passaient la journée à l’extérieur et sous la pluie. Ils ont suivi des cours de théorie, étudié les normes canadiennes et observé les phénomènes thermiques, qui consistent, notamment, à l’embrasement de la fumée lors d’appel d’air.

 

Échanges de tuyaux

 

Le capitaine Stéfan Dutoit. ©SDIS du Nord vaudois

Le capitaine Stéfan Dutoit.

Ensuite seulement, ils ont pu mettre la main sur les lances d’incendie en tentant d’éteindre des feux. L’occasion pour les deux Romands de voir comment les Canadiens réagissaient dans une dizaine de situations différentes (voir ci-dessous). «Y a pas photo, aller voir ailleurs comment font les autres apporte beaucoup, car non seulement nous avons pu nous conforter dans notre façon de faire, mais aussi apprendre des nouvelles techniques», confie Stéphane Jaccard.

Pour entreprendre autant de scénarios dans une même maison, les participants ont dû remettre la bâtisse en état, entre chaque embrasement. Et donc, ils ont troqué leur fameux casque de pompier pour une truelle, en faisant de la maçonnerie. «Pour 30 minutes de flammes, il fallait compter 2h30 de préparation et d’inspection», explique Stéfan Dutoit.

 

En conditions réelles

 

Si ces deux passionnés sont partis aussi loin, c’est parce qu’il est impossible, selon le capitaine, de réaliser un tel exercice dans des conditions aussi proche de la réalité en Suisse. «Ici, nous faisons presque tout avec des simulateurs ou dans la maison du feu ECA de la Rama. Celle-ci fonctionne toutefois au gaz et au bois propre, ce qui offre des conditions d’exercice intéressantes, mais pas aussi proches de la réalité que celles du Canada», commente Stéfan Dutoit. Comme l’exercice avait lieu sur une maison traditionnelle -vouée à la démolition-, celle-ci se trouvait dans un quartier résidentiel. Ainsi, les pompiers devaient également faire attention à ne pas endommager les autres habitations.

 

Le charme de la langue

 

Pour le scénario final de la formation, les onze participants ont mis le feu à l’entier d’une maison, vouée à la démolition, à Saint-Sauveur, Canada. Un spectacle impressionnant pour les voisins, qui leur a également causé quelques nuisances. ©SDIS du Nord vaudois

Pour le scénario final de la formation, les onze participants ont mis le feu à l’entier d’une maison, vouée à la démolition, à Saint-Sauveur, Canada. Un spectacle impressionnant pour les voisins, qui leur a également causé quelques nuisances.

«Comme nous avions amené notre uniforme du SDIS et nous n’étions pas habillé comme les autres pompiers, les gens venaient plus facilement vers nous pour nous poser des questions, relève le capitaine. D’abord sur le feu, puis, dès qu’ils entendaient notre accent, sur la Suisse», complète Stéphane Jaccard. D’ailleurs, lors des interventions, les différences de langues leur a parfois joué des tours : «Par exemple, les Canadiens n’utilisent pas des tuyaux, mais des boyaux.»

C’est donc chargés de souvenirs, de nouvelles techniques et d’anecdotes que les deux pompiers sont revenus à la caserne yverdonnoise, où ils préparent un rapport sur leurs aventures, mais surtout sur la formation, pour leurs collègues restés au pays.

 

Journée découverte

 

Si les fameux camions de pompiers aux sirènes singulières vous ont toujours intrigué ou fait rêver, réservez votre samedi 13 mai. Car le SDIS régional du Nord vaudois organise une journée entièrement dédiées aux métiers de pompiers et de sapeurs-pompiers. Les membres du SDIS régional se déplaceront dans plusieurs communes pour présenter leurs activités au public. A Belmont, Molondin, Bonvillars, Montagny et Chavannes-le-Chêne, les démonstrations auront lieu de 9h à 12h. Alors qu’elles se dérouleront de 10h à 12h30 sur les sites de Grandson, Concise,Yvonand et Yverdon-les-Bains.

La capitale du Nord vaudois, où se trouve le centre régional du SDIS, a prévu un programme qui devrait ravir autant les petits rêveurs que les grands : «Nous allons couper une voiture et montrer pour la première fois au public notre lance perforante, dévoile le capitaine Stéfan Dutoit. Les spectateurs pourront également s’immerger dans notre travail en entrant dans une caravane remplie de fumée avec une caméra thermique.» Un grand défilé avec des véhicules historiques et des chevaux est prévu, de 15h15 à 16h. Il partira de la place Bel-Air pour se rendre à la place Pestalozzi, où une cérémonie officielle viendra clôturer cette journée.

A cette occasion, le SDIS régional présentera également sa première revue quinquennale pour l’ensemble des communes membres du réseau du Nord vaudois.

Informations sur www.sdisnv.ch ou sur facebook.com/sdisnv.

 

Rigueur helvétique

 

Durant cette formation, les deux Nord-Vaudois en ont profité pour observer et comparer leurs techniques helvétiques à celles des cinq Québécois et des quatre Français présents. Et certaines choses les ont étonnées : «Ça nous paraît fou d’entrer dans un immeuble en feu sans eau, mais pas pour les Canadiens, témoigne le capitaine Stéfan Dutoit. Ce qui était marrant, c’est que l’on considère les Suisses comme étant des gens carrés et c’est vrai, nous, nous sommes habitués à respecter les règles de sécurité avant, pendant et après les exercices.» Les Romands ne se sont, dès lors, pas privés de suggérer quelques aspects sécuritaires supplémentaires. Dès le lendemain, ceux-ci avaient pris en compte leurs conseils. «L’idée n’était pas d’imposer notre science, mais plutôt d’échanger des compétences pour permettre à chacun de s’améliorer », complète le premier-lieutenant Stéphane Jaccard.

 

Astuces canadiennes

 

En revanche, les Canadiens avaient parfois de meilleures méthodes que les Suisses : «Ils ont mis au point une technique efficace et pratique pour sortir des flammes un de leur collègue blessé, explique le capitaine vaudois. Nous allons la reprendre ici.» Autre secret qu’ils ramènent : l’attaque transitoire. Il s’agit d’une astuce utilisée lorsqu’un feu très important empêche les pompiers de s’en approcher. Les Canadiens projettent alors, depuis l’extérieur, un jet droit, sur le plafond, pour que l’eau redescende en pluie sur les flammes. «Ils sont également bien plus avancés que nous en ce qui concerne la décontamination des pompiers après les interventions», ajoute-il.

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Christelle Maillard