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Traque aux tags qui salissent la ville

6 avril 2018 | Edition N°2220

Les autorités exigent des propriétaires du centre qu’ils nettoient leurs façades souillées par des inscriptions sauvages.

Les façades de leur immeuble sont maculées de tags et ils vont devoir passer à la caisse pour nettoyer tout ça. Une douzaine de propriétaires de bâtiments situés au centre-ville ont eu la surprise de recevoir un pli recommandé de la Ville les enjoignant à faire le nécessaire pour faire disparaître ces inscriptions disgracieuses. Pour justifier leur requête, les autorités se basent sur un article de la Loi cantonale sur l’aménagement du territoire qui leur permet d’«exiger la réfection extérieure et l’entretien des abords de tout bâtiment qui nuirait à l’aspect du paysage ou du voisinage».

Sentiment d’insécurité

La municipale chargée des bâtiments Gloria Capt explique que ces graffitis «créent un sentiment de saleté» et par là même «une impression d’insécurité pour le citoyen qui s’en plaint. C’est ce qu’on appelle l’insécurité subjective». Mais qu’on ne s’y trompe pas: on parle bien là de gribouillages. «Je suis une très grande fan de street art. Mais les tags sauvages où l’on écrit n’importe quoi, non», insiste l’élue.

Les propriétaires concernés ne contestent pas que ces inscriptions nuisent à l’image d’Yverdon-les-Bains. Mais c’est la manière avec laquelle on entend rendre ses lettres de noblesse au centre-ville qui en a dérangé certains. «On nous dit: on ne veut plus de tags en ville mais débrouillez-vous pour les enlever», commente l’un d’eux, qui estime qu’il devra engager environ 7000 francs pour nettoyer ses murs. «C’est un travail énorme et ils nous envoient ça en quelques lignes.» Un autre abonde: «Si j’avais été à la place de la Municipalité, au lieu d’envoyer une lettre recommandée, j’aurais convoqué toutes les personnes concernées pour leur expliquer la situation.» Selon lui, «il faut faire quelque chose, c’est sûr et certain, mais il faut avoir un dialogue positif et collectif.»

A la rue du Four, un propriétaire a déjà engagé des travaux pour nettoyer ses façades. © Carole Alkabes

«Aléas de la propriété»

Ce d’autant qu’ils sont plusieurs à craindre qu’en rendant leur virginité aux façades, les tagueurs risquent d’avoir envie de ressortir leurs sprays de plus belle. «C’est comme quand vous vous trouvez face à un tableau noir et que vous voyez une craie: vous allez dessiner dessus», image le premier propriétaire. «Il faut attraper ces personnes et leur montrer les dégâts qu’ils ont fait. Sans réaction ferme de la Municipalité, ça va continuer», poursuit le second.

Gloria Capt estime, pour sa part, que «les tags attirent les tags». Et selon elle, les inscriptions du centre sont là depuis un certain temps: «Je n’ai pas repéré de nouvelle signature ou de nouveau dessin depuis un bout de temps.» Consciente des frais inhérents pour les détenteurs concernés, elle note aussi que ce sont là les «aléas de la propriété» et que les sommes engagées augmenteront leurs charges d’entretien et donc diminueront leurs impôts.

Quant à la question de prévenir l’émergence de nouvelles inscriptions, elle rappelle qu’il existe des peintures spécifiques qui permettent de nettoyer facilement les surfaces souillées. Surtout, elle insiste sur l’importance de signaler ces actes de vandalisme à la police: «Parfois, des tagueurs sont attrapés. Mais si le propriétaire n’a pas déposé de plainte pénale, on ne peut rien faire.»

 

D’ici à cet été

Les propriétaires ont la possibilité de louer une hydrogommeuse au Service des bâtiments pour réaliser les travaux nécessaires. Un délai leur a été fixé au 30 juin pour détacher leurs murs. Et que se passera-t-il s’ils ne le respectent pas? «On pourrait nettoyer à leurs frais mais pour l’instant, nous n’en avons pas discuté, note la municipale Gloria Capt. Nous sommes partis du principe qu’ils feront le nécessaire.»

Caroline Gebhard