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Une coureuse au mental d’acier

5 septembre 2019 | Edition N°2575

Lise Henry a pris part aux Jeux mondiaux d’été des transplantés, qui se déroulaient en août à Newcastle (Angleterre). La Sécheronne de 31 ans en est revenue avec une médaille par équipes autour du cou.

«Je me suis inscrite un peu sur un coup de tête, sans savoir s’il y avait des sélections nationales ou si je remplissais vraiment les critères», glisse Lise Henry, fraîchement rentrée de son escapade anglaise. À raison, cependant, puisque la sportive de Suchy a pu intégrer la délégation suisse qui s’est rendue aux Jeux mondiaux d’été des transplantés à la mi-août, et qu’elle en est revenue avec une médaille de bronze par équipes, décrochée sur le 5000 m.

«D’habitude, je fais plutôt du vélo. Mais je savais que le niveau était particulièrement relevé dans cette discipline. J’ai donc décidé de tenter ma chance en athlétisme, avec le 1500 m, le 5000 m et le relais du 4×400 m.» La Sécheronne s’est entraînée spécifiquement une année durant, à raison de trois sessions hebdomadaires, se rendant parfois au stade Pierre-de-Coubertin, à Lausanne, pour des séances d’intervalles. «Je me suis principalement entraînée seule, précise-t-elle. Cela me permet notamment d’adapter mon programme à ma forme du jour.»

Car, en plus des contraintes habituelles avec lesquelles les sportifs doivent jongler, la trentenaire doit composer avec un paramètre de taille: la mucoviscidose. Greffée des poumons à deux reprises, Lise Henry explique avoir pu se mettre réellement au sport en 2006, après sa première opération. «Je me suis rapidement rendu compte que je me sens mieux quand je bouge. Je fais principalement du cardio pour entraîner mon cœur et mes poumons, mais aussi un peu de musculation pour m’amuser.»

Un défi personnel

Deux semaines avant de s’envoler pour l’Angleterre, Lise Henry a eu l’occasion de rencontrer les 17 autres athlètes de l’équipe de Suisse, au moment d’aller chercher sa tenue officielle chez Swiss Transplant et de poser pour quelques photos. «La secrétaire a présenté tout le monde, en précisant de quel organe nous avions été greffés. Ce n’était pas plus mal, car cela nous a permis de savoir sans devoir poser tout le temps les mêmes questions et raconter son histoire dix fois», lâche-t-elle. Avant d’ajouter: «Il est évident que nous avons discuté de nos greffes, du nombre de pilules que l’on avale et de tout ce qui va avec, mais nous avons principalement eu des échanges sur la vie normale, ce qui était agréable. Nous étions une bonne équipe, cela change de se retrouver entourée de gens qui ont vécu un peu la même chose que moi. Après, la transplantation a permis à certains de guérir, ce qui n’est pas mon cas.»

Une fois sur place, les membres de la délégation nationale et leurs accompagnants ont été répartis dans différents logements. «Mon copain et moi étions dans un hôtel au même étage que la majorité des autres Suisses. C’était sympa, cela nous permettait de toujours croiser du monde.» La coureuse avait en revanche interdit à sa famille de faire le déplacement. «C’est quelque chose que je faisais pour moi, pas pour les autres. Je voulais me prouver que j’en étais capable. Mais je leur ai envoyé des photos et des messages.»

Une médaille inattendue

Pour la Nord-Vaudoise, les épreuves ont débuté avec le 5000 m. «Nous avons couru dans un champ qui avait visiblement accueilli des vaches. Celles-ci n’étaient plus là, mais leurs excréments n’avaient pas été enlevés. C’était un peu surprenant, relève-t-elle. De plus, il y avait beaucoup de vent, ce qui me pose des problèmes pour respirer. Je suis donc satisfaite d’être parvenue à aller jusqu’au bout de ma course.» Et avec la manière, puisqu’elle a terminé au 5e rang (sur 10) de sa catégorie d’âge, dont les deux 1res places étaient occupées par d’anciennes athlètes professionnelles, nombreuses à participer à la compétition. Elle et ses coéquipières Emilie Dafflon et Karine Moix ont ensuite appris qu’elles avaient terminé 3es par équipes, une fois leurs temps additionnés. “Nous ne savions même pas qu’un tel classement existait! Heureusement, nous étions restées dans les environs pour nous amuser dans des châteaux gonflables. Du coup, nous avons pu monter sur le podium pour recevoir notre médaille», rigole-t-elle.

Lise Henry s’est également illustrée sur 1500 m en battant son record personnel de la distance, ce qui lui a de nouveau permis de se classer 5e. Elle a ensuite encore pris part au relais 4×400 m à la dernière minute. «C’était une super expérience, mais je ne sais pas si je pourrai la réitérer, notamment parce que cela requiert un budget conséquent. J’ai eu de la chance que la Fondation pour la mucoviscidose prenne mes frais de déplacement et de logement en charge cette fois-ci. Pour l’instant, mon corps a besoin de repos, mais je me réjouis de retrouver mon vélo, car j’ai eu ma dose de course à pied!»

 

Une vie professionnelle mise à mal

Si la mucoviscidose ne l’empêche pas de tout mettre en œuvre pour pratiquer une activité physique régulière, la maladie a en revanche eu un gros impact sur la scolarité de Lise Henry. «J’ai arrêté l’école vers 14-15 ans, alors que j’étais en VSG. Je n’ai pu reprendre les cours qu’après ma première greffe, à l’âge de 19 ans. Au vu de la situation, il a été décidé que je me présenterais aux examens finaux de VSO et que je travaillerais également avec des professeurs particuliers. Cela n’a pas été facile, notamment parce que je me suis retrouvée en classe avec des élèves plus jeunes que moi. Mais j’ai décroché mon certificat et, comme mes résultats étaient bons, j’ai enchaîné avec une année de raccordement pour terminer ma VSG.»

La Sécheronne a par la suite suivi une formation de masseuse et a tenté d’avoir une activité professionnelle, en vain. «À chaque fois, je retombe malade, soupire Lise Henry. Et il arrive parfois que je doive me justifier auprès des gens, qui ne comprennent pas que je ne puisse pas travailler alors que je pratique différents sports régulièrement. Mais c’est comme ça, je dois faire avec.»

Muriel Ambühl