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Au volant dans toute l’Europe

30 novembre 2017 | Edition N°2135

Karting – Léna Bühler passe, déjà, à la vitesse supérieure. Après avoir fait ses armes et gagné le respect en un éclair au niveau national, la jeune pilote de Valeyres-sous-Montagny recrutée par une écurie belge, va écumer les circuits du continent, l’an prochain.

Léna Bühler n’a pas peur des déplacements, elle qui bouge sans cesse pour trouver des circuits où rouler, notamment le week-end. ©Michel Duperrex

Léna Bühler n’a pas peur des déplacements, elle qui bouge sans cesse pour trouver des circuits où rouler, notamment le week-end.

Elle est prête, Léna Bühler. Déterminée à faire le saut, à passer à l’étape supérieur. Résolue à se mesurer aux mecs -et quelques filles- des différents circuits du karting européen. Après avoir décroché cinq podiums, cette saison, à l’occasion des courses nationales auxquelles elle a pris part, il faut reconnaître que la pilote de Valeyres-sous-Montagny a surpris son monde. Tout juste arrivée dans le milieu que, déjà, elle a très régulièrement joué les premiers rôles sur le Championnat suisse et le Vega Trofeo. De quoi lui valoir de nombreux éloges, bien sûr, et surtout éveiller l’intérêt de plusieurs écuries.

Courtisée grâce à ses performances et parce qu’elle est «une des rares filles au volant dans le milieu», la Nord- Vaudoise de 20 ans a vite été repérée et, corollaire, a eu l’embarras du choix. «J’ai été approchée par plusieurs teams, cinq sauf erreur, raconte-t-elle, avec une pointe de fierté. Je suis allée faire quelques essais et, même si ça a été galère de trancher, il a fallu prendre une décision.» L’an prochain, elle roulera pour l’écurie belge DCK, qu’elle connaissait bien, puisque celle-ci faisait déjà office de motoriste de la pilote cette saison.

Léna Bühler au volant d’un karting de sa nouvelle écurie belge, le DCK Racing Team. ©Pascal Verheuge

Léna Bühler au volant d’un karting de sa nouvelle écurie belge, le DCK Racing Team.

Le 11 février prochain, Léna Bühler sera au départ de la Winter Cup de Valence, en Espagne. Elle se retrouvera un peu dans l’inconnu, mais pas totalement. Cette année déjà, afin de se situer, de se jauger, elle a mis les gaz sur une course internationale disputée en Italie. Avec les confirmations espérées, puisqu’elle y a terminé au 8e rang, sur 34 concurrents dans sa catégorie. Surtout, après des qualifications durant lesquelles quelques pépins l’ont entravée, elle a réalisé le 5e meilleur chrono en course, à un cheveu des meilleurs. Une preuve de plus, s’il le fallait, qu’elle est capable d’aller vite, très vite, ainsi que de franchir le prochain palier de sa carrière dans la discipline.

Ancienne spécialiste de BMX reconvertie, Léna Bühler avait une année pour convaincre. Pour savoir si elle pouvait persévérer et, peut-être, percer. «Mon papa m’avait laissé cette saison pour montrer de quoi je suis capable», glisse-t-elle, sachant qu’une passion comme la sienne demeure, comme toujours dans les sports mécaniques, très onéreuse. On parle là de plusieurs dizaines de milliers de francs, qu’elle réunit grâce au dévouement de ses parents et à des sponsors privés. «Plus on monte en grade et moins cela coûte, relève-t-elle. Le team prend en charge plus de choses.»

Lorsqu’elle ne travaille pas, cette apprentie spécialiste en hôtellerie à Yverdon-les-Bains -qui en profite pour souligner que son patron est très conciliant et l’encourage même beaucoup dans son entreprise sportive- écume les salles de fitness et, le week-end, les circuits, afin de pouvoir avaler des kilomètres au volant de son bolide. Et pour cela, il faut se rendre en France et au-delà.

Du pays -des pays, devrait-on employer-, la pilote va en voir encore plus l’an prochain. En tout, son programme comportera dix-huit courses : des épreuves du Championnat du monde, au Mans et en Belgique, du Challenge Europa, du Championnat d’Europe, du Championnat belge et, enfin, en Italie. «Lorsque les distances sont longues, je ferai les voyages toute seule en avion, rejointe sur place par mon team», explique celle qui va essentiellement rouler en X30 (un moteur qui développe 30 chevaux, pour des pointes à environ 130 km/h), mais qui va aussi s’essayer à la catégorie supérieure, nommée OK (42 chevaux, 160 km/h), en World Series. Une totale nouveauté pour elle.

 

«Jamais peur»

 

Pas de quoi, pour autant, la rendre nerveuse. «Je n’ai jamais peur», lance celle qui rêve de se faire une place au soleil dans ce monde qu’elle reconnaît plutôt macho et très individualiste. «Mais je considère qu’être une fille est plutôt un avantage. Je peux jouer de mon charme», murmure Léna Bühler, un sourire malicieux révélant ses yeux clairs.

 

Au chaud pour préparer la saison à venir

 
Pas du genre à vouloir faire de la figuration, Léna Bühler prépare déjà assidûment la saison prochaine. Elle enchaîne deux semaines à l’étranger, durant lesquelles elle va profiter pour procéder à quelques réglages.

Ces jours-ci, elle s’exerce du côté d’Adria, en Italie, où elle fait ses premières expériences au guidon d’un karting OK, le nouveau bolide qu’elle doit apprendre à maîtriser. «Ce sera plus physique, mais compte tenu de la réglementation en vigueur concernant le poids -on roule plus léger en OK qu’en X30-, mon petit gabarit pourrait m’avantager dans cette catégorie, puisque j’aurai moins besoin de lester le karting. Ce qui devrait permettre à la position de corps d’avoir plus d’influence dans les virages notamment.» Après son escapade italienne, la pilote de Valeyres-sous-Montagny enchaînera avec une semaine à Agadir, au Maroc, où elle pourra rouler le matin et profiter du soleil l’après-midi.

Des demi-vacances bien méritées, moment de détente avant de reprendre un entraînement intensif pour être prête à faire un malheur à la première échéance de 2018, à Valence.

Manuel Gremion