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Les Cartons du Coeur fêtent leurs 20 ans

7 avril 2017 | Edition N°1972

Orbe – Depuis 1997, l’antenne urbigène dessert dix-neuf communes et aide plus d’une centaine de familles avec ces quelque 450 distributions par année. Il s’agit d’ailleurs du seul centre vaudois qui ouvre ses portes chaque semaine.

Le président de l’Association des Cartons du Coeur d’Orbe, Pierre Faivre (à g.), et le secrétaire, Michel Berset, peinent à trouver certains produits. N’hésitez pas à demander des conseils pour vos dons. ©Carole Alkabes

Le président de l’Association des Cartons du Coeur d’Orbe, Pierre Faivre (à g.), et le secrétaire, Michel Berset, peinent à trouver certains produits. N’hésitez pas à demander des conseils pour vos dons.

Humilité, discrétion, rigueur et solidarité à toutes épreuves, se sont peut-être les quatre mots qui décrivent le mieux le travail des huit bénévoles de l’Association des Cartons du Coeur d’Orbe. Cette antenne œuvre depuis vingt ans pour soutenir et aider les personnes de la région qui vivent avec peu de moyens. Car, bien que nous résidions dans un pays dit «riche», de nombreux foyers n’arrivent pas à joindre les deux bouts (lire encadré). Étudiants, couples qui travaillent, familles, retraités, étrangers, ils sont plus d’une centaine, répartis entre dix-neuf communes nord-vaudoises, à avoir besoin des dons des Cartons du Coeur pour se nourrir.

Mais ce n’est que la pointe de l’iceberg, selon Pierre Faivre, président de l’association depuis 2010 : «L’avantage d’être situé dans une région plutôt rurale, c’est que les gens aident plus facilement leurs prochains, puisque tout le monde se connaît. Mais l’inconvénient, c’est que les bons Vaudois n’oseront pas venir, justement parce que tout le monde se connaît.» Chaque semaine, une nouvelle personne, en moyenne, se présente dans leur local. «Nous ouvrons tous les mardis à 16h, mais autant dire que parfois, surtout en fin de mois, à 16h05, il y a déjà la file d’attente devant la porte !»

 

Une gestion optimale

Comme chaque antenne est indépendante et responsable de son organisation interne, l’équipe d’Orbe a dû mettre en place tout un réseau pour obtenir des dons en argent et en nature, afin d’alimenter leur stock de provisions. «Il faut se battre, se battre, se battre et ne pas avoir peur de quémander, confie Pierre Faivre. Et, à force de pleurer partout, on finit par récolter des denrées, mais ce sont souvent les mêmes.»

A côté de ces démarches actives, la Fédération vaudoise des Cartons du Coeur, qui chapeaute toutes les antennes du canton, reçoit des aliments frais via l’association Table suisse. Celle-ci récupère les produits invendus ou invendables du moment dans les supermarchés suisses. «Par exemple, la semaine dernière nous avons reçu des tourtes pour huit personnes qui ont été sorties des rayons parce que le fruit posé en décoration avait roulé sur la crème chantilly, lance-t-il. Ce gâchis nous révolte, mais tant mieux pour nous.»

Pourtant, l’équipe n’hésite pas à jeter les articles périmés ou trop abîmés : «Nous ne donnons que ce que nous serions prêts à manger nous-mêmes», complète le président.

 

L’aide des grandes entreprises

Bien que la Fédération vaudoise des Cartons du Cœur soit basée à deux pas de l’usine Nestlé et d’Hilcona Gourmet SA, qui produit des pizzas et des sandwichs, elle ne reçoit plus aucun produit directement de celles-ci, ni d’autres grandes sociétés locales. «Elles préfèrent passer par de grandes structures, comme l’association Table suisse, car elles peuvent déduire ces dons de leurs impôts», explique le président. «Et c’est presque mieux pour nous au final, parce qu’elles fournissent des énormes stocks, donc en passant par Table suisse, chacun prend ce dont il a besoin», ajoute Michel Berset.

Comme le but est d’aider ceux qui en ont le plus besoin, il faut bien répartir les denrées. Dès lors, ils accueillent individuellement chaque personne dans leur local et vérifient leur état de nécessité. Ensuite, ils les accompagnent dans leurs deux rayons pour remplir en moyenne l’équivalent de deux sacs de commissions. Les bénéficiaires y ont droit au maximum une fois par mois, ce qui est bien plus que ce qu’offre la plupart des antennes vaudoises.

Et pourtant, il y a encore des abus. «Pas plus tard qu’il y a quinze jours, une personne s’est présentée et je l’ai reconnue, je savais qu’elle était propriétaire immobilier», raconte Pierre Faivre, qui a toutefois accepté de servir ce visiteur aisé une seule et dernière fois. «Il faut se méfier de tout car dès qu’il y a des bénéfices à prendre, il y a aussi des profiteurs», rappelle Michel Berset. Et lorsqu’il reste quelques articles, Pierre Faivre n’hésite pas à apporter le surplus aux familles de la région qui n’ose pas venir mais dont il sait que leur situation est à la limite de la précarité.

«Ici, nous ne jetons rien», conclut-il. Et donc, par souci d’économie, l’association ne gaspillera pas de nourriture pour célébrer son anniversaire. Mais elle est fière de son activité pérenne.

Permanence les mardis, de 16h30 à 18h, route de Saint-Eloi 13, Orbe (1er étage): www.cartonsducoeur.ch.

 

Impulsion neuchâteloise

L’Association des Cartons du Coeur a vu le jour en 1993, grâce à Laurent Borel, journaliste neuchâtelois. Cet entraîneur de football a fait l’amer découverte que certains de ses sportifs ne mangeaient pas leur faim. Alors, pour leur acheter de la nourriture, son équipe et lui ont nettoyé les rives du lac. Suite à cette action sociale, plusieurs antennes se sont créées en Suisse allemande, puis en Romandie, dont celle d’Orbe en 1997. Cette dernière dessert, aujourd’hui, dix-neuf communes, de L’Abergement à Vuiteboeuf, en passant par le vallon du Nozon, Sergey, Valeyres-sous-Rances ou encore Montcherand.

Selon l’association, en Suisse, environ 800 000 personnes ne possèdent que le minimum vital pour subvenir à leurs besoins, voire moins. Et plus de 59% des bénéficiaires sont de nationalité Suisse, dont une majorité d’enfants. D’après l’antenne urbigène, ce ratio est différent, -un tiers sont suisses contre deux tiers d’étrangers-, car elle est l’une des seules à travailler avec l’Établissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM).

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Christelle Maillard