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Regards croisés face à la caméra

15 mars 2019 | Edition N°2457

Grandson – Daniel et Nicolas Perrin font l’objet d’un film présenté par l’Association Plans Fixes, qui sera diffusé samedi à l’Aula Magna à Yverdon-les-Bains.

Le doux fumet d’un bouillon de volaille s’échappe de la casserole de Nicolas Perrin, ce matin-là. Sa cuisine, située dans sa maison à la rue Haute à Grandson, possède une âme à nulle autre pareille. Si l’art de concocter des mets savoureux est devenu l’une des occupations favorites de ce professeur de biologie à la retraite, l’ancienne cave en terre battue dans laquelle il a pris ses quartiers était autrefois un espace réservé à son frère aîné, Daniel. Des crochets suspendus au plafond rappellent encore l’époque où l’adolescent qu’il était se balançait sur un trapèze ou enchaînait les mouvements sur deux anneaux. «Mes parents avaient aménagé ce lieu pour que je puisse me défouler. On était six enfants, et c’était parfois nécessaire», explique le musicien de jazz.

Daniel Perrin fait l’objet d’un portrait filmé par l’Association Plans-Fixes, qui sera diffusé en avant-première samedi après-midi à l’Aula Magna, à Yverdon-les-Bains. Pour réaliser ce film, tourné sans coupure en un même lieu et en une seule journée, il y a toutefois eu une petite entorse à la règle. «Lorsque Patrick Ferla (ndlr: invisible à l’écran, le journaliste est son interlocuteur) m’a contacté, je ne voulais pas être seul face à la caméra», souligne le Nord-Vaudois. Habitué à sillonner les routes d’ici et d’ailleurs en compagnie d’autres musiciens, le sexagénaire préférait être accompagné pour ce tournage. Et pas par n’importe qui, puisqu’il a choisi son frère, Nicolas. «Il a fallu négocier avec le réalisateur», sourit Daniel Perrin, par ailleurs compositeur et directeur de l’Orchestre jaune qu’il a fondé il y a vingt-sept ans à Lausanne.

Un terrain de jeu commun

Mais revenons à cette cuisine et à l’enfance grandsonnoise des deux frères. A cette époque où Daniel et Nicolas, les deux fils du médecin Perrin, sillonnaient la falaise du Grandsonnet et se balançaient sur le séquoia géant, connu de tous les gamins du coin. Entre les quatre murs de cette ancienne cave en terre battue, le rire des enfants d’autrefois résonne encore aujourd’hui.

De cette enfance privilégiée, Nicolas Perrin garde le souvenir de terrains de jeu extraordinaires, où le personnage de Tintin n’était jamais très loin. Le Lotus bleu, L’Oreille cassée, L’Étoile mystérieuse ou Les Bijoux de la Castafiore ont été des lectures savoureuses pour lui. A tel point qu’il est capable de réciter des pages entières tirées de la bande dessinée d’Hergé. Car le reporter à la houppe symbolise tout «un langage commun» pour les deux frangins, qu’ils se plaisent encore à partager aujourd’hui.

Une mise à l’écart nécessaire

Pourtant, à l’adolescence, les choses se compliquent. «J’étais très turbulent et révolté», glisse Daniel Perrin. Ses parents décident alors de le placer en internat à La Fouly (VS). «Pour le reste de la famille, cette mise à l’écart s’est révélée libératrice», complète son frère âgé de 63 ans.

Mais c’est aussi à cet âge-là que le jeune Daniel découvre la musique, un univers artistique qu’il ne quittera plus. «Je répétais dans cette cave et j’organisais des semi-concerts avec des groupes. Beaucoup de gens ont défilé ici», se rappelle celui qui joue de la clarinette, de l’accordéon et du bandonéon.

Le temps retrouvé

Vu leurs carrières et leurs expériences de vie distinctes, qu’est-ce qui relie les deux frangins aujourd’hui? «Nous possédons une maison de vacances en Bourgogne», indique Nicolas Perrin. «On y organise des réunions familiales et on prend le temps d’échanger, de concocter un émincé et de déguster un bon verre de Chardonnay», renchérit son frère. Et d’ajouter: «Notre mère était une excellente cuisinière, elle nous a transmis le goût de la bonne chère.»

Si Daniel Perrin apprécie particulièrement les repas composés uniquement de produits du jardin de son frère – les pâtes fraîches à la tomate et au safran sont un pur délice, assure-t-il –, Nicolas Perrin, en revanche, savoure les plats mijotés de son aîné. «C’est très pratique. La cuisson lente me permet de travailler seul à la maison en toute tranquillité.»

«Avec l’âge, les choses se décantent même si on a des points de vue différents sur la vie, les enfants et les petits-enfants. Grâce à ce film, les regards sont davantage croisés», conclut le biologiste.

© Mario Del Curto

Valérie Beauverd