Logo
La rue Basse prise en étau
© Michel Duperrex

La rue Basse prise en étau

8 octobre 2020

Une trentaine de personnes ont déambulé mardi avec des panneaux de la gare au château pour manifester le ras-le-bol. Ils demandent davantage de calme et de sécurité, et moins de trafic.

La rue Basse a été envahie par une trentaine de citoyens mécontents, mardi en fin de journée. Certains défilaient depuis le château de Grandson alors que d’autre remontaient le tronçon depuis l’Hôtel de Ville. Et s’ils ont choisi une heure de fort trafic pour défiler durant une trentaine de minutes avec des panneaux sur le dos, c’est pour que les automobilistes voient bien leurs messages: «30 km/h, ça va aussi»; «Le bruit hors-jeu»; ou encore «Passe par l’autoroute, plutôt que sur ma route!»

Ce rassemblement, organisé par les Socialistes et Verts de Grandson, avait pour but de taper du poing sur la table. Car celait fait depuis les années 1980 que les riverains et les conseillers communaux demandent des mesures. Mais celles-ci tardent à arriver (lire encadré).

Outre le défilé, les habitants ont adressé une lettre avec les mesures qu’ils préconisent pour améliorer la situation à la Municipalité et au Canton. «Le constat est flagrant: l’augmentation du trafic à la rue Basse est considérable», a appuyé Eveylne Perrin, qui y habite depuis une vingtaine d’années. Et au fil du temps, elle a bien remarqué les changements de comportement des usagers. «Quand l’autoroute en direction de Neuchâtel a été inaugurée, on a vu une baisse du trafic. Mais après c’est reparti de plus belle, et c’est même de pire en pire», a-t-elle témoigné. D’après les comptages du trafic journalier moyen effectués par la Direction générale de la mobilité et des routes (DGMR), quelque 9000 véhicules transitent ici chaque jour. «Ce qui représente une augmentation annuelle d’un peu moins de 2% depuis le comptage de 2010. On peut donc raisonnablement s’attendre à voir 10 000 véhicules par jour à l’horizon 2021!»

«Une caisse de résonance»

Cette fréquentation crée des nuisances que les riverains ne supportent plus. «Il est devenu insupportable de laisser la fenêtre ouverte plus de cinq minutes, a poursuivi Evelyne Perrin. Les gens klaxonnent très vite dès que ça n’avance pas. Et bien que le trafic diminue la nuit, c’est le moment que choisissent certains conducteurs pour tester les performances de leur moteur vrombissant, la rue Basse faisant office de parfaite caisse de résonance.» Et d’ajouter: «On a déjà dénoncé ces cas à la Gendarmerie, mais ils recommencent.» Pour Daniel Trolliet, c’est le confinement qui lui a fait dire stop. «Ce qui m’a fait bondir c’est le défilé de motos qu’il y a eu durant les Rameaux. J’en ai compté 247 entre 10h et midi!»

Mis à part le bruit qui nuit à la quiétude des riverains, les manifestants considèrent que ce trafic intense péjore aussi les affaires des commerçants, les façades des immeubles et les bronches des Grandsonnois qui se retrouvent polluées. Et c’est compter sans les risques pour les piétons et autres usagers. «Les habitants savent qu’il faut se coller aux murs, mais les touristes se font parfois surprendre en voyant les voitures grimper sur les trottoirs», a indiqué Judith Bardet. «Et nombre de personnes ont rapporté avoir été heurtées par des rétroviseurs», a souligné Evelyne Perrin.

Une liste de solutions concrètes

Comme cela ne sert à rien de râler sans proposer des solutions, les socialistes et les Verts ont planché sur des pistes d’amélioration. Ils proposent soit d’instaurer une limite à 30 km/h, soit de créer une zone de rencontre à 20 km/h ou encore d’implanter des feux aux deux extrémités de la rue Basse avec déclenchement prioritaire pour les transports publics. «Ces mesures ne doivent pas être mises en place seules», a signalé Valentin Tanniger. Il suggère de mettre l’accent sur la communication, sur la pose d’un revêtement phonoabsorbant pour la route et d’une couleur plus claire pour les trottoirs et surtout sur des contrôles plus stricts.

«Aujourd’hui, on n’a plus le choix en fait. Ce sont des mesures qui doivent être prises.» Si les manifestants sont aussi déterminés, pensent-ils mettre un ultimatum à leur requête? «Non, mais on est prêts à recommencer chaque semaine!», a répondu, sur le ton de l’ironie une habitante. Par chance, la rue Basse sera de toute façon plus calme puisqu’interdite à la circulation en raison de travaux.

 

Grandson pourrait devenir un cas d’école

 

Lors du Conseil communal de Grandson, jeudi dernier, le municipal Francesco Di Franco a annoncé que la mise en place d’une limitation à 30 km/h à la rue Basse va bon train. «Sans promesse du résultat, le voyer m’a assuré que la réponse devrait arriver avant la fin de l’année.» Une bonne nouvelle que Christine Leu-Métille, réagissant avec la casquette de socialiste et non d’édile, tient toutefois à nuancer: «On a aussi entendu que l’Exécutif ne s’est pas encore prononcé sur ces mesures… Une nouvelle action citoyenne n’était peut-être pas inutile.»

Sur place mardi, Francesco Di Franco a noté que le dossier n’était pas si facile à traiter. «On ne peut pas mettre une route cantonale à 30 km/h comme ça, relève le PLR. Au lieu de faire une exception avec Grandson, le Canton aurait envie d’en faire un cas d’école.» Laurent Tribolet, responsable de la division entretien à la Direction générale de la mobilité et des routes, pondère: «On n’a pas beaucoup de demandes mais c’est vrai qu’on suit le cas de Grandson avec une attention particulière car la configuration du lieu l’exige.» Des techniciens se penchent sur la question du 30 km/h (et uniquement celle-ci) depuis le début de l’année et sont même venus sur place. Puis, ils rendront un rapport qui déterminera s’il est préférable de créer une zone 30 km/h ou d’instaurer une simple limite à 30 km/h. La décision finale reviendra à une commission ad hoc, qui se réunit trois fois par an.

Christelle Maillard