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Un footballeur qui a pris de la hauteur

19 novembre 2020

Charly Burla est décédé à 90 ans. Il a fait partie d’une grande génération de footballeurs et a présidé l’Air Club.

«Je me sens bien», a confié Charly Burla-Cuérel à ses proches, venus l’entourer à l’hôpital, quelques heures avant son envol définitif, intervenu samedi dernier. Cet Yverdonnois passionné d’aviation, et fidèle à sa ville, ancien footballeur resté un supporter inconditionnel d’YS, a impressionné les membres de sa famille par sa sérénité.

Proche de Waymond Bardel, international de football yverdonnois et premier joueur de couleur à avoir été sélectionné en équipe de Suisse – ce dernier est décédé en septembre 2019 –, Charly Burla a joué plusieurs années avec le FC Concordia, avant la fusion qui a donné naissance à Yverdon Sport.

Né à Yverdon, Charly Burla est resté fidèle à son club de cœur jusqu’au bout. Il a encore assisté aux rencontres, en compagnie de son fils Olivier, avant le confinement du printemps dernier. Le défunt avait joué avec une génération de footballeurs de talent: Péguiron, Chevalley, Cometta, Pasche, Morgenegg et Bardel. Avec ce dernier, il avait une relation très proche.

En effet, après avoir terminé sa scolarité au collège d’Yverdon, Charly Burla a suivi une formation de mécanicien au Centre professionnel, en compagnie de Waymond Bardel. L’école professionnelle en était à ses débuts et elle occupait le bâtiment de l’ancienne infirmerie situé à l’angle des rues Pestalozzi et des Jordils. Waymond Bardel y est resté comme enseignant, alors que Charly Burla est entré chez Paillard, une entreprise où il a effectué toute sa carrière professionnelle, et qu’il a quittée au moment où l’entreprise, devenue HPI (Hermes Precisa International), a fermé ses portes.

Dans un premier temps, Charly Burla a été affecté à l’usine de Sainte-Croix, où il s’est établi avec son épouse Jacqueline. Deux ans plus tard, à l’occasion du retour à l’unité yverdonnoise, ils se sont établis à la rue de Gasparin. Le couple a eu deux enfants, Anne-Catherine et Olivier.

Durant toute sa carrière professionnelle Charly Burla a construit des emballages pour les articles fabriqués chez Paillard, principalement les machines à écrire et les caméras.

Une grande époque

Charly Burla a aussi été un membre fidèle de l’Air Club d’Yverdon, qu’il a présidé durant une dizaine d’années. à cette époque, avec Albert Rosselet et Bibi Duvoisin, ainsi que la complicité efficace du commissaire de police André Vulliamy, ils ont organisé de grands meetings aériens. Et cette joyeuse équipe ne s’embarrassait pas avec des formalités.

Ainsi, un coup de fil au commandant a suffi pour qu’un Boeing 747 de Swissair, assurant le vol Zurich-Genève, passe à basse altitude au-dessus de l’aérodrome! Quant aux fameux MIG – deux appareils soviétiques ont évolué dans le ciel nord-vaudois –, ils ont été engagés après un téléphone avec l’ambassadeur de Russie: «Les Américains viennent avec des F12, les Anglais avec un Harrier, et vous?» Bien évidemment, tout cela s’est passé avant la terrible tragédie de Ramstein (Allemagne, 1988), lors de laquelle trois appareils de la Patrouille d’Italie se sont percutés et sont tombés sur la foule, faisant 70 morts et plus de 1500 blessés.

Cette passion pour l’aviation habitait Charly Burla depuis l’adolescence. Elle lui a d’ailleurs fait choisir la fonction de mécanicien radio dans les troupes d’aviation. Il a effectué son école de recrues à l’aérodrome de Payerne, suivie des cours de répétition sur les places d’aviation en Valais.

«Sa grande fierté, c’était les meetings, qui attiraient jusqu’à 20 000 personnes. Il a aussi été très heureux lorsque la piste en dur a été réalisée sous la présidence de Jean Plé, avec qui il entretenait des relations cordiales», témoigne le fils du défunt. Charly Burla était aussi la mémoire vivante de l’Air Club, dont il avait conservé de nombreux documents écrits et illustrés, qu’il mettait volontiers à la disposition de notre rédaction. Il faisait aussi partie de Clin d’Ailes, le musée de l’aviation à Payerne, où il a eu l’occasion de rencontrer à de nombreuses reprises Claude Nicollier.

Ces dernières années, le défunt a été très motivé par ses petits-enfants et la naissance de ses arrière-petits-enfants a été perçue comme un véritable rayon de soleil. «Cela l’a beaucoup motivé. Il était aussi très fier lorsqu’un de ses petits-fils, gardien de football, a été retenu en sélection vaudoise. Il allait le voir à l’entraînement», ajoute son fils Olivier. Et de rappeler que s’il a pu déployer une telle activité, c’est parce qu’il a bénéficié de la compréhension et de l’appui de son épouse Jacqueline.

Un brin taquin, ce faux-calme – il se faisait de la bile pour les autres mais ne le montrait pas –, Charly Burla avouait qu’on le trouvait plus facilement au bord d’un terrain de football qu’à l’église. Ses obsèques ont eu lieu hier dans l’intimité.

Isidore Raposo