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Solidarité pour une famille sinistrée

6 janvier 2014

Une association a été créée pour soutenir la famille de paysans dont la ferme a été détruite par un incendie l’après-midi du 24 décembre à Chavornay. Très émus, les Romanens acceptent de témoigner. Un récit poignant.

Encore marqué par le drame, Dominique Romanens (à dr.) a été très touché par le geste d’Yves Auberson, fer de lance de l’action de soutien.

Encore marqué par le drame, Dominique Romanens (à dr.) a été très touché par le geste d’Yves Auberson, fer de lance de l’action de soutien.

L’Association «Solidarité incendie du Château» lance aujourd’hui une récolte de fonds pour venir en aide aux familles durement frappées par le sinistre qui a détruit l’exploitation agricole au coeur du village, le 24 décembre et qui a vu périr 45 bovins. Des flyers contenant un numéro de compte bancaire seront distribués dès ce matin dans les commerces du bourg et disponibles au bureau du greffe municipal.

«L’idée d’une chaîne de solidarité nous est venue tout simplement, explique Yves Auberson, agriculteur et fer de lance de l’action. Après avoir aidé au déplacement des 10 000 bottes de foin que contenait la ferme sinistrée, entre amis, nous nous sommes demandés comment faire pour atténuer la douleur des personnes concernées par ce drame.» Ni une ni deux, les agriculteurs s’entourent de personnes compétentes, des statuts sont rédigés, l’association est créée, la solidarité gagne en intensité.

«Le Nain (surnom affectueux donné à Yves Auberson) n’a pas son pareil pour remonter le moral », lance Véronique Romanens. L’homme, connu pour sa bonhomie, laisse parler son coeur, ce qui fait du bien à la famille Romanens, réunie samedi autour de la table de la salle à manger. Véronique, son époux Dominique, leur fils Jimmy et ses soeurs Laeticia et Elodie, se montrent très soudés dans l’épreuve.

«Le choc a été terrible. Au début nous étions incapables de parler. Le soutien psychologique de la cellule d’urgence a permis à chacun d’entre nous de mettre des mots sur le traumatisme subi, témoigne la maman. Nous avons été très touchés d’être entourés par Xavier Paillard le soir de Noël et il reviendra vers nous dimanche (hier) matin.» De son côté, le pasteur et conseiller synodal précise que la cellule d’urgence agit à la demande de la gendarmerie et qu’elle est gérée par les églises reconnues d’utilité publique par la Constitution vaudoise. La famille exprime d’une seule voix sa reconnaissance à toutes les personnes qui l’ont déjà soutenue, des proches et amis aux pompiers, en passant par l’agriculteur de Mathod qui a recueilli les sept vaches sauvées, sans oublier la population du village de Chavornay.

«Des bruits sourds»

Quarante-cinq vaches sont mortes dans l’incendie qui a ravagé la ferme familiale le 24 décembre.

Quarante-cinq vaches sont mortes dans l’incendie qui a ravagé la ferme familiale le 24 décembre.

Au moment du drame, les parents étaient en visite de Noël auprès d’une filleule handicapée. C’est Jimmy qui a donné l’alarme. Actuellement à l’école de recrue, il profitait de son congé de fin d’année pour travailler aux abords de la ferme. «J’ai entendu deux bruits sourds auxquels je n’ai pas accordé grande importance. Puis une vitre est partie en éclat, je me suis précipité dans l’écurie, j’ai vu le feu, les flammes étaient importantes. J’ai donné l’alerte et suis venu détacher les bêtes» Malheureusement les animaux partaient du mauvais côté. Les pompiers lui demanderont de sortir. Trente secondes plus tard, une partie de la charpente s’effondre. Conduit à Saint- Loup pour avoir inhalé de la fumée, il en ressortira après une série d’examens sanguins. «Dans un premier temps, je me suis senti coupable de ne pas avoir fait mieux. Mais les conséquences du sinistre auraient pu être plus graves. J’ai eu peur que les vaches partent sur la voie de chemin de fer toute proche», souligne encore le jeune homme. Pour sa part, Laeticia dit avoir été prise de panique. «Je craignais que les flammes atteignent les habitations. Heureusement, c’est le vent qui soufflait et non pas la bise, ce qui a évité un embrasement général des maisons».

Les parents sont rentrés aussi vite qu’ils ont pu. «Je me suis évanoui en voyant mes vaches souffrir », rapporte Dominique. Egalement conduit à l’hôpital, il en ressortira sans conséquence physique. Pour lui, son troupeau est beaucoup plus qu’un gagne-pain. Il est la passion de toute une vie. «Le plus dur a été de voir partir les vaches à l’usine d’incinération de Lyss (BE). Quand les pompiers les transportaient, même mortes, je les reconnaissais et pouvais dire leurs noms». Voir souffrir le bétail a été la plus grande douleur de la famille. «Sous l’effet de la chaleur, les colliers fondaient et les vaches recherchaient instinctivement l’eau des pompiers», relève encore Jimmy.

«Du temps à cicatriser»

Pour les Romanens, il est trop tôt pour envisager l’avenir. «Nos plaies mettront du temps à se cicatriser. A chaque fête de Noël, nous aurons en mémoire ce sinistre jour», déplore la famille : «Nous sommes très tristes pour grand-papa Bernard et l’oncle Roger qui voient aussi leur activité professionnelle s’arrêter avec ce tragique incendie». Les Romanens compatissent aussi à la douleur de la famille Badini, locataire de l’appartement situé dans l’annexe de la ferme qui a subi des dommages. Ceux-ci ont été relogés au village. «Il y a devant nous une petite lueur d’espoir, signe de renouveau, mais encore difficilement perceptible», conclut Jimmy.

Solidarité incendie du Château.
Dons au CH 1800 76 7000 H 5333 1040, BCV Chavornay.

Pierre Blanchard