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Des îles aux oiseaux inédites en Romandie

5 février 2018 | Edition N°2178

Yverdon-les-Bains –  La réserve ornithologique des Vernes est en passe d’être réaménagée, avec onze digues pour accueillir des volatiles migrateurs. Mais une semaine après le lancement des travaux, le chantier a déjà dû s’arrêter à cause du niveau d’eau trop élevé du lac de Neuchâtel. Il devrait reprendre ces prochains jours.

A l’image des New Yorkais qui viennent chercher un bol d’air frais au milieu de Central Park, les Yverdonnois peuvent se balader sur la promenade Robert Hainard. Un coin pittoresque qui offre une vue imprenable sur le lac de Neuchâtel, notamment, mais aussi un endroit paisible pour se ressourcer et contempler la nature.

Or, depuis le 15 janvier, ce paysage est terni par la présence de machines de chantier, ainsi que les traces qu’elles ont laissées sur le sol encore verdoyant, et des tas de cailloux. Et pour cause, la Ville d’Yverdon-les-Bains a mandaté l’entreprise grandsonnoise Cand-Landi pour réaménager les îles des Vernes, situées à l’embouchure du Mujon. Mais comme les mastodontes d’acier ont dû suspendre leurs activités cinq jours après le début du chantier, les autorités communales et cantonales ont préféré, pour l’heure, ne pas communiquer. «Elles attendent certainement qu’il y ait quelque chose de construit à montrer», a dévoilé, à demi-mot, l’une des personnes qui suit de près les travaux.

Un chantier à 190 000 francs

Le projet sur lequel œuvre Cand-Landi vise à supprimer les deux digues artificielles, construites en 1980 et 2002, afin d’en créer onze nouvelles. Un chantier plus que nécessaire, selon Jean-Claude Muriset, passionné d’ornithologie depuis soixante ans. «Les îles des Vernes ont été aménagées pour offrir un pied-à-terre aux oiseaux migrateurs, mais elles avaient été installées un petit peu au hasard, et avec le temps, la végétation a poussé sur les rochers. Cela ne convient pas aux oiseaux, raconte celui qui vient y observer les volatiles plusieurs fois par jour. On les voyait tourner en l’air et chercher désespérément un endroit ou se reposer.» Face à ce constat, l’Yverdonnois avait demandé, il y a déjà trois ou quatre ans, à l’Association de la Grande Cariçaie de rénover le site.

Les travaux ont débuté le 15 janvier dernier, mais ont dû être interrompu cinq jours après. Le chantier devrait reprendre ces prochains jours.

Les travaux ont débuté le 15 janvier dernier, mais ont dû être interrompu cinq jours après. Le chantier devrait reprendre ces prochains jours. © Christelle Maillard

Cette dernière a donc réfléchi à un projet et a demandé un soutien financier au Canton, propriétaire du domaine lacustre, ainsi qu’à la Confédération. «Pour pouvoir obtenir une subvention, il fallait que la Ville d’Yverdon-les-Bains soit le maître d’ouvrage du chantier. Ce que l’on a accepté, explique Sandro Rosselet, directeur du Service des travaux et environnement (STE). C’était très important pour la Commune de réaménager cette réserve, car c’est une zone très attractive pour l’avifaune.» Un partenariat qui s’avère très avantageux pour la Municipalité, puisqu’elle n’a pas à dépenser un seul sous et qu’elle peut gérer les travaux. En effet, le projet, chiffré à 190 000 francs, est soutenu à 93% par le Canton et la Confédération, le solde de la facture étant supporté par l’Association de la Grande Cariçaie.

Une première en Suisse romande

La particularité de cet archipel réside dans sa conception. «C’est un projet novateur, car c’est la première fois, en Suisse romande, que des îles sont pensées pour vivre avec la dynamique alluviale du lac, révèle Michel Baudraz, biologiste au sein de l’association régionale. Cela n’a jamais été fait et c’est pour cela que, partout ailleurs, les îles se sont très vite végétalisées.»

Concrètement, c’est le bureau Aquavision, spécialisé dans la réhabilitation d’ouvrages hydrauliques, qui a réalisé de nombreux calculs, afin d’imaginer un projet durable avec des îlots sans végétation et qui ne demandent aucun entretien. Mais là n’étaient pas les seuls objectifs visés: «L’enjeu était aussi de déterminer la position, la forme et la hauteur des onze digues pour permettre à la roselière lacustre de se développer le long du lac», précise Antoine Sauser, chef de projet du STE. «Il fallait trouver le juste milieu pour casser un petit peu l’énergie des vagues, mais pas trop, afin que des bancs de sable puissent se former autour des digues, mais sans végétation», renchérit Michel Baudraz.

C’est pourquoi les rochers qui vont être posés seront lisses et les îles seront basses et placées en arc de cercle. Les nouvelles digues nécessiteront quelque 500 tonnes de pierre, en plus des celles des deux anciennes îles qui seront réutilisées.

Les deux îles des Vernes, construites en 1980 et transformées pour l’Expo 02, ont été nettoyées et, d’ici quelques jours, elles seront détruites. Les rochers seront réutilisés pour former les onze nouvelles digues.

Les deux îles des Vernes, construites en 1980 et transformées pour l’Expo 02, ont été nettoyées et, d’ici quelques jours, elles seront détruites. Les rochers seront réutilisés pour former les onze nouvelles digues. © Christelle Maillard

«Malgré tous les calculs, on ne sait jamais comment la nature va réagir. J’espère que des bancs de sables se créeront naturellement autour des digues, car c’est ce qui est idéal pour les oiseaux, confie Jean-Claude Muriset. Et si ça ne va pas, on pourra toujours changer un petit peu les dispositions des digues, c’est un peu comme des LEGO!» Selon lui et Michel Baudraz, plus de 25 espèces différentes bénéficieront de ces changements.

Encore six semaines de travaux

Après deux semaines d’arrêt, le chantier pourrait reprendre en ce début de semaine. «Nous sommes très pressés car, selon la courbe moyenne du niveau d’eau du lac, nous ne pourrons plus travailler dès la fin du mois, voire début mars, précise Michel Baudraz. Or, il nous reste encore six semaines de gros œuvre. J’ai peur qu’on n’arrive pas à tout finir.» Dans un tel cas, le chantier sera suspendu jusqu’en automne prochain.

 

Le retour de la grèbe au cou noir

Les résultats du premier recensement international des oiseaux d’eau de l’année a été dévoilé vendredi dernier. Réalisé, le 14 janvier, sur les lacs de Neuchâtel et de Morat par l’Association de la Grande Cariçaie, il a permis de révéler un retour de la grèbe au cou noir. Un record de 752 individus a été constaté sur le lac de Neuchâtel, alors que la moyenne se situe autour des 160 oiseaux. Il s’agirait d’un afflux généralisé en Suisse. En outre, le fuligule morillon est l’espèce la plus recensée, cette année, avec 17 788 individus comptés.

En revanche, le nombre de sarcelles d’hiver, ainsi que de colverts et de canards siffleurs, a diminué par rapport aux années précédentes. Selon le rapport publié, ce recul pourrait s’expliquer par le haut niveau des eaux.

Christelle Maillard