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Une réalité subtilement dématérialisée

4 mars 2019 | Edition N°2448

Yverdon-les-Bains –  Frédéric Clot a verni sa première peinture murale au Théâtre Benno Besson, samedi. Cette œuvre témoigne de son talent à jouer avec les points de vue.

Deux gouttes de blanc sur les marches de l’escalier, puis une dizaine de noir, et une odeur de peinture qui monte au nez au fur et à mesure que l’on gravit les étages. Enfin, le voilà. Le seul et unique sanctuaire de l’artiste Frédéric Clot. Le sol jonché de taches, les pots de peinture vides, les torchons imbibés de couleurs et un éventail de pinceaux témoignent des heures passées dans le grenier de cette ferme familiale, à Ependes. Et contre les murs, de gigantesques peintures noires et blanches, parfois agrémentées de bleu, de jaune ou de rouge.

Devenu papa il y a deux ans, Frédéric Clot a décidé de poser ses valises à Ependes. Auparavant, l’artiste partageait son temps entre Lisbonne et le Nord vaudois, où il revenait toujours pour peindre. Photos: Carole Alkabes

«C’est ici que j’ai toujours tout peint, car c’est le seul endroit où je peux me concentrer durant des heures et des heures», raconte le Nord-Vaudois de 46 ans. Pourtant, Frédéric Clot vient de faire une entorse à cette règle, puisqu’il a accepté de réaliser une peinture murale de 10 m2 (voir médaillon), au Théâtre Benno Besson (TBB). Vernie samedi dans le cadre de l’exposition Plattform19 (lire La Région Nord vaudois du 28 février), proposée par le Centre d’art contemporain d’Yverdon-les-Bains (CACY), elle habillera la cage d’escalier du site durant un an. «C’était la première fois que je me lançais dans une telle expérience. C’est une tout autre démarche que sur une toile. Des peintres en bâtiment ont posé le fond, et moi, je n’ai fait que mettre l’image dessus le 23 février», minimise celui qui a pourtant minutieusement réfléchi à son illustration durant plus de deux mois.

«Quand la directrice du CACY m’a proposé ce projet, j’étais en train de peindre des chalets. Et c’est pour cela que j’ai tout de suite pensé à en dessiner, explique Frédéric Clot. Ensuite, il fallait que mon tableau entre en résonance avec le lieu.» Et pour lui, le théâtre, c’est avant-tout la tragédie. «C’est là que je me suis souvenu du livre Derborence, de Ramuz (ndlr: un roman qui traite de l’éboulement des Diablerets en 1714), que j’avais lu à l’école, car pour moi c’est La tragédie suisse.»

Un style empreint d’informatique

La peinture murale du TBB laisse ainsi apparaître deux chalets. «Mon travail est fait presque uniquement de traits à l’horizontale et à la verticale, il n’y a pas d’arrondi», relève le Nord-Vaudois. A l’instar d’une carte graphique ou d’une puce électronique, ses coups de pinceau ressemblent à un réseau de fines nervures qui se connectent, afin de retransmettre une illustration complète. D’ailleurs, dans sa préparation, l’artiste commence par dématérialiser l’image sur un ordinateur et la décompose dans un langage binaire qui lui est propre. «Vu de près, c’est de l’art purement abstrait, mais de loin, cela devient une œuvre figurative», confie l’artiste autodidacte d’Ependes. Et parfois, il s’amuse à glisser des dates, des mots ou encore des personnages, à l’instar de sa création au TBB. Car on peut y entrevoir deux silhouettes longilignes dans le prolongement des bâtisses et une bulle de bande dessinée, voire même un petit alien tiré d’un jeu vidéo des années 1980.

C’est ce sens du détail qui lui a ouvert les bonnes portes dès son plus jeune âge. Grâce à trois rencontres, dont la première dans le Gros-de-Vaud, Frédéric Clot a réussi à se forger une réputation très rapidement auprès des galerie suisses et françaises. Christelle Maillard n

Christelle Maillard