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Josiane Chevalley, première femme en noir du canton

27 novembre 2020 | Edition N°2837

27Football – L’Yverdonnoise a beau n’avoir sifflé que trois ans sur les terrains de la région, elle est entrée dans l’Histoire du ballon rond en ouvrant la voie de l’arbitrage aux Vaudoises.

Josiane Chevalley est aujourd’hui âgée de 64 ans. © Michel Duperrex

Des débuts en famille

«Enfant, j’allais tout le temps zoner au stade municipal, se remémore Josiane Chevalley. Mes deux frères jouaient au foot. Je m’entraînais avec l’un d’eux et, de temps en temps, avec son équipe. Ce n’était pas tellement accepté à l’époque qu’une fille soit dans le groupe.»

Un jour, l’un de ses frères lui annonce qu’il existe désormais une équipe féminine à Yverdon. Elle la rejoint en 1970, quelques mois après sa création, à l’âge de 14 ans. «J’étais la plus jeune. L’équipe avait été créée par des employées de la Migros, dont certaines devaient avoir la quarantaine. On s’entraînait deux à trois fois par semaine et, le week-end, on disputait des matches dans toute la Suisse.» Les formations féminines étaient alors peu nombreuses, et toutes se trouvaient dans une seule et même ligue.

Des matches en France et en Italie

Josiane Chevalley se rend même à l’étranger avec les joueuses de la Cité thermale. «Nous avons joué à Reims et à Turin, en amical. À l’époque, les Italiennes étaient déjà professionnelles. Elles disputaient des rencontres de deux fois 45 minutes, alors que nos matches se déroulaient en deux mi-temps de 30 minutes. Nous avons donc coupé la poire en deux et joué quelque chose comme deux fois trente-sept minutes. Je me souviens que les dernières étaient dures, on n’avait pas l’habitude!»

La Nord-Vaudoise évolue un peu plus de deux ans avec Yverdon – qui s’exile un temps à Champvent, car le club leur met le terrain et les vestiaires à disposition gratuitement –, jusqu’à ce que l’équipe soit dissoute. «Il n’y avait plus de financement, plus de comité, plus aucune aide de personne. Et les formations féminines s’étaient multipliées dans la région, ce qui nous avait pompé du monde. C’est dommage que ça se soit terminé comme ça.»

Une pionnière sur Vaud

Pour garder un pied dans le football, Josiane Chevalley décide de devenir arbitre. «J’adorais ce sport, le contact avec les gens. J’avais un oncle et un cousin arbitres, et je savais que c’était déjà difficile d’en trouver suffisamment.» Elle s’inscrit donc aux cours, et se rend trois après-midi à Lausanne. «Je savais que je serais la première femme du canton à devenir arbitre. Les hommes étaient surpris de me voir débarquer puis, après la première demi-journée, c’est devenu des copains. Tout s’est super bien passé.»

Il faut dire que l’Yverdonnoise avait l’habitude de se retrouver seule femme parmi les hommes. «J’ai passé mes dernières années d’école qu’avec des garçons, car j’avais choisi l’option technique. Du coup, je jouais au foot avec eux à la journée sportive.» Une fois son bilan de santé validé et son examen réussi, elle siffle ses premières rencontres à l’âge de 17 ans. «J’ai commencé en juin 1973. Mon premier match, c’était des juniors E à Yverdon.» D’ailleurs, certains anciens joueurs d’YS la saluent encore.

Quand elle arrive sur le terrain, les enfants sont souvent étonnés de voir une arbitre. «Il y avait régulièrement des quolibets au départ. Mais je rappelais que c’était moi qui commandais dès le début. Je n’ai jamais eu de problème. Même s’il arrivait que des pères au bord du terrain me disent de retourner derrière les fourneaux…»

Des anecdotes à la pelle

Durant trois ans, Josiane Chevalley arbitre des rencontres de juniors, de dames et même de 4e ligue masculine, pour le compte du FC Suchy-Sports. «À la base, je voulais être arbitre pour Yverdon. Mais mon frère, qui évoluait avec les Sécherons, m’a dit que les petits clubs payaient régulièrement des amendes car il leur manquait des arbitres.» Et pour la petite histoire, l’un de ses deux fils, mordu de football, lui a annoncé un jour qu’il changeait de club et allait porter les couleurs… de Suchy sans savoir que sa maman et son oncle y avaient été liés!

Son activité d’arbitre a notamment mené la Nord-Vaudoise à Sainte-Croix. «Quelques jours avant le match, on m’a prévenue qu’il y avait toujours une grand-maman avec un parapluie, peu importe la météo, au bord du terrain. Et que quand elle n’était pas contente du résultat, elle s’en prenait physiquement à l’arbitre. Heureusement que j’avais été avertie, car ça n’a pas manqué! Mais j’ai réussi à esquiver les coups.»

 

«J’aurais voulu aller plus haut, arbitrer des matches de 2e et de 3e ligue. Mais à l’époque, c’était très difficile de gravir les échelons pour une femme.»

 

Un mécontent s’en est également pris verbalement à elle, après un match. «J’étais au restaurant avec mon papa. Un homme qu’il connaissait arrive et commence à dire qu’une femme n’a rien à faire sur le terrain. Il prend ensuite à partie la seule autre cliente féminine, très coquette, et lui demande ce qu’elle en pense. Et là, elle lui lance: Je n’en sais rien, moi je suis camionneuse. C’était incroyable!»

À 20 ans, elle termine son apprentissage d’employée de commerce et arrête l’arbitrage. «J’aurais voulu aller plus haut, arbitrer des matches de 2e et de 3e ligue. Mais à l’époque, c’était très difficile de gravir les échelons pour une femme. Alors qu’aujourd’hui, les joueurs se sont habitués aux femmes arbitres. Ils ont entre autres assez vu Nicole Petignat (ndlr: ex-arbitre de foot chaux-de-fonnière et, notamment, première femme à avoir dirigé une rencontre masculine organisée par l’UEFA en 2003).»

Entre motocross et hockey

Une fois son sifflet rangé, Josiane Chevalley n’a plus exercé de fonction dans le monde du ballon rond. «La vie professionnelle a pris le dessus. Et j’ai aussi passé beaucoup de temps au bord des pistes de motocross, sport que mon mari pratiquait.»

Après avoir longtemps travaillé pour des banques et des assurances, elle a suivi le cours de cafetiers pour obtenir sa patente et tenir un restaurant. Une activité qui l’a amenée à côtoyer des hockeyeurs, et à se prendre d’affection pour la discipline. Elle se rend ainsi fréquemment à la patinoire pour soutenir le HC Yverdon. Elle n’a pas délaissé le stade municipal pour autant, puisqu’elle assiste aussi régulièrement aux rencontres d’Yverdon Féminin. «Quand je regarde un match, peu importe le genre, je sais d’instinct si les éléments sur le terrain se trouvent au poste qui leur convient, et s’ils vont devenir de bons joueurs ou pas.»

Muriel Ambühl