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Au service des gourmands de la nuit

5 septembre 2017 | Edition N°2074

Yverdon-les-Bains – Via Facebook, le serveur Robert Gomes Mendes a distribué près de 500 viennoiseries invendues, de mardi à vendredi dernier.

©Michel Duperrex

©Michel Duperrex

«Bonsoir, j’ai beaucoup de marchandises, surtout des sandwichs. J’arrive vers 1h30 à Yverdon, qui veut ?» Ce message sur le groupe Facebook «T’es d’Yverdon si…», la semaine dernière, dans la nuit de mardi à mercredi, en a surpris plus d’un. «Beaucoup de personnes ont pensé que je vendais de la drogue, explique Roberto Gomes Mendes. Puis, finalement, ils ont compris que je n’avais que de bonnes intentions.»

C’est peu de le dire. Le jeune homme de 21 ans, serveur dans un restaurant de Thierrens, a distribué gratuitement près de 500 viennoiseries aux Yverdonnois, durant les nuits, de mardi à vendredi de la semaine dernière. «Nous accumulons trop d’invendus au restaurant depuis que nous avons changé de fournisseur, raconte-t-il. Notre nouvelle boulangerie partenaire n’accepte plus de reprendre ces denrées. Quand je finis le travail à 1h du matin, ça me fait mal au cœur de gaspiller tout ça.»

Pendant plusieurs semaines, Robert Gomes Mendes est rentré chez lui avec plus de trois sacs d’invendus, soit près de 150 viennoiseries. «Au début, j’en donnais à ma mère et à ma sœur. Mais là, c’était trop pour nous trois», raconte l’Yverdonnois, ancien apprenti serveur à Bioley-Magnoux.

 

Quatre heureux par soir

 

Il y a une semaine, il a décidé de poster sa petite annonce sur le réseau social, ce qui a vite déclenché de nombreuses réactions. «Environ quinze Yverdonnois m’ont donné leur adresse ! Mais je n’avais pas assez de marchandise pour tous, alors je n’ai pu en donner qu’à quatre personnes.»

Croissants, sandwichs, gâteaux, baguettes. Au volant de sa voiture, le jeune homme est parti à la rencontre des gourmands nocturnes, avec une moyenne de quatre «clients» par soir. La seule consigne : attendre en bas de chez soi.

«Il y a eu des gens suspicieux, comme cet homme qui attendait caché derrière une voiture. Quand il m’a vu arriver avec ce que j’avais promis, il était tellement content qu’il a voulu me donner dix francs. J’ai refusé mais il a insisté, confie le livreur improvisé. Il y avait aussi cette dame, assez timide, qui souhaitait offrir à ses enfants un bon petit-déjeuner. Ravie du service, elle m’a donné un pot de confiture.»

 

Un élan de solidarité

 

Modeste, Robert Gomes Mendes assure ne rien vouloir en échange. «Je souhaitais juste rester dans l’ombre et faire plaisir. Mais ça a eu plus de succès que prévu.» Pour satisfaire tous les demandeurs, l’Yverdonnois essaie de ne pas servir les mêmes personnes deux soirs de suite. «J’espère pouvoir continuer à faire ça. Vu que le nombre de clients au restaurant fluctue chaque jour, je pense qu’il y aura encore des invendus dans les prochaines semaines.»

Quand certains commentaires sur le réseau social le taxent de «voleur », Robert Gomes Mendes n’en a que faire. «Mon patron le sait et n’a aucun souci avec ça. C’est de toute façon mieux que de gaspiller.» Créateur de lien social Sillonner les rues d’Yverdon-les-Bains jusqu’à trois heures du matin, un hobbie d’insomniaque ? «Non, je suis juste une personne de la nuit, avoue-t-il dans un sourire. J’aime sympathiser avec les gens qui habitent à deux pas de chez moi. Vous savez, en tant que serveur, on entend beaucoup de gens râler. D’ailleurs, le groupe Facebook «T’es d’Yverdon si…» sert surtout à se plaindre. Moi, je veux juste apporter un peu de bonne humeur et de solidarité dans notre ville.»

 

A Yverdon-les-Bains, où les invendus vont-ils ?

 

«La Ville n’organise pas de collecte des invendus dans les magasins alimentaires d’Yverdon-les-Bains, affirme Jean-Claude Ruchet, municipal de la Jeunesse et de la cohésion sociale. Toutes les actions s’effectuent au niveau privé.»

L’association Table suisse, active dans tout le pays, collecte les aliments excédentaires dans les supermarchés tels que la Migros, la Coop et Manor, pour les redistribuer gratuitement à des institutions sociales.

 

Près de 20 tonnes par an

 

A Yverdon-les-Bains, ce sont les associations les Cartons du Cœur et les Tisserands du Monde qui récupèrent les stocks de nourriture chaque jour. «Les Cartons du Cœur reçoivent près de vingt tonnes de denrées chaque année, expose Jean- Pierre Masclet, président de l’association. Nous organisons trois distributions par semaine pour les personnes démunies.»

Les Tisserands du Monde organisent, quant à eux, une distribution par semaine pour les populations réfugiées.

 

Boulangeries généreuses

 

Quelques boulangeries yverdonnoises partagent également leurs surplus en fin de journée. Les Délices de la Plaine donnent leurs invendus à Caritas et au Foyer du Midi. La Boulangerie des Cygnes, à la rue du rivage, distribue ses viennoiseries excédentaires au Foyer de la Thièle et, parfois, au Gîte du Passant.

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Lila Erard