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Une béquille pour gagner en mobilité

29 janvier 2019 | Edition N°2424

Chavannes-le-Chêne –  Alexandre Fallet a fondé l’association Un accès pour tous. Il entend ainsi venir en aide aux personnes en situation de handicap, comme lui, en créant une carte interactive répertoriant les lieux faciles d’accès en Suisse.

Lorsque l’on se déplace avec des béquilles ou en chaise roulante, la simple perspective de descendre d’un trottoir peut s’avérer complexe. C’est le cas d’Alexandre Fallet, de Chavannes-le-Chêne, qui a perdu une grande partie de l’usage de sa jambe gauche il y quatre ans. Formateur d’adultes à mi-temps et au bénéfice de l’assurance-invalidité pour le reste, il a dernièrement décidé de créer l’association Un accès pour tous. Celle-ci a pour objectif de faciliter les déplacements de tous ceux qui sont entravés dans leur mobilité, qu’il s’agisse de personnes en situation de handicap, de seniors ou de parents avec une poussette.

Alexandre Fallet s’est décidé le jour où il s’est retrouvé coincé, alors qu’il souhaitait se rendre aux toilettes d’un restaurant de la région: «La salle à manger se trouvait au premier étage et les WC au sous-sol. Comme il était impossible que je m’y rende en fauteuil roulant sans ascenseur, j’ai vécu un grand moment de solitude en y allant en béquilles.»

Synergies au cœur du projet

Pour aider les personnes à mobilité réduite, le Nord-vaudois de 48 ans va créer une application web qui répertoriera les lieux faciles d’accès en Suisse. «J’ai remarqué qu’il y a beaucoup d’endroits pas pratiques qui manquent d’infrastructures, explique-t-il. Souvent, ce sont des petits détails auxquels la plupart des gens ne pensent pas.» Et d’ajouter: «L’objectif est de pouvoir disposer de ces informations à tout moment, en fonction de son handicap ou de ses difficultés.»

L’application devrait être disponible gratuitement d’ici à la mi-mars. Les utilisateurs pourront compléter la carte en ligne en fonction des lieux accessibles qu’ils auront repérés et le créateur envisage de faire appel aux réseaux sociaux pour améliorer encore les fonctionnalités. «Le but est que chacun puisse trouver facilement le service ou l’endroit qu’il recherche selon sa localisation, et qu’il trouve un maximum d’informations sur un seul et unique dispositif.»

Outils similaires

La plateforme imaginée par Alexandre Fallet n’est toutefois pas totalement novatrice. L’association Pro Infirmis a en effet déjà créé sa carte interactive, «Suisse accessible». Celle-ci est complétée par des professionnels: «Nous travaillons avec divers partenaires, tels que des sites touristiques et hôteliers, certaines communes ou mêmes des organisations comme le Conseil des séniors d’Yverdon-les-Bains (COSY). Chaque partenaire présente ses infrastructures et des personnes formées sont envoyées sur les différents sites pour évaluer leur accessibilité», explique Frank Henry, de Pro Infirmis Vaud. Il existe également un équivalent au projet d’Alexandre Fallet, en France, où la plateforme «Jaccede.com», enrichie par les utilisateurs, regroupe leurs avis sur une carte du monde en ligne.

«Faire ce que les autres ont déjà fait n’a pas de sens», assure l’habitant de Chavannes-le-Chêne, dont le but est de compléter ce qui existe déjà. Il projette ainsi de regrouper un maximum d’informations différentes sur son application, allant des coordonnées aux renseignements utiles jusqu’à la localisation, pour chaque institution répertoriée. Cela concerne des endroits utilisés quotidiennement et non pas uniquement des lieux culturels. Le Nord-vaudois compte toutefois collaborer avec d’autres associations pour améliorer les prestations proposées: «Il ne s’agit pas de se faire concurrence. Au contraire, nous visons les mêmes buts.»

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La loi ne fait pas tout

Depuis 2008, l’article 36 de la Loi sur l’aménagement du territoire et les constructions prévoit que chaque nouveau bâtiment (sauf les constructions privées) doit être adapté aux personnes en situation de handicap. Cette disposition s’applique également lorsqu’une rénovation est entreprise. Lors de chaque mise à l’enquête publique, l’Association vaudoise pour la construction adaptée aux personnes handicapées (Avacah) vérifie que la norme d’accessibilité est bien respectée.

Le problème n’est toutefois pas réglé puisque tous les bâtiments n’ont pas encore tous été retapés, et il perdure pour plusieurs constructions privées. De quoi nourrir les réflexions d’Un accès pour tous, et des autres associations qui poursuivent des buts similaires.

Lara Liard