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Tokyo 2020 dans le viseur

1 mars 2017 | Edition N°1945

Tir sportif – Aux portes des cadres nationaux, le Ransignolet Jean-François Nicolet rêve de participer aux prochains Jeux paralympiques d’été, au Japon. Rencontre.

En position de tir «couché», Jean- François Nicolet est accoudé sur une table adaptée et fixée à sa chaise roulante. ©Michel Duperrex

En position de tir «couché», Jean- François Nicolet est accoudé sur une table adaptée et fixée à sa chaise roulante.

C’est comme si le temps avait donné rendez-vous à Jean- François Nicolet. La date de la cérémonie d’ouverture des Jeux paralympiques de Tokyo 2020 coïncidera avec le jour du 55e anniversaire du tireur handisport établi à Rances. «J’ai toujours été un compétiteur, quelqu’un qui a envie d’aller de l’avant», souligne celui qui, il y a bientôt 17 ans, a vu sa vie basculer (lire encadré).

Au stand de tir de Corcelles-près-Concise, où il s’entraîne au tir à 10m -il s’exerce à Baulmes à 50m, ainsi qu’en Suisse allemande avec l’équipe nationale-, Jean-François Nicolet pratique en toute autonomie, bien équipé de la tête à la chaise. En début d’année, il a remporté le titre de champion de Suisse à 10m.

Un plan de travail

La première impression ne trompe pas. Au stand, le Nord-Vaudois est dans son élément, décontracté et volontiers badin. S’il a repris le tir, qu’il pratiquait dans sa jeunesse, après son accident, l’idée d’en faire sérieusement lui est venue en fouillant sur internet. «En fait, j’ai croché après avoir participé à l’Abbaye de Rances, raconte-t-il. D’une simple envie de faire quelque chose, c’en est devenu un besoin.»

Jean-François Nicolet s’est aussi rappelé aux bons souvenirs des «JO des pompiers» auxquels il avait participé, en 1989, à Varsovie. Et comme le bonhomme a besoin de buts pour avancer, il a décidé qu’il mettrait tout en oeuvre pour pouvoir se rendre aux Paralympiques, en 2020. A l’entraînement, il a déjà réussi les minima qu’il devra faire en compétition pour intégrer les cadres nationaux, dont les avantages l’aideront à parvenir à ses fins. L’an dernier à Hanovre, pour la première fois en lice à l’international, il a pu se mesurer aux meilleurs spécialistes, se frottant à la majorité des tireurs qui s’étaient rendus à Rio. «En discutant beaucoup et en observant, j’ai pu mettre en place mon plan de travail, dévoile celui qui se dit très curieux. Je souhaite atteindre les limites pour les Jeux en mai 2019 au plus tard.»

Afin de matérialiser son rêve, Jean-François Nicolet assure qu’il va travailler fort. Il a un rendez-vous à ne pas manquer

Repas de soutien

Afin de mettre toutes les chances de son côté dans sa campagne pour les Jeux paralympiques, Jean-François Nicolet pourra compter sur les bénéfices d’un repas de soutien organisé le vendredi 31 mars prochain au Casino d’Orbe. Infos et inscriptions (80 fr.): www.jfnicolet.ch.

La respiration pour maîtriser les douleurs

Jean-François Nicolet a les Jeux paralympiques dans la mire. ©Michel Duperrex

Jean-François Nicolet a les Jeux paralympiques
dans la mire.

Accidenté durant l’été 2000, lors d’un exercice de pompiers aux falaises de Saint-Loup, Jean- François Nicolet est paraplégique incomplet. Si, appuyé, il est capable de tenir debout, il souffre, corollaire du trait partiel de son handicap, de fortes douleurs constantes dans le bas du corps.

Ceux qui le connaissent bien soulignent unanimement que le fort caractère du personnage lui a permis de surmonter les épreuves endurées. «Le plus dur est de se pardonner à soi-même, concède l’ancien chef d’équipe de la voirie d’Orbe. Cela dit, mon accident m’a permis de réaliser des choses que je n’aurais certainement pas faites, ainsi que de mieux profiter de mes gamins.»

Après avoir essayé différents sports, il s’est rendu compte que le tir constituait la seule discipline grâce à laquelle il parvient à contenir ses douleurs. «Par la concentration, la respiration et la méditation, je me sors de mon handicap», explique celui qui, à l’aube de ses 50 ans, est parti dans le Jura pour une «retraite spirituelle» accompagnée. C’est durant cette période qu’il a appris l’écoute de soi et la maîtrise de sa respiration. «J’ai été coupé du monde durant dix jours, sans moyen de communication, au coeur de la nature. Ma femme se demandait si j’allais entrer dans une secte», raconte-t-il. L’entreprise a été bénéfique. Elle lui a permis de mieux appréhender son corps et son esprit : «J’y ai même réussi à monter, seul, une centaine de marches d’escalier.»

Désormais, avant d’aller tirer, Jean-François Nicolet médite. Dans sa bulle, il en oublie la douleur et les bruits alentours. Dans un but : celui de mettre dans le mille, direction Tokyo.

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Manuel Gremion