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Yves Yersin a fugué vers les étoiles

19 novembre 2018 | Edition N°2378

Baulmes – Auteur-réalisateur des Petites fugues, un film au succès planétaire, et de Tableau noir, le réalisateur établi depuis longtemps dans le Nord vaudois est décédé jeudi dernier. Il laisse le souvenir d’un artiste-artisan tout à fait extraordinaire. L’association Plans-Fixes lui avait consacré un portrait il y a trois ans.

«C’était un chic gaillard! Cette nouvelle m’attriste.» Journaliste, écrivain et cinéaste, Michel Bory connaissait Yves Yersin, décédé jeudi dernier à 76 ans, depuis longtemps. «Je l’ai rencontré à l’époque où je réalisais des courts-métrages. Il avait un studio complètement équipé à Pully et j’ai pu y monter mes films tout en bénéficiant de ses précieux conseils», relève celui qui a été l’un des fondateurs de Plans-Fixes.

Cette relation amicale est d’ailleurs à l’origine de Tableau noir, un film consacré à la petite école de Derrière-Pertuis, située sur les crêtes du val de Ruz, à 1153 mètres d’altitude. Correspondant de la Radio romande dans le canton de Neuchâtel, Michel Bory avait consacré un sujet à cette classe de plusieurs niveaux, alors menacée de disparition. Et lors d’une discussion à L’Intemporel, à laquelle participaient aussi Francis Reusser et Emmanuelle de Riedmatten, le journaliste a lancé un cri d’alarme.

Yves Yersin, ici dans les Ateliers Merlin (Leclanché), organisait le montage avec une multitude de billets affichés sur des tableaux.@ Jacquet/a

Yves Yersin s’est immédiatement pris au jeu, s’engageant comme à son habitude dans un parcours de longue haleine. Lorsque nous l’avons rencontré dans les locaux des Ateliers Merlin, sis dans l’ancienne usine Leclanché, il y a tout juste cinq ans, il venait d’aboutir: huit ans de travail et 1200 heures de «rushes» à réduire en un documentaire d’un peu moins de deux heures!

Jusqu’à l’épuisement

Pour Yves Yersin, un film était le produit d’une longue gestation, qui finissait parfois par épuiser ceux qui l’accompagnaient. Pince-sans-rire, il disait avoir usé quatre monteurs pour Tableau noir, lui-même travaillant la nuit. «C’était un perfectionniste», relève encore Michel Bory, admiratif parce qu’il a accepté de tourner un «Plan-Fixe» en un après-midi, alors qu’il consacrait des milliers d’heures pour réaliser un film.

Yves Yersin, réalisateur. © Aline Pfänder

Yves Yersin, réalisateur. © Aline Pfänder

Distingué à Locarno pour Tableau noir, Yves Yersin a eu le bonheur d’y voir son fils Léon, diplômé en histoire et esthétique du cinéma de l’Université de Lausanne, sélectionné cette année avec Fait divers.

Isidore Raposo