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«Je me sens bien avec le public d’Yverdon»
Photo: Aurore Mesot

«Je me sens bien avec le public d’Yverdon»

30 septembre 2022

L’artiste KT Gorique a enflammé l’ancienne tribune de l’Hippodrome vendredi dernier. Comme lors de chacune de ses venues dans la Cité thermale.

Une aura spéciale se dégage de Caterina Akissi Amenan Mafrici, alias KT Gorique. La rappeuse de Martigny transpire la musique, ou plutôt les musiques, toujours accompagnée d’un sourire contagieux. Porte-drapeau du rap suisse depuis une dizaine d’années – elle a notamment fait la première partie du concert de Nicki Minaj au Hallenstadion de Zurich –, la jeune trentenaire a aussi crevé l’écran lors du télécrochet spécial rap Nouvelle Ecole, diffusé sur la plateforme de streaming Netflix.

Vendredi dernier, KT Gorique était la tête d’affiche de la soirée organisée par Culmina, un projet du Conseil des Jeunes d’Yverdon, en collaboration avec le collectif fribourgeois Genre Nocturne. Et ce n’est pas la première fois que l’artiste joue à Yverdon, une ville où elle apprécie particulièrement se produire, et qui le lui rend bien.

 

KT Gorique, vous commencez à bien connaître Yverdon! Qu’est-ce que ça vous fait d’être de retour ici?

J’avais joué l’année passée au FY Festival et c’était très lourd! Mais je n’irai quand même pas jusqu’à dire que je suis une habituée (rires). Je connais surtout des personnes en lien avec la musique ici, et ça me fait vraiment plaisir d’être à Yverdon.

Qu’est-ce qui vous plaît dans cette ville?

Eh bien déjà, il y a le lac! Ça c’est vraiment cool. Je me souviens qu’il y a super longtemps, j’étais venue par ici jouer au basket avec des amies (ndlr: elle pointe du doigt les terrains des Rives du lac). Ah, mais c’était juste là! C’est drôle de revenir au même endroit des années plus tard, mais cette fois pour partager ma musique avec le public.

Justement, comment trouvez-vous le public yverdonnois?

Lors de mes passages, j’ai remarqué que le public était très mélangé. On voyait il était imprégné de différentes cultures musicales. C’est dans ce genre d’ambiance que je me sens bien. Quand tout le monde est connecté, dans le même délire.

Cette soirée s’articule autour de l’inclusivité de genre et des minorités raciales. Les responsables du projet Culmina ont dit que vous étiez un exemple pour les jeunes artistes, la preuve qu’on pouvait percer dans le rap en étant une femme noire. Est-ce important pour vous de montrer aux autres qu’ils peuvent aussi réussir?

Je ne me dis pas à moi-même que je suis un exemple pour les autres, ce serait assez étrange comme sentiment! Mais à chaque fois que quelqu’un me fait une remarque qui va dans ce sens, je dois dire que ça me touche beaucoup et ça me motive énormément. C’est comme ça que je me suis lancée dans la musique, en m’inspirant de nombreux artistes. Alors si je peux à mon tour être une modeste source d’inspiration pour d’autres, c’est vraiment merveilleux.

Avec le succès populaire qu’a rencontré Nouvelle Ecole, où des rappeurs cherchent la prochaine pépite de la scène francophone, vos concerts ont-ils changé?

Ça fait longtemps que je vis du live. Mais avant je devais convaincre lors de mes concerts. La majorité du public ne me connaissait pas et il fallait le persuader sur scène. Le principal changement, c’est que maintenant la tendance s’est inversée. Une majorité des personnes présentes dans la salle me connaissent. Mais ils ne me connaissent pas forcément sur scène! Donc ils vont me découvrir d’une autre manière, la manière que je préfère.

Pourquoi avoir participé à cette émission?

Je voulais montrer ma proposition au grand public. Ma musique est alternative dans le milieu du rap, elle s’inspire de beaucoup de styles différents. L’idée était de dire: on peut proposer quelque chose de différent et le faire très bien. Ça offrait une fenêtre. Si les gens aiment, tant mieux, et sinon tant pis! Mais au moins, ils ont pu découvrir mon univers.

Nouvelle Ecole vous a aussi permis de vous exporter, non?

Oui, ça m’a aussi permis de me faire connaître au-delà de l’Europe. J’ai reçu un grand soutien du public de Côte d’Ivoire, le pays où je suis née. Pas seulement de la diaspora, mais aussi de gens qui sont en Afrique. Ça m’a apporté beaucoup de force.

 

«Le projet Culmina m’a beaucoup touché»

 

Avant d’accueillir KT Gorique, les anciennes tribunes de l’Hippodrome ont vu Dibby Sounds retourner la salle yverdonnoise. Le Genevois était d’ailleurs ravi de partager la scène avec l’étoile valaisanne: «C’est un amour, une belle personne et une formidable artiste!» Ce concert était d’ailleurs l’occasion pour Dibby Sounds de découvrir Yverdon. «Ah non en fait, je suis venu retirer de l’argent une fois à la gare!» précise-t-il en se marrant.

Si Dibby Sounds, ou Alexander en dehors de la scène, a fait le déplacement au bord du lac de Neuchâtel, c’est surtout parce que la thématique abordée par la soirée de Culmina et de Genre Nocture, l’inclusivité de genre et des minorités raciales, lui parle. «C’est clairement un beau projet, qui m’a touché personnellement, explique le rappeur, dont les parents sont originaires des Philippines, ainsi que de Serbie et de Macédoine du Nord. C’est une soirée qui parle à la jeunesse, et c’est justement ce que j’essaie de faire aussi.»

Originaire du quartier des Pâquis, à Genève, Dibby Sounds a grandi dans le respect de la multiculturalité, défendu par le projet du Conseil des Jeunes d’Yverdon. La soirée faisait d’ailleurs suite au repas des nouveaux citoyens, qui permet aux Yverdonnois qui passent le cap des 18 ans en 2022 de se rencontrer. L’occasion idéale pour délivrer un message. «Mon objectif, c’est de dire aux jeunes qu’ils peuvent être ce qu’ils veulent, qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent. L’important est de se sentir soi-même.»

Massimo Greco