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Ils tombent par hasard sur six millions

20 février 2018 | Edition N°2189

Yverdon-les-Bains - Le procès de trois ressortissants français s’est déroulé hier. Ils sont accusés de tentative de brigandage sur un fourgon de la société SOS Sécurité S.A., dans la zone industrielle de Daillens, en janvier 2017.

L’adage «l’occasion fait le larron» est toute trouvée pour l’affaire jugée hier devant le Tribunal correctionnel de la Broye et du Nord vaudois. En effet, trois hommes étaient entendus pour une tentative de brigandage sur un fourgon blindé contenant plus de 6,5 millions de francs. Pourtant, selon les prévenus, s’ils se sont retrouvés à agripper la jambe d’un des deux convoyeurs de fonds pour l’extirper de sa cabine, «c’est le fruit du hasard». «Mais quel beau conte de fée!, a relevé Me Laurent Moreillon, avocat de SOS sécurité S.A., la société de sécurité privée valaisanne victime de l’incident. Trois voyageurs français, qui cherchaient à tuer le temps un vendredi soir, viennent se perdre dans la campagne vaudoise, sans téléphone mobile, entre 2h30 et 2h50 du matin. Et malheureusement, ils tombent sur un convoi transportant des valeurs importantes.»

Partis pour voler des outils

Pour justifier leur présence au beau milieu de la nuit du 27 au 28 janvier 2017 sur un parking sombre de Daillens, les prévenus ont évoqué une intention de voler des outils de chantier. «Après avoir tourné dans Lausanne (ndlr: les trois hommes venaient depuis Annemasse), mon collègue m’a dit qu’il voulait voler des outils, alors on n’est sorti de l’autoroute à Crissier et on a pris la route nationale pour trouver quelque chose à dérober», a raconté celui qui conduisait le véhicule depuis la France. «Je ne connais pas les lieux, mais quand j’ai vu une zone industrielle éclairée et sur laquelle il y avait des machines de chantier, là, j’ai demandé de stopper le véhicule proche de cet endroit, a expliqué l’un des prévenus, ancien footballeur français de première ligue. Après avoir discuté cinq à dix minutes avec les autres, ils étaient tous d’accord de me suivre.»

Accusés de tentative de brigandage, les trois prévenus sont depuis plus d’un ans détenus à la prison de La Croisée, à Orbe.

Accusés de tentative de brigandage, les trois prévenus sont depuis plus d’un ans détenus à la prison de La Croisée, à Orbe. ©Duperrex-a

D’après leurs explications, ils se trouvaient sur un parking proche du centre de tri de La Poste, à Daillens, où étaient stationnés des camions et des voitures. Ils ont tenté d’ouvrir ces véhicules et des grues de chantier, pour y dérober quelques biens de valeur à revendre. «On pensait que les camions seraient ouverts, c’est pour ça qu’on n’avait pas pris d’outils», a lancé le troisième prévenu, qui a prétendu simplement suivre le mouvement sans se poser plus de questions. A noter qu’il est le seul des trois comparses à ne pas avoir un casier judiciaire long comme le bras.

Alors qu’ils essayaient d’ouvrir des portes fermées sans outil, un fourgon blindé de la société SOS sécurité S.A. -la même entreprise qui a été victime du récent braquage à Chavornay (lire La Région Nord vaudois du 9 février)- arrive et se parque un petit peu plus loin.

Et c’est là que la situation a dérapé. Le chauffeur du convoi a à peine eu le temps d’appuyer sur la poignée de la porte qu’il s’est fait attaquer. «Quelqu’un a tiré la porte depuis l’extérieur et j’ai entendu plusieurs voix crier sortez police, se rappelle-t-il. J’ai vu trois personnes encagoulées en face de moi, puis l’une d’elle a pris ma jambe gauche à deux mains pour me tirer dehors. Ensuite, une autre est encore venue l’aider. Je me suis accroché à l’accoudoir central à deux bras et me suis bien débattu pour essayer de rester dans le camion. C’était assez violent.»

Face à cet assaut, son collègue passager s’est penché et a dégainé son arme en criant aux agresseurs de partir. «J’ai détalé comme un lapin et les autres m’ont suivi», a confié l’ancien footballeur, qui prétend s’être attaqué au chauffeur pour créer «un effet de surprise».

Pourchassés par la police, les trois fuyards ont jeté par la fenêtre plusieurs objets, dont les cagoules et les gants qu’ils portaient, ainsi que des ligatures en plastique.

Un scénario peu crédible

Selon le Ministère public et Me Moreillon, cette version ne tient pas la route. «C’est un fait notoire que de nombreux fourgons transitent par cette zone et c’est aussi un fait notoire que les convoyeurs s’arrêtent souvent à cet endroit précis pour assouvir un besoin naturel, a souligné le défenseur de SOS Sécurité S.A. Il leur suffisait d’attendre.» «Cette nuit-là, trois fourgons devaient arriver à cet endroit à peu près à la même heure. Peut-être qu’ils ne se sont pas attaqués au bon, a lancé le procureur Nicolas Koschevnikov. D’ailleurs, c’était connu qu’il y avait des failles de sécurité, même à l’interne. Un des convoyeurs de l’entreprise a même avoué que lorsque l’on a une aide intérieur, on a 80% de chance de réussir.»

Les deux hommes de droit ont également relevé que l’ancien sportif français avait avoué, au cours de l’enquête, que s’il avait réussi à faire sortir le convoyeur, il aurait conduit le fourgon pour décharger l’argent dans la voiture de son collègue. Une précision qui, selon eux, témoignent de l’intention de voler le butin.

Dans leur plaidoirie, les trois avocats de la défense ont basé leur argumentation principalement sur trois éléments: Tout  d’abord, ils ont souligné le manque d’intention de leur client quant au vol du contenu du fourgon; ensuite, les trois prévenus n’ont, d’après le dossier, pas utilisé de moyen de contrainte pour forcer le convoyeur à descendre du véhicule; et, finalement, ils n’avaient pas prémédité leur action puisque deux des prévenus ne se connaissaient pas.

Une peine privative de liberté ferme

Cette malencontreuse rencontre risque, selon le Ministère public, de condamner deux des prévenus à 18 mois de peine privative de liberté ferme et à seize mois ferme pour le troisième, avec pour tous une expulsion du territoire suisse de douze ans. Il appartient, désormais, au Tribunal de trancher si les trois prévenus avaient véritablement l’intention de voler le fourgon ou non.

Christelle Maillard