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Un ours qui terrorise ses victimes

17 mai 2019 | Edition N°2500

Un Angolais de 27 ans s’en est pris violemment à la police, à des jeunes filles, à un ami, et à tous ceux qui le contrariaient. La justice l’a entendu mardi et hier.

On est mardi, et une dizaine de policiers font face à la présidente du Tribunal correctionnel de la Broye et du Nord vaudois. Ils sont plaignants. à leurs côtés, deux jeunes filles, frêles, âgées d’une vingtaine d’années, sont accompagnées par une avocate. Un peu plus loin, un couple a également pris place sur le banc des parties civiles. Deux gendarmes surveillent le prévenu, un Angolais de 27 ans au bénéfice d’un permis B, qui a suivi toute sa scolarité à Yverdon-les-Bains. Grand, costaud, sa présence est intimidante.

A la lecture de l’acte d’accusation, on comprend que ses nombreuses victimes aient peur de lui et qu’elles craignent des représailles à la suite de leur plainte. Pour compléter la scène, le procureur général Éric Cottier accompagne une volée d’étudiants en droit. Il n’intervient pas dans cette affaire, mais sa présence dans le public donne une touche supplémentaire de solennité à l’audience. La présidente, Véronique Pittet, montre d’entrée de jeu que c’est elle qui commande. Inutile pour le prévenu, que l’on appellera Marco*, d’utiliser des faux-fuyants. Il est là pour s’expliquer, point barre.

Menaces et violence

Les faits pour lesquels l’homme est entendu sont graves: lésions corporelles simples, mise en danger de la vie d’autrui, dommages à la propriété, violence ou menace contre les autorités commise par une foule ameutée…

Ainsi, dans la nuit du 12 au 13 novembre 2016, une manifestation de jeunes a dégénéré au cœur d’Yverdon-les-Bains. La police est intervenue en masse. Alors qu’elle venait d’arrêter l’un des meneurs de l’émeute, elle était sur les dents, car elle savait que la moindre étincelle pouvait tout faire redémarrer. La petite sœur de Marco se trouvait avec quelques amis en ville. Elle n’a pas participé à la manifestation, mais a été arrosée par des sprays au poivre utilisés par les forces de l’ordre pour disperser la foule. Marco est arrivé à ce moment-là et, en grand frère protecteur, il a enragé de voir sa cadette blessée. Il s’est dirigé vers les policiers pour leur demander des explications. Et, comme à son habitude, il a perdu patience et s’est mis à gesticuler et a menacé les agents. Ceux-ci n’ont pas eu d’autre choix que de l’emmener au poste. Cela ne l’a pas empêché de continuer à les menacer de mort. Ce n’est qu’après avoir reçu des explications qu’il s’est enfin calmé. La police a fini par le relâcher. Mais au lieu de rentrer chez lui, il a traîné en ville. C’est alors qu’il a rencontré deux jeunes filles devant une boîte de nuit. Il les a interpellées, leur a demandé «de se faire des câlins», ce qu’elles n’ont pas apprécié du tout. Elles lui ont demandé de les laisser, mais Marco a persisté. L’une d’elles lui a alors donné deux gifles. Atteint dans son orgueil, il l’a saisie et l’a étranglée jusqu’à ce qu’elle tombe dans les pommes. Alors que sa copine tentait de lui porter secours, Marco l’a attrapée par les cheveux et l’a fait basculer en arrière. Il a fini derrière les barreaux.

Il récidive encore

Dans la nuit du 19 au 20 mai 2017, alors que le Ministère public venait de lui rendre sa liberté contre sa promesse de se tenir correctement, Marco a à nouveau affronté la police. Cette fois, c’était parce qu’il faisait un scandale devant une discothèque de la place. Là aussi, les policiers se sont fait copieusement insulter et menacer. Embarqué au poste, il a continué à hurler et a frappé sans cesse contre les vitres du bloc de maintien. Nouvelle plainte des forces de l’ordre. Après cet épisode, le Parquet l’a réincarcéré, avant de le relâcher plusieurs mois plus tard.

Rebelote en juin 2018 lorsque Marco a voulu parler à un ami, parce qu’il venait d’apprendre qu’il avait eu une relation sexuelle avec sa sœur il y a plusieurs années, et que ça ne lui plaisait pas. La discussion a dégénéré et Marco a cassé la vitre de la voiture dans laquelle son copain s’était réfugié avec son bébé. Constatant que la petite était recouverte de bris de glace, l’ami s’est alors emparé d’une batte de baseball qu’il avait dans sa voiture pour menacer Marco. La présence de sa fillette de 16 mois l’a finalement incité à tenter de calmer le jeu, mais Marco s’est emparé de la batte et a continué à frapper sur le capot du véhicule.

Pour tous ces incidents, et parce qu’il est au bénéfice d’un casier judiciaire chargé – y compris auprès du Tribunal des mineurs –, le Ministère public a requis trente mois de prison ferme et l’expulsion du territoire pour huit ans. La procureure lui a toutefois reconnu une légère diminution de responsabilité, attestée par un expert psychiatre, et a tenu compte des excuses que le prévenu a formulées à ses victimes.


 

La défense plaide pour lui donner une dernière chance

«Deux choses sont infinies: l’Univers et la bêtise humaine. Mais, en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue.» C’est en citant Einstein que la défense, Me Maryam Massrouri, a commencé sa plaidoirie, hier. Pour elle, son client ne se résume pas à l’image qu’il donne. Dire que son enfance a été difficile est un euphémisme. La violence paternelle était quotidienne, l’injustice aussi. Quant au dialogue, il était inexistant. Au départ de son géniteur, Marco s’est senti responsable de la fratrie. Mais il n’a pas appris à parler pour régler ses affaires; c’est par la violence physique et verbale qu’il s’exprime. «Je ne supporte plus qu’on lève la main sur moi. Pendant des années, on m’a battu sans que je puisse me défendre», a déclaré le prévenu. Quand la police ne répond pas à ses questions, il menace. Et lorsqu’une jeune fille le gifle, il l’étrangle. Comme l’a relevé la défense, les deux jeunes filles n’ont pas, elles non plus, utilisé le dialogue pour éviter le conflit. Quant à son ex-ami, c’est lui qui a sorti la batte de baseball de la voiture. Jamais Marco n’a eu l’intention de faire du mal, même s’il reconnaît qu’il en a fait. Il a déjà subi onze mois de prison dans des conditions illégales, au Bois-Mermet. Et la défense de relever qu’il a compris, qu’il s’en repent et s’en excuse. Il a des projets et souhaite désormais continuer sa thérapie. Il n’a plus aucun lien avec l’Angola où, enfant, il n’a vécu qu’une année. Il est au bénéfice d’un permis B et ne répond pas aux conditions d’un renvoi. «Il mérite d’être puni, pas détruit», a conclu son avocate.

*Prénom d’emprunt

Dominique Suter