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Ses mélodies essaiment grâce à son triporteur solaire

20 juin 2019 | Edition N°2522

Yverdon-les-Bains – François Vé se déplacera en vélo-cargo depuis la capitale vaudoise jusqu’à la Haute École d’ingénierie et de gestion du Canton de Vaud pour proposer un concert 100% solaire, demain. Deux étudiants de l’institution ont conçu la technologie de son tricycle.

Parcourir la Suisse sur un vélo-cargo solaire et s’arrêter ici et là pour donner des concerts en plein air? Telle est l’idée qui a germé dans la tête du chanteur François Vé. Pour la concrétiser, il s’est tourné vers la Haute École d’ingénierie et de gestion du Canton de Vaud (HEIG-VD) pour concevoir un triporteur qui fonctionne uniquement à l’énergie solaire. Demain, il partira dès l’aube depuis la capitale vaudoise pour présenter son cinquième album intitulé Helvetica (lire ci-contre), dès 11h45 sur le site de Cheseaux de la HEIG-VD, soit un parcours d’une trentaine de kilomètres.

«J’ai commencé ma tournée. L’autre jour, je me suis rendu à Nyon avec mon vélo-cargo pour une séance de dédicace. J’ai mis six heures de temps aller-retour», poursuit le quinquagénaire, qui a parcouru le tour du monde à vélo, il y a quelques années déjà. «En 1922, mon grand-père a traversé l’Atlantique en paquebot. L’idée de coller au sol, de tourner autour de la sphère me plaisait.»

Dans l’arrière-cour de son immeuble, il a recouvert son tricycle bleu clair d’une bâche. «Si vous voulez, je vous montre comment ça fonctionne?», suggère-t-il. Et l’homme de sortir trois panneaux solaires de la grosse caisse et de les accrocher ensemble. «Toute la sonorisation est reliée à ce système et le triporteur peut transporter jusqu’à 90 kilos, ce qui me force à tout peser, même mes bottes de pluie», indique encore François Vé.

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À la recherche de ses racines bernoises

Lausanne – Avec son cinquième album, intitulé Helvetica, François Vé s’est plongé dans l’apprentissage du suisse-allemand, du romanche et du dialecte tessinois.

Lorsqu’on pénètre dans l’appartement de François Vé, situé à la rue des Échelettes à Lausanne, on est tout d’abord étonné du joyeux désordre qui y règne. Dans la cuisine, plusieurs livres sont dispersés sur la table, dont Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry traduit en dialecte bernois. «Il devrait remplacer la Bible, remarque le musicien. Les gens l’aiment comme un joli livre, mais il est plus puissant que ça. Si tout le monde appliquait ce livre à sa vie, il y aurait moins de dureté.»

Né d’un père vaudois et d’une mère bernoise, le chanteur âgé de 50 ans regrette de ne pas avoir appris le suisse-allemand plus tôt. «Si je le parlais, j’irais chercher d’autres choses que je n’ai pas, glisse-t-il. L’album Helvetica est né un jour de printemps, alors que je me demandais ce qu’il y avait de bernois en moi, de cette moitié d’origine cachée derrière une langue, dont je ne connaissais que peu de mots.» Après un quatrième disque consacré à ses racines vaudoises et au protestantisme, François Vé s’est enfermé chez lui pendant deux ans pour écrire ses quatorze chansons. Elles font toutes référence à des villages suisses qu’il a filmés grâce à une caméra Super 8.

À l’aide de plusieurs ouvrages de langues, il a d’abord créé des textes en bärndütsch. «Tout s’est construit comme une petite fourmilière, mot par mot. Je téléphonais à ma mère pour qu’elle m’aide à traduire.» Ainsi est né Zwingen, Albulapass, Burgdorf et Meilen. Une cinquième chanson en walliserditsch a ensuite vu le jour, intitulée Naters. Puis, il a découvert la musicalité des cinq idiomes romanche, de l’italien et du dialecte tessinois. Enfin deux chansons ont été écrites en français: Boutavant et Clarmont en l’honneur de son village d’origine. Ses textes racontent l’identité, les racines, mais aussi l’éloignement.

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Un modèle inspiré du Solar Tour

Le vélo-cargo de François Vé a été conçu par deux étudiants de la HEIG-VD, dans le cadre d’un projet initié par le professeur en génie de l’environnement Dominique Bollinger. «En 2012 et 2013, nous avions réalisé une scène solaire d’une surface de 6m2 avec quatre étudiants, sans tirer un seul watt du réseau électrique. Nous nous sommes inspirés de ce modèle pour réaliser le vélo-cargo de François. Il y a eu tout un travail en amont pour diminuer les besoins énergétiques», explique le professeur.

Demain, le chercheur scientifique réutilisera la petite scène et donnera, lui aussi, un concert 100% solaire à la HEIG-VD. L’occasion de présenter, aux côtés de son ami, son propre album intitulé 4 guys, 4 days, 8 songs. «Je ne l’ai pas sorti avant, parce que mon père, dont une chanson lui est consacrée, est décédé pendant le mixage», révèle Dominique Bollinger qui chantera sous son nom d’artiste DOM.

Valérie Beauverd