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Les gens du voyage de retour aux Rives

26 avril 2017 | Edition N°1983

Yverdon-les-Bains – Une quinzaine de caravanes yéniches se sont installées dans la Cité thermale. Une demande préalable a été acceptée par la Municipalité, si bien qu’ils peuvent rester provisoirement sur le territoire communal durant quatre jours.

©Michel Duperrex

©Michel Duperrex

Le promeneur qui se baladait, hier, au Parc des Rives du Lac, à Yverdon-les-Bains, était plus surpris par le vrombissement assourdissant des forages en vue de la construction du nouveau collège des Rives que par la quinzaine de caravanes yéniches installées de l’autre côté du parking pour une durée de quatre jours. En effet, seul le bruit des machines rompait le calme ambiant de ce campement temporaire à l’aspect ordonné et presque désert.

Après avoir quitté le village d’Etoy, où ils se sont établis pendant deux semaines, les gens du voyage ont repris la route, dimanche dernier, en direction de la Cité thermale, où ils s’étaient déjà installés l’année dernière (lire La Région Nord vaudois du 26 mai 2016).

«Mon ami est parti chercher du travail, confie, le regard pétillant, une jeune femme d’origine yéniche, qui a quitté le village de Posieux (FR), où elle habite avec sa communauté pendant quatre mois en hiver, pour suivre sa belle-famille. En effet, cette minorité ethnique autochtone vit de petits boulots dans les domaines de la menuiserie, de la ferronnerie, de la vannerie et de la brocante, entre autres.

 

Une demande préalable

 

Albert Barras, représentant des Yéniches en Suisse romande. ©Michel Duperrex

Albert Barras, représentant des Yéniches en Suisse romande.

Contrairement à l’année passée, la communauté a souhaité demander une autorisation préalable à la Municipalité, afin de s’installer aux Rives du Lac. «Nous avons voulu jouer le jeu en signe de reconnaissance, au lieu de déposer nos roulottes sans approbation», affirme Albert Barras, représentant des Yéniches en Suisse romande. Et de préciser que sa communauté entretient de bons rapports avec l’Exécutif yverdonnois, à la suite de plusieurs échanges. Selon le règlement en vigueur et en accord avec le propriétaire foncier, les gens du voyage sont autorisés à s’installer durant quatre jours sur le territoire communal. Cependant, le représentant de la communauté yéniche a demandé une prolongation de ce délai jusqu’à l’installation du cirque Starlight, mercredi prochain. «Aucune décision n’a été prise à ce sujet, révèle Jean-Daniel Carrard, syndic de la Commune. Nous en discuterons demain (ndlr : aujourd’hui) en séance de Municipalité.»

 

A la recherche d’emplacement

 

Par ailleurs, les gens du voyage sont toujours à la recherche d’endroits où s’installer temporairement en Suisse occidentale. Mais les préjugés ont la vie dure, puisque les Yéniches sont souvent assimilés à d’autres voyageurs en transit, tels que tziganes et roms. «Les dégâts qu’ils causent parfois nous ont porté préjudice, confirme Albert Barras. C’est pourquoi, il est difficile de trouver des lieux où s’installer. Toutefois, grâce au dialogue, nous essayons de sensibiliser la population à notre cause.»

Selon Etienne Roy, préfet du district du Jura-Nord vaudois, une demande est en cours, à Orges, afin que les communautés yéniches et manouches de Suisse puissent s’installer temporairement sur un terrain appartenant à l’Armée, d’ici à la fin 2017. Par ailleurs, une requête a été déposée auprès du Canton, afin que les gens du voyage puissent obtenir un terrain où s’installer durant la belle saison.

 

Plus de 30 000 Yéniches vivent en Suisse

 

L’Exécutif yverdonnois a autorisé les Yéniches à s’installer au Parc des Rives. ©Michel Duperrex

L’Exécutif yverdonnois a autorisé les Yéniches à s’installer au Parc des Rives.

Selon la Commission fédérale contre le racisme, on compte environ 100 000 Yéniches dans les pays germanophones. Entre 30 000 et 35 000 membres de cette communauté vivent en Suisse, dont 3000 à 5000 sont semi-nomades. Ils ont la nationalité suisse et constituent une minorité ethnique autochtone. Leur langue traditionnelle est le yéniche, dérivé de l’allemand et empruntant des mots à l’hébreu, au yiddish, au romani et au rotwelsch. La plupart des Yéniches sont chrétiens catholiques.

Dès la fin du XIXe siècle et jusque dans les années 1970, les autorités ont tenté de les sédentariser. L’action la plus marquante est celle de des enfants de la grand-route, créée par la Fondation Pro Juventute, qui a enlevé plus de 600 enfants nomades à leurs parents pour les placer dans des familles d’accueil, des foyers et des institutions entre 1926 et 1973, dans le but de les contraindre aux normes sociales de l’époque. Il faudra attendre 1987 pour que la Confédération présente ses excuses.

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Valérie Beauverd