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Visite chez le père de l’automate de Poutine

13 novembre 2014

Le nom de Christian Bailly a fait le tour monde grâce au buzz créé par sa réplique du président russe signant l’accord d’annexion de la Crimée. Rencontre à Sainte-Croix avec ce personnage hors du temps.

Christian Bailly à côté de son Oiseleur. Ci-dessous, le visage d’Obama, celui du futur Kennedy et (à d.), une série de Pierrots écrivains. © Michel Duperrex

Christian Bailly à côté de son Oiseleur. Ci-dessous, le visage d’Obama, celui du futur Kennedy et (à d.), une série de Pierrots écrivains.

L’immersion dans l’univers de Christian Bailly commence dès le pas de sa porte, en pressant sur la sonnette qui donne vie à un oiseau chanteur dans une cage surplombant le hall d’entrée. «Je suis un spécimen, un homme à part», déclare d’emblée le maître de céans. Un «autre monde» duquel est né le Poutine (lire ci-dessous), placé ces derniers mois sous le feu des projecteurs internationaux et dont la vente aux enchères aura lieu samedi.

En bonne place dans son royaume, les automates, ces représentations d’«humains non agressifs et plutôt agréables à voir», ont croisé son quotidien de brocanteur et de jeune père de famille parisien. Fasciné par la magie de «cette sculpture animée», Christian Bailly doit patienter quelques temps avant de pouvoir s’en offrir une. Le joueur d’orgue, qu’il acquiert en répondant à une annonce, est le premier symptôme de sa «maladie de collectionneur».

Gagné par une «maladie»

La liste de ses acquisitions grandit derrière les vitrines de son commerce, comme sa notoriété dans le milieu et sa connaissance historique de ces objets, qu’il partagera, plus tard, dans un ouvrage et un film, dont la narration est assurée par Jean Rochefort.

L’automate de Poutine a créé un gros buzz. DR

L’automate de Poutine a créé un gros buzz.

Il enjambe l’Atlantique dans le sillage d’un projet colossal de Centre d’antiquités auquel un promoteur souhaite l’associer. L’aventure dure cinq ans, mais un article publié dans le New York Times, où il pose en première de la rubrique artistique avec «Le Dandy lunaire», lui permet de se faire connaître du président de la Warner, qui achète la moitié des pièces de son magasin pour décorer une salle de projection de films privée. Christian Bailly quitte les Etats-Unis en 1995 en raison de la récession, trois ans avant son arrivée à Sainte-Croix.

Compétences uniques

«Je me suis établi ici car on y trouve un savoir-faire de très grande qualité dans la mécanique haut de gamme, concentré dans un rayon de 50 kilomètres. La Commune m’a encouragé à venir pour contribuer au développement de l’artisanat», précise celui qui avait pris pour orientation la restauration d’objets depuis quelques années.

En s’appuyant sur les compétences locales, il créé L’Oiseleur, réputé plus cher jouet de la planète, avec son prix avoisinant les six millions de francs. Le fruit d’un travail titanesque qui a mobilisé douze corps de métiers pendant cinq ans.

Ni cet objet de prestige ni sa canne renfermant un oiseau chanteur (dont le prix est estimé à plus de 300 000 francs) n’ont pour l’heure trouvé preneur.

Echec commercial

Dépourvu, de son propre aveu, de la fibre de l’homme d’affaires, Christian Bailly a dû liquider sa société Olympia S.A. en mars 2010. Agé de 72 ans, il continue à assouvir sa passion pour les objets anciens en contemplant les trouvailles étonnantes qui ornent son domicile et à effectuer des réparations dans son atelier, où les pendules, s’accordent à ne pas indiquer la même heure, pour faire la nique au temps qui passe.

 

Après Obama et Poutine, Christian Bailly planche sur Kennedy

Hommage aux personnages historiques

Christian Bailly n’aurait pas imaginé créer une telle sensation avec son automate de Vladimir Poutine. Cette volonté de se lancer dans l’immortalisation de personnalités historiques est née d’une observation. «Quand on fait jouer un air connu à un automate, comme La Marche des rois de Bizet, les gens le reconnaissent.» Le Français domicilié à Sainte-Croix a alors l’idée de créer une réplique de Barack Obama pour donner un visage familier à une pièce de sa conception . «L’impact a été quasiment nul sur YouTube. Puis, je me suis dit, tiens, pourquoi pas créer un Poutine. Un ami m’a suggéré de lui associer une musique russe», précise Christian Bailly.

L’histoire, avec l’annexion de la Crimée, a rattrapé son projet, occasionnant un regroupement de scénarios. En référence au Pierrot écrivain de Vichy, le président russe est à table en train d’écrire. Restait à lui faire signer le rattachement de cette région d’Ukraine à la Russie, une mise en scène à laquelle le Sainte-Crix n’attribue aucune intention politique. Le buzz pouvait démarrer. Une vidéo publiée sur le Net par une maison de vente aux enchères fait échos dans les médias de plusieurs pays. Christian Bailly se réjouit de cette publicité inattendue et planche actuellement sur l’élaboration d’un Kennedy.

Ludovic Pillonel