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Une transmission réussie grâce à un coup de cœur

19 décembre 2019 | Edition N°2649

Yverdon-les-Bains – Cofondateur du bureau de géomètres Jaquier-Pointet, l’ancien syndic de la Cité thermale a assuré la succession.

«La boucle est en train de se boucler.» En une seule phrase, avec sa modestie naturelle, Rémy Jaquier, flanqué de deux jeunes loups, Sylvain Pittet et Vincent Pointet, résume ces dix dernières années, ponctuées aussi par la députation et la présidence du Grand Conseil vaudois, qu’il a assumée jusqu’en juin dernier. Ce vendredi soir, dans les bureaux de la rue des Pêcheurs, chamboulés par des travaux de rénovation, l’atmosphère est sereine. Une page se tourne, plus imprimée par la fierté que par la nostalgie. Après avoir passé la main à Sylvain Pittet, c’est l’arrivée de Vincent Pointet, nouvel associé à la tête du bureau, qui est saluée. C’est surtout l’accomplissement d’une promesse en forme de défi, celle de la fidélité à la mémoire de son ami et associé, Jean-Luc Pointet, décédé dans un accident de car à Étroubles, dans la descente vers Aoste, en octobre 2008.

Ce drame avait marqué notre région parce que, outre deux victimes mortelles, une vingtaine de passionnés de football qui se rendaient à Milan avaient été plus ou moins grièvement blessés.

Au lendemain de l’accident, le très aimé syndic d’Yverdon-les-Bains avait été confronté à un dilemme cornélien. Devait-il poursuivre son action publique, au risque de voir péricliter le bureau de géomètres Jaquier-Pointet qu’il avait fondé ou quitter l’action publique pour assurer la pérennité de l’entreprise qu’il a animée, des années durant, avec son associé?

On peut imaginer que l’ancien syndic a vécu quelque tourment. Il a finalement opté pour un retour à son métier. En juin 2009, il a renoncé à la Municipalité. «J’ai tenu mes engagements vis-à-vis de la population. Elle a compris cette démarche», relève-t-il aujourd’hui. D’une certaine manière, Rémy Jaquier a sacrifié sa carrière politique, même s’il ne le perçoit pas ainsi, pour donner une chance à la jeunesse. «Aucun de mes quatre enfants n’était intéressé. Mais chez Jean-Luc, il y avait deux garçons qui pouvaient l’être. Mais ils n’avaient pas encore entamé leurs études», explique-t-il.

La vie a fait que ce choix du cœur était le bon. Dans quelques jours, Vincent Pointet rejoindra Sylvain Pittet à la direction du bureau Jaquier-Pointet. Le nouvel arrivé, qui vient de passer cinq années dans un bureau de Morges, devrait obtenir son brevet fédéral de géomètre d’ici l’été. C’est dire que Rémy Jaquier, va pouvoir réduire sa présence, et la jeune garde pourra toujours compter sur son énorme expérience: «J’ai déjà ralenti l’allure. J’ai le rôle de celui qui achève certains mandats.»

Une énorme évolution

Le désormais ancien patron relève au passage l’extraordinaire mutation du métier: «Les lois et l’informatique évoluent constamment. Les jeunes sont mieux armés que moi pour affronter le futur..» Il est vrai que Sylvain Pittet, âgé de 37 ans, et Vincent Pointet, qui vient de fêter ses 30 ans, ont été préparés à affronter la révolution numérique.

Sylvain Pittet ne cache pas sa passion: «En tant que géomètre, notre quotidien présente de nombreuses facettes. Nous sommes les garants de la mensuration officielle. Mais le géomètre est aujourd’hui impliqué dans de nombreux projets qui nécessitent ses compétences.»

Les collaborations avec les architectes, en particulier ceux du bureau Dolci, et les ingénieurs sont fréquentes. La stabilité des immeubles historiques, à l’exemple de l’abbatiale de Payerne, nécessite des mesures et donc l’intervention des géomètres. De même que le répertoire des lignes électriques et autres infrastructures de base.

Vincent Pointet vante l’apport des nouvelles technologies, du GPS à la 3 D, en passant par le drone, le laser et le scanner. Le bureau vient par exemple de réaliser la photogrammétrie de la ville d’Yverdon-les-Bains. Cette évolution nécessite une mise à jour constante et une formation continue, par ailleurs obligatoire pour la partie légale du métier. «Il ne faut pas oublier qu’on garantit la propriété foncière», soulignent les nouveaux directeurs. Ainsi, les plans sur papier ont laissé la place à de véritables guichets cartographiques à disposition des communes. Les documents sont consultables en ligne et en tout temps. Le bureau de géomètres est, entre autres, spécialisé dans la mise en place de ces données.

Expériences marquantes

Dans le cadre de son activité à Morges, Vincent Pointet a eu le privilège d’être impliqué dans de grands projets, du chantier Vortex, le bâtiment qui va accueillir les participants aux Jeux olympiques de la jeunesse, aux remplacement de ponts sur l’A1, en passant par les quais de la gare de Rolle. Avec ses compétences dans le domaine des nouvelles technologies, il sera un solide associé de Sylvain Pittet.

Le bureau de géomètres fonctionne aujourd’hui comme une plaque tournante, en relation aussi bien avec des offices fédéraux et cantonaux qu’avec des entreprises et des privés. Et beaucoup de mandants sont soumis aux marchés publics. C’est dire qu’il faut un ensemble de compétences pour répondre à des appels d’offres.

Ainsi, parmi la trentaine de collaborateurs, le bureau Jaquier-Pointet compte aussi bien des ingénieurs en environnement que des personnes spécialisées dans le génie rural, civil et la géomatique, ou encore des géographes universitaires.

Et pour favoriser les synergies, les collaborateurs disposeront dans quelques semaines de bureaux réaménagés, avec une salle de conférence, mais aussi des équipements contribuant à leur confort. Et Rémy Jaquier de conclure: «J’ai été très touché par la manière dont les Yverdonnois ont compris mon départ. On arrive au terme de cet objectif, parce que la vie nous a aidés.»

Isidore Raposo