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Artgraphic Cavin a été reprise par ses cadres

26 septembre 2019 | Edition N°2589

Grandson - L’une des plus importantes imprimeries du canton de Vaud quitte le giron familial. Une transmission qui s’est opérée en douceur.

Une page d’histoire s’est tournée au plus chaud de l’été sur les hauts de Grandson. Un des acteurs historiques de l’industrie graphique a en effet changé de mains. Artgraphic Cavin, en mains d’une dynastie d’imprimeurs et graphistes depuis plus de nonante ans, a quitté le giron familial. Cette transmission s’est faite en douceur puisque les repreneurs ne sont autres que les principaux cadres de l’entreprise. C’est une excellente nouvelle pour la région, car ce sont une bonne trentaine d’emplois qui sont préservés, dont trois occupés par des apprentis.

Ce passage de témoin est d’autant plus important que cette imprimerie s’est fait une réputation bien au-delà de la Suisse romande, en raison de la qualité de ses services, basés sur une adaptation constante de l’outil de production aux besoins d’une clientèle toujours plus exigeante, et ne disposant que de peu de temps.

«Depuis le décès en 2010 de Marcel Cavin, représentant de la deuxième génération qui a fortement développé l’entreprise, nous nous inquiétions de l’avenir. Certes, son frère Willy était toujours là, mais j’interpellais régulièrement le conseil d’administration sur les intentions des actionnaires principaux et la stratégie pour l’avenir», explique Pascal Fantoli, le plus ancien du trio de tête, qui compte également le plus grand nombre d’années au service de l’entreprise.

Finalement, Pascal Fantoli et Sébastien Chevalier, qui étaient déjà les cadres supérieurs de la société, ont pris l’initiative de mettre le sujet de la transmission sur la table, en manifestant d’emblée leur intérêt. Pascal Gafner a émis par la suite le souhait de rejoindre les deux initiateurs. Deux collègues de longue date, Alain Plantier et Carlos Sacramento, détiennent des participations.

Un accord de principe ayant été passé, les repreneurs devaient encore trouver le financement nécessaire à l’opération. Leur initiative a été accueillie favorablement par une grande institution bancaire cantonale, ce qui leur a permis d’aller de l’avant. Officiellement, la société Artgraphic Cavin a changé de mains le 22 juillet dernier. La famille reste propriétaire de l’immobilier. Le personnel, véritable trésor de l’entreprise, a été informé, c’est assez rare pour le relever, dès le début des tractations, et bien évidemment de leur aboutissement.

Cette nouvelle a été accueillie avec un enthousiasme bien vaudois, les différents acteurs se connaissant et s’appréciant de longue date. L’essentiel étant que la pérennité de l’entreprise, dans un secteur particulièrement affecté par les restructurations ces dernières années, est assurée.

Innover sans cesse

ArtGraphic Cavin était en mains de la famille depuis 1928, lorsque Charles Cavin, père de Marcel et Willy, a repris une imprimerie en difficulté à la rue Basse, au cœur du vieux bourg de Grandson. Plusieurs générations d’imprimeurs, typographes et compositeurs typographes, se sont succédé dans cet immeuble tout en hauteur, où les activités étaient distribuées sur des étages et des demi-étages, avec une organisation du travail compliquée par la géographie des lieux. Sûr qu’à l’époque les collaborateurs n’avaient pas besoin de séance de fitness après la journée de travail.

L’imprimerie Charles Cavin exécutait alors tous les travaux d’impression, et même d’édition avec, notamment, la Feuille d’avis du district de Grandson, intégrée plus tard dans le Journal d’Yverdon.

Le déménagement

Le développement de l’imprimerie durant l’après-guerre a accompagné celui du pays durant les trente glorieuses. Il doit beaucoup aux capacités et au flair de Marcel Cavin, intégré très tôt avec son frère Willy dans la marche des affaires. «Il nous consultait régulièrement pour les investissements à réaliser», se souvient Pascal Fantoli, apprenti compositeur typographe entre 1976 et 1980, seul de l’équipe dirigeante a avoir connu le déménagement de 1978 à la rue de Neuchâtel, dans un bâtiment flambant neuf, complété par la suite par une nouvelle unité, extension rendue nécessaire par le développement des affaires.

«Notre force, c’est notre appareil de production, mais surtout notre savoir-faire. La formation est un élément clé à une époque où la jeunesse est moins attirée par les métiers de l’imprimerie. Le client veut des solutions complètes. Nous sommes de plus en plus une société de services», expliquent les nouveaux actionnaires, qui ont le privilège d’avoir des clients prestigieux, tels que l’Union européenne de football (UEFA) et le célèbre cuisinier trois étoiles Pierre Gagnaire. Ils aussi imprimé récemment une réédition de «Mon premier livre», objet culte de tous les écoliers vaudois d’une autre époque, déjà épuisée. Une deuxième série est en passe d’être imprimée.

«On croit en l’avenir de l’imprimerie. On imprime moins, mais on imprime mieux, ce qui génère de la valeur et de la plus-value. On voit des clients qui reviennent au papier», soulignent-ils encore, en sachant qu’ils affrontent, avec une sérénité clairvoyante, un véritable défi. Rien de surprenant lorsqu’il s’agit de passer le costume d’entrepreneur.

Isidore Raposo