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Une Urbigène a vécu la folie de l’attentat meurtrier de Barcelone

18 août 2017 | Edition N°2062

Espagne – Quelques minutes après qu’une voiture a foncé dans la foule dans le centre-ville de la capitale de la Catalogne, hier après-midi, nous avons pu joindre Savanah Vallone, encore retranchée dans une galerie d’art. Témoignage prenant.

Voici le fourgon qui a foncé dans la foule, hier à Barcelone. ©DR/Twitter

Voici le fourgon qui a foncé dans la foule, hier à Barcelone.

«Comment ça va ? Ça va juste un tout petit peu mieux. Là, je suis encore réfugiée dans une galerie d’art, la Yellow Korner, et on nous empêche d’aller dehors, les grilles de fer ont été baissées et le gérant nous a crié plus personne ne sort !» Savanah Vallone, habitante d’Orbe, est à bout de souffle. Choquée, mais étonnamment lucide. Elle vient pourtant d’avoir la frousse de sa vie. Elle a cru, durant des minutes qui ont pu lui paraître longues comme très courtes, que son heure était arrivée. Elle nous livre un témoignage qui est, hélas, à l’image de ceux que pourraient nous confier tous ceux qui ont échappé à un attentat comme il s’en répète inlassablement dans tous les coins du monde.

«Nous étions dans la rue principale, exactement à l’endroit où ça s’est produit, avec mes amies qui viennent de la région de Nyon, et avec qui je suis venue pour quatre jours de shopping», souffle Savanah. «En gros, on marchait quand on a entendu plusieurs coups, comme des explosions. Des coups secs, qui s’enchaînaient. Difficile de dire si c’était des coups de feu ou le bruit que peut faire le choc d’une voiture contre des corps. On a entendu quelqu’un qui criait qu’un véhicule avait foncé dans la foule, mais aussi que quelqu’un était à pied, debout, et tirait sur les gens.»

Le terrifiant scénario (voir ci-dessous) ne s’est déroulé qu’à quelques dizaines de mètres de l’endroit où se trouvaient Savanah et ses amies. «Directement après ces bruits, les gens se sont mis à crier et à courir. Certains tombaient dans la précipitation. Pas le temps de regarder derrière, d’apercevoir ce qui se passait, de voir la scène. On pense à soi, on n’arrive plus à respirer, on se dit qu’on vit un cauchemar, que la mort est là, dans notre dos, à nos trousses, qu’à tout instant on peut se faire choper, qu’il faut partir le plus vite et le plus loin possible. Je vais vous dire : on en parlait, on savait que cela pouvait se produire. Si bien qu’au premier bruit, on s’est dit c’est en train de se passer. C’est étrange !»

L’Urbigène et les Nyonnaises ont eu le réflexe de s’engager dans une rue perpendiculaire. «Je vais dire qu’on a couru environ une minute, je ne sais pas exactement. On croisait des gens, on les avertissait de ce qui était en train de se produire, mais ils donnaient l’impression de ne pas nous croire.»

Une fois dans la galerie d’art, les jeunes femmes ont vu d’autres scènes de panique : des gens avec des enfants qui criaient et voulaient sortir de l’établissement. Ce n’est que plus tard que le gérant a choisi de descendre ses grilles et de ne plus laisser personne sortir.

Une fois à l’abri, la fille de l’enseignant spécialisé et éducateur Claudio Vallone n’avait pourtant pas cette sensation-là. «Nous ne savons pas ce qui se passe dehors. Les responsables du magasin nous ont proposé à manger et à boire, nous ont donné leurs codes Wi-Fi pour que nous puissions avoir des infos. Et le premier réflexe, c’est d’avertir ceux que l’on aime qu’on est sain et sauf. On reçoit plein de SMS de gens qui se disent contents de nous voir en sécurité. Mais le sommes-nous ?»

Alors que le ton de la voix de Savanah est moins haletant, elle revient sur cette sensation qu’elle a eue, avec ses amies, que Barcelone pouvait être visée à son tour. «Quand nous sommes arrivées, en rigolant, on se faisait la remarque qu’il y avait des risques. Il y a tellement de monde, actuellement à Barcelone, que si ceux qui ont fait ça voulaient faire un maximum de morts, ils ne se trompaient pas d’endroit.»

 

Les faits : déjà treize morts…

 

Une camionnette a percuté la foule sur les Ramblas, hier après-midi. La Police catalane a d’abord évoqué «une énorme collision» et plusieurs blessés, sans autres précisions. Puis, le service de communication des Mossos d’Esquadra annonçait dénombrer deux morts. «La zone a été fermée par un cordon de sécurité, cinq ambulances et une vingtaine de voitures de police se trouvaient sur place», a constaté un correspondant de l’AFP. Au fil des minutes, les nouvelles ont été moins réjouissantes, le nombre de morts a augmenté, jusqu’à 13, selon la radio espagnole «Cadena Ser» à l’heure où nous écrivons ces lignes. ■ ATS / AFP / Réd.

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Patrick Wurlod