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Sur les traces de Bolex à travers le monde

25 mars 2019 | Edition N°2463

Nord vaudois – Un cinéaste amateur reconstitue l’histoire de l’entreprise avec sa caméra fabriquée dans les usines d’antan. Il cherche des fonds pour terminer son projet.

Le passé des légendaires usines Paillard a marqué les esprits. Grâce à la production de caméras Bolex entre Orbe et Sainte-Croix, et à la fabrication de machines à écrire à Yverdon-les-Bains, notamment, le Nord vaudois est devenu la capitale de la petite mécanique. Ces technologies et ce savoir-faire typiquement suisses ont permis à la région d’acquérir une renommée internationale. Mais en 1989, la success story s’arrête et le blason doré de l’entreprise perd de sa superbe. Du moins, jusqu’à ce qu’un jeune Fribourgeois redécouvre son histoire.

Dix ans de travail et de recherches

Médiamaticien de formation, Alexandre Favre s’est épris des caméras Bolex-Paillard lors d’un séjour aux États-Unis, en 2009. En visitant des expositions consacrées aux films avant-gardistes américains, il a remarqué que de nombreux cinéastes des années 1940 à 1960 avaient utilisé des appareils estampillés de la marque nord-vaudoise pour réaliser leurs œuvres. C’est alors que le Fribourgeois a découvert, un petit peu par hasard, que les caméras suisses avaient participé à la démocratisation de la production de films bien au-delà des frontières suisses.

De retour au pays, le jeune homme a cherché à en apprendre davantage sur ces appareils et il a retrouvé la dernière entreprise Bolex International SA de Suisse, basée à Yverdon-les-Bains, et active dans la réparation de caméras de la marque. Les paroles qu’il a échangées avec les deux employés du site l’ont poussé à remonter le fil historique de la société. Une caméra Bolex de seize millimètres entre les mains, le cinéaste amateur est parti à la rencontre d’anciens ouvriers des usines Paillard et à la conquête d’archives de films, détenues par le canton, les musées de Sainte-Croix et divers collectionneurs.

Dans son documentaire, qu’il prévoit de sortir d’ici deux à trois ans, figurent des extraits capturés par des amateurs, comme un employé américain, qui avait filmé l’entreprise sainte-crix en guise de souvenir. D’ailleurs, Alexandre Favre a récemment lancé une campagne de financement participatif, afin de récolter 20 000 francs. S’il se doute bien qu’il n’obtiendra pas ces fonds dans les huit prochains jours, il espère que cette opération le fera connaître et que d’éventuels détenteurs d’archives le contacteront pour lui fournir de nouveaux éléments.

Quoiqu’il en soit, le Fribourgeois est déterminé à aller jusqu’au bout de son projet, car il a déjà réuni des archives et des témoignages uniques. Il a notamment effectué des prises de vue d’anciens employés sur leur lieu de travail de l’époque. Et au moment du tournage, lorsqu’Alexandre Favre se mettait à écouter leurs récits, il était comme un enfant captivé. «J’ai essayé de faire revivre cette histoire à taille humaine», éclaire le passionné. Les usines Paillard étaient de véritables complexes de vie. Il y avait une infirmière dans chaque foyer, les ouvriers mangeaient sur les sites et des quartiers d’habitations avaient été conçus pour loger les employés. À Yverdon-les-Bains, ils se retrouvaient à midi dans le réfectoire devenu aujourd’hui un bowling.»

Cela fait maintenant huit ans que le jeune homme passe tous ses week-ends derrière les caméras et les écrans d’ordinateurs, parallèlement à son travail dans le domaine de la publicité. En consacrant son temps libre à ce projet, Alexandre Favre souhaite rendre hommage aux anciens Nord-Vaudois qui ont contribué à l’histoire et à la renommée de la région. Une manière, pour lui, de montrer aux yeux de tous le passé industriel du district, véritable Silicon Valley de la Suisse avant l’heure, et de rappeler un pan de notre histoire qui était voué à la production de masse.

Mathilde Marendaz

Rédaction