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Une ville toujours plus «eco-friendly»

23 juillet 2018 | Edition N°2294

Yverdon-les-Bains –  Deux ans après avoir inauguré son premier chauffage à distance, la Ville souhaite investir près de six millions de francs pour réaliser un second réseau. Six fois plus grand, ce projet relierait la STEP au futur quartier Gare-Lac.

«Ce n’est pas le plus gros projet de ma législature, mais il fait partie du top 3, avec le chantier de la rue du Midi et l’installation du smart metering (ndlr: un système intelligent de mesures de consommation électrique)», confie, avec une certaine joie, Pierre Dessemontet, municipal en charge du service des énergies d’Yverdon-les-Bains (SEY). Et le projet qui ravit autant l’élu socialiste, c’est le chauffage à distance. En effet, la Municipalité a déposé jeudi dernier un préavis concernant la réalisation de la première phase du réseau de chauffage à distance (CAD) reliant la Station d’épuration de la ville (STEP) au futur quartier Gare-Lac.

Baptisé CAD-STEP, le projet consiste à créer un réseau de conduites entre la STEP et le Collège des Rives. Ce qui permettrait, dans un premier temps, de chauffer sept bâtiments communaux (ladite école, la nouvelle caserne des pompiers, La Marive, la patinoire, la piscine, le Stade municipal et le bâtiment du SEY), puis le futur quartier Gare-Lac. Concrètement, le but est de récupérer l’énergie produite par la STEP en épurant les eaux usées au moyen d’un échangeur de chaleur, avant de la transmettre à de l’eau qui serait ainsi chauffée de quelques degrés. Le liquide circulerait alors injecté dans le réseau du CAD-STEP jusqu’aux différents bâtiments. Ces derniers seraient tous équipés d’une pompe à chaleur permettant d’amplifier la température de l’eau fournie afin d’alimenter leur chauffage et leur conduite en eau chaude. «C’est un projet novateur car il s’agit d’un système à basse température», précise Pierre Dessemontet. A noter que le premier chauffage à distance alimenté par des eaux traitées de Suisse romande a été inauguré, fin juin dernier, à Morges.

Un réseau d’eau à sept chiffres

Mais le prix pour être qualifiée de ville «eco-friendly», ou écoresponsable, s’élève à 5 982 000 francs – plus les 633 000 francs déjà accordés par le Conseil communal en septembre dernier afin d’établir un devis précis. Un montant qui s’avère supérieur de 1,6 million de francs au budget prévu par une première étude de faisabilité. Cette dernière faisait état d’un coût aux alentours de cinq millions, avec une marge de plus ou moins 25%. La différence entre la première et la seconde estimation s’explique, selon la Commune, par trois facteurs: tout d’abord, le calcul de l’étude de faisabilité était imprécis. Ensuite, aucune marge pour les imprévus n’avait été comptée. Et un surcoût de 500 000 francs a été ajouté car il s’est avéré plus rentable d’isoler les conduites souterraines.

Pour le municipal Pierre Dessemontet, le CAD, tel celui qui alimentera le Collège des Rives, est la solution pour éviter que la Ville ne perde ses clients au vu de la libéralisation des marchés de l’énergie qui s’annonce. ©

Pour le municipal Pierre Dessemontet, le CAD, tel celui qui alimentera le Collège des Rives, est la solution pour éviter que la Ville ne perde ses clients au vu de la libéralisation des marchés de l’énergie qui s’annonce. © Carole Alkabes

«Oui, c’est cher. Oui, le coût au kilowattheure est plus cher que le gaz naturel si on ne tient pas compte des frais annexes (lire encadré). Oui, c’est un pari. Mais c’est un investissement sur l’avenir et, surtout, c’est la volonté de la Municipalité de réduire son empreinte carbone et de suivre un plan directeur énergétique qui s’inscrit dans la ligne de la stratégie 2050 de la Confédération», explique sans détour Pierre Dessemontet.

L’édile souligne aussi que les trois quarts des dépenses en énergie de la Ville sont liées au chauffage et que la plupart des installations fonctionnent au mazout. «Nous avons l’expérience du CAD-Lotus qui marche très bien (ndlr: un chauffage à distance qui alimente en gaz naturel les Etablissements hospitaliers du Nord vaudois, le Grand Hôtel des Bains et le Centre thermal depuis 2015).» Le CAD-STEP est toutefois différent du CAD-Lotus, car il serait six fois plus grand et fournirait presque uniquement de l’énergie renouvelable. En effet, une station d’appoint (gaz naturel) est en train d’être installée à la caserne des pompiers.

Un coup d’accélérateur donné par la Ville

Si ce projet arrive sur le haut de la pile aujourd’hui, c’est à cause ou grâce au futur Collège des Rives. «A la base, on m’avait dit que j’avais le temps pour lancer ce projet. Donc en attendant que le dossier soit traité, je suis allé voir mes collègues pour leur demander 300 000 francs afin de prévoir dans le chantier du Collège des Rives, des conduites en vue d’un probable futur raccordement au CAD-STEP. Et puis, ils m’ont dit: Mais il ne faut pas attendre. On sait qu’il y a ce projet. On sait qu’on veut faire un chauffage à distance, alors maintenant il faut y aller, raconte Pierre Dessemontet. Je suis ressorti avec presque cinq millions de francs inscrits au plan d’investissements. C’est rare que ça se passe comme ça, mais c’est plus logique de prévoir ce CAD au moment de la construction du Collège des Rives.» Et d’ajouter: «C’est une décision forte de la Municipalité qui montre sa volonté de miser sur les énergies renouvelables.»

A voir si le Conseil communal, qui devra valider, ou non, un crédit de 5 982 000 francs pour la construction de la première phase du CAD-STEP, voit l’avenir de la même façon que la Municipalité.

Christelle Maillard