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Sous les dessous des costumes du Siècle des lumières

3 septembre 2018 | Edition N°2323

Yverdon-les-Bains – Le Musée d’Yverdon et région a célébré le XVIIIe siècle dans toute sa splendeur, samedi, dans la cour du château. Avec style et élégance, l’association Les 18èmes d’Yverdon et région a revêtu ses plus belles étoffes.

La directrice du MuMode, Anna-Lina Corda, a exposé des tenues féminines portées à l’époque, notamment un caraco jaune orné d’une toile de Jouy. © Carole Alkabes

La crinière rousse, les lèvres rosées, les épaules légèrement dénudées et la taille marquée par un ruban de soie bleu clair, Elisabetta Gabella a l’air d’une femme fatale avec sa chemise à la reine. D’inspiration anglaise, cette robe en coton blanc, qui a été portée par Marie-Antoinette, a fait scandale au Siècle des lumières. «Ce vêtement a été réalisé par mes soins», précise l’Yverdonnoise à l’accent chantant. Comme d’autres personnes passionnées par cette époque, Elisabetta Gabella participe aux festivités qui célèbrent le château d’Yverdon et le XVIIIe siècle. «On a reproché à la reine d’avoir choisi cette fibre parce qu’elle était moins sophistiquée que la soierie de Lyon», raconte l’intrépide historienne de l’art. Pas le temps d’avoir plus d’explications que la voilà qui s’éclipse à l’intérieur de l’édifice médiéval pour assister à une présentation sur les tenues féminines de cette période éclairée de l’histoire, qui se déroule alors au Musée suisse de la mode (MuMode).

Selon la directrice de l’institution, Anna-Lina Corda, le modèle que porte Elisabetta Gabella s’inscrit dans le courant de pensée de son époque, et notamment dans les idées philosophiques de Jean-Jacques Rousseau. «Au Petit Trianon (ndlr: Louis XVI a offert ce château à son épouse, devenue célèbre pour avoir été guillotinée en 1793), Marie-Antoinette s’est inspirée d’un style plus proche de la nature et a souhaité porter une tenue moins corsetée pour se pavaner dans ses jardins anglais.»

Plus discrète mais tout aussi élégante, Catherine Guanzini, présidente de l’association Les 18èmes d’Yverdon et région, porte une chemise et un corps à baleines en lin doublé de coton. «Pour confectionner ma robe en soie violette, je me suis inspirée d’une scène bucolique du peintre Locher, exposée au Musée d’art et d’histoire de Fribourg, confie l’archiviste de la Ville d’Yverdon-les-Bains. Même si la jeune fille représentée sur la toile avait la taille fine et la poitrine pigeonnante, cela ne m’a pas empêché de réaliser mon propre costume». Avec malice, la présidente de l’association dévoile son jupon décoré de jolies roses sur lequel elle a accroché un réticule. Ce petit sac à ouvrage était très en vogue à l’époque et contenait les accessoires de couture. «Je n’ai pas compté les heures qu’il m’a fallu pour confectionner ma robe, mais j’ai passé plus d’une année à l’ouvrage», glisse Catherine Guanzini, qui reconnaît tout de même avoir besoin de l’aide d’une personne habile pour la lacer dans le dos.

Quelques pièces d’exception

«Le MuMode possède une riche collection d’habits, mais seules quelques pièces datent du XVIIIe siècle», indique Anna-Lina Corda. Si le caraco jaune orné d’une toile de Jouy délicate reste l’un des vêtements phares de cette époque, la robe en soie bleue ne laisse pas les curieux indifférents. «Cette robe à la française se caractérise par des plis Watteau (ndlr: du nom de l’artiste et décorateur Jean-Antoine Watteau) cousus dans le dos, poursuit la conservatrice. Elle a vraisemblablement dû appartenir à une famille yverdonnoise.»

Sur la table d’exposition, on observe plusieurs objets: un éventail avec une monture en corne, un bonnet pour nourrisson, un corps à baleines, un réticule en soie brodé ainsi qu’un escarpin en cuir de chevreau agrémenté d’un nœud en satin. «On a constaté que la population du XVIIIe siècle avait des pieds plus petits que les nôtres», remarque Anna-Lina Corda.

Pas de quoi inquiéter les amateurs de danse qui, en parallèle, font preuve de grâce. Vêtus de leurs plus belles chaussures, ils offrent un menuet sur trois temps dans la cour du château.

Valérie Beauverd